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V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU m SIÈCLE

nale erreur, on a de parti pris fermé les yeux à tant de beautés, non seulement de détail mais de composition et d'ensemble, qui remplissent ses ouvrages, et l'on s'est fait de ce grand artiste une idée aussi contraire que possible à la réalité.

Je voudrais bien savoir dans quelle littérature , en quel siècle classique , qu'il soit de Périclès, d'Auguste ou de Louis XIV, on pourrait me citer un crescendo plus soutenu, plus pur, plus magnifique que celui du célèbre poème de la Légende des siècles intitulé la Conscience, par où je clos ce choix bien insuffisant d'exemples produits pour illustrer quelques-uns des aspects si étonnamment multiples et divers du style et du talent de Victor Hugo :

Lorsque avec ses enfants vêtus de peaux de botes,

Échevelé, livide au milieu des tempêtes,

Gain se fut enfui de devant Jéhovah,

Comme le soir tombait, l'homme sombre arriva

Au bas d'une montagne, en une grande plaine ;

Sa femme fatiguée et ses fils hors d'haleine

Lui dirent ; » Couchons-nous sur la terre, et dormons. »

Gain, ne dormant pas, songeait aux pieds des monts.

Ayant levé la tête, au fond des cieux funèbres,

Il vit un œil, tout grand ouvert dans les ténèbres.

Et qui le regardait dans l'ombre fixement.

« Je suis trop près, i dit-il avec un Iremblemeat,

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Il réveilla ses flls dormant, sa femme lasse,

Et se remit à fuir sinistre dans l'espace.

Il marcha trente jours, il marcha trente nuits.

Il allait, muet, pâle et frémissant aux bruits,

Furlif, sans regarder derrière lui, sans trêve,

Sans repos, sans sommeil ; il atteignit la grève

Des mers dans le pays qui fut depuis Assur.

« Arrêtons-nous, dit-il, car cet asile est sûr.

Restons-y. Nous avons du monde atteint les bornes. ■

Et comme il s'asseyait, il vit dans les cieux mornes

L'œil à la même place au fond de l'horizon.

Alors il tressaillit en proie au noir frisson.

€ Cachez-moi I » cria-t-il ; et le doigt sur la bouche.

Tous ses fils regardaient trembler l'aïeul farouche.

Ca'in dit à Jabcl, père de ceux qui vont

Sous des tentes de poil dans le désert profond :

€ Etends de ce côté la toile de la tente, i

Et l'on développa la muraille flottante ;

Et quand on l'eut fixée avec des poids de plomb :

t Vous ne voyez plus rien? » dit Tsilla, l'enfant blond,

La fille de ses fils, douce comme l'aurore ;

Et Caïn répondit : « Je vois cet œil encore ! »

Jubal, père de ceux qui passent dans les bourgs

Soufflant dans les clairons et frappant des tambours,

Cria : i Je saurai bien construire une barrière. »

Il fît un mur de bronze et mit Caïn derrière ;

Et Caïn dit : t Cet œil me regarde toujours ! »

Hénoch dit : « Il faut faire une enceinte de tours

Si terrible, que rien ne puisse approcher d'elle.

Bâtissons une ville avec sa citadelle,

Bâtissons une ville, et nous la fermerons. »

Alors Tubalcaïn, père des forgerons.

Construisit une ville énorme et surhumaine.

Pendant qu'il travaillait, ses frères, dans la plaine

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