V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX- SIÈCLE. d2i
Il contemple avec une pitié profonde, dans l'œil songeur du lion prisonnier.
Le regard éternel de la nature immense, Les étoiles, les prés, le lac serein, les cieux, Et le mystère obscur des bois silencieux '.
Il aime enfin jusqu'aux êtres les plus infimes, les plus haïs, les plus méprisés de la création, jusqu'à l'araignée et jusquà i ortie.
J'ai dans le livre, avec le drame, en prose, en vers,
Plaidé pour les petits et pour les misérables,
Suppliant les heureux et les inexorables;
J'ai réhabilité le bouffon, l'histrion,
Tous les damnés humains, Triboulet, Marion,
Le laquais, le forçat et la prostituée;
Et j'ai collé ma bouche à toute âme tuée,
Comme font les enfants, anges aux cheveux d'or.
Sur la mouche qui meurt, pour qu'elle vole encor
Je me suis incliné sur tout ce qui chancelle,
Tendre, et j'ai demandé la grâce universelle 2.
Le premier juin 1885, après quinze discours prononcés en l'honneur de Victor Hugo, un étudiant, parlant à son tour et le dernier au nom de la jeunesse française, déposa simplement sur le cercueil du glorieux mort une couronne de
t Les Contemplations. — Baraques de la foire, i- Les Cont«mplaiio7is, v. 'ô.
fleurs, avec l'antique formule que les Romains associaient au nom de Jupiter.
Cette hyperbole, excusable en un pareil jour, résumait tous les panégyriques ; elle exprimait à la fois une admiration pleine de respect pour le génie olympien du poète, et une pieuse reconnaissance pour le noble exemple qu'il a laissé à la jeunesse française d'activité au travail, de foi en Dieu, d'amour pour le genre humain, de dévouement à la patrie, de charité pour les créatures misérables :
€ A Victor Hugo, très grand et très boni &