V. HUGO HT L\ POÉSIE FRANÇAISE AU XiX* SIÈCLE. 2l
11 rayonne ! il jeLle sa flamme
Sur l'éternelle vérité !
Il la fait resplendir pour l'âme
D'une merveilleuse clarté !
îl inonde de sa lumière
Ville et déserts, Louvre et i haumière,
El les plaines et les hauteurs I
A tous d'en haut il la dévoile ;
Car la poésie est l'étoile
Qui mène à Dieu rois et pasteurs *.
Une définition pareille du poète et de la poésie ne convient qu'aux temps mythologiques de Linus et d'Orphée. Aujourd'hui, elle fait sourire ; nul n'est assez naïf pour la prendre au sérieux, à commencer par son auteur. Mais ce jeu a ses périls ; il n'est pas sans inconvénient de donner à ce qui est fantaisie pure l'accent d'une chose sérieusement dite : notre confiance dans la parole du poète s'en trouve diminuée, et ses pages les mieux senties deviennent suspectes de n'être plus que des lieux communs indifférents.
Le sceptique, chez Victor Hugo, se transforme instantanément en voyant et en prophète. Il résulte de cette prompte métamorphose que nous ne pouvons pas être fort émus de son doute, sachant avec quelle facilité il en sortira