‹ Racine et Victor HugoChapitre 33 sur 118 · V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX- SIÈCLE · texte numérisé non relu

V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX- SIÈCLE

Chassaient les fils d'Enos et les enfants de Seth ; Et l'on crevait les yeux à quiconque passait ; Et, le soir, on lançait des flèches aux étoiles. Le granit remplaça la tente aux murs de toiles, On lia chaque bloc avec des nœuds de fer. Et la ville semblait un? ?ille d'enfe- ; L'ombre des tours faisait la nuit dans les cani[»<ignes , Ils donnèrent aux murs l'épaisseur des montagnes ; Sur la porte on grava : « Défense à Dieu d'entrer. » ' Quand ils eurent fini de clore et de murer, On mit l'aïeul au centre en une tour de pierre; Et lui restait lugubre et hagard. « 0 mon père ! L'œil a-t-il disparu ? » dit en tremblant Tsilla. Et Gain répondit : i Non, il est toujours là. » Alors il dit : « Je veux habiter sous la terre Comme dans son sépulcre un homme solitaire ; Rien ne me verra plus, je ne verrai plus rien. » On fit donc une fosse, et Gain dit : « C'est bien ! » Puis il descendit seul sous cette voûte sombre ; Quand il se fut assis sur sa chaise dans l'ombre Et qu'on eut sur son front fermé le souterrain. L'œil était dans la tombe et regardait Caïn.

Ne craignons pas de le dire net et haut, le poète qui a écrit une telle page est le plus grand poète de la France.

i. Voilà le seul vers qu'il y aurait à récrire dans ce chofd'œuvre. A force de précision matérielle, l'idée devient puérile etfausse; il suffisait iledonner à enteudreque les constructeurs de cette bâtisse gigantesque semblaienl avoir la prétention d'en interdire l'entrée à Dieu. Après tout, le vers du [)Oéte est sans doute dans sa pensée une pure et simple image qui n'a pas d'autre signification que celle-là.

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