‹ Racine et Victor HugoChapitre 56 sur 118 · V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE · texte numérisé non relu

V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE

Il doit ravir au ciel austère

L'éternel feu, Conquérir son propre mystère,

Et voler Dieu...

Je suis celui que rien n'arrête,

Celui qui va, Celui dont l'àme est toujours prête

A Jéhoyah...

Le songeur ailé, l'âpre athlète

Au bras nerveux, Et je traînerai la comète

Par les cheveux...

.rirai lire la grande Bible.

J'entrerai nu Jusqu'au tabernacle terrible

De l'inconnu,

Jusqu'au seuil de l'ombre et du vide.

Gouffres ouverts Que garde la meute livide

Des noirs éclairs,

Jusqu'aux portes visionnaires

Du ciel sacré ; Et si vous aboyez, tonnerres,

Je rugirai.

La poésie de Victor Hugo est, sans contredit, celle où s'est réfléchie avec le plus d'éclat, de variété et d'ampleur, l'âme pensive, alternati-

vement confiante et troublée, du xix' siècle ; mais ce n'est point celle qui en a traduit, ni la foi avec le plus de sereine élévation, ni le doute avec le plus d'émotion poignante, ni la science avec le plus de précision instructive.

La muse de Lamartine monte sans effort et plane à une hauteur suprême dans un azur qui ne nous paraît monotone que par l'excès de sa pureté.

Alfred de Musset, comparé à Victor Hugo, est un enfant ; mais cet enfant a le mérite d'une sincérité parfaite qui nous le rend profondément sympathique, et c'est grâce à cette qualité aimable, c'est parce que l'auteur, chez Musset, ne cache et ne déguise jamais l'homme, qu'il a pu quelquefois, parmi la jeunesse française au cœur prompt et sensible, faire échec à la popularité d'un bien plus grand que lui. L'accent du doute, il faut en convenir, a été autrement tragique et douloureux chezcet épicurien que, « malgré lui, l'infini tourmentait, » et lorsqu'il s'écriait avec angoisse :

Je ne crois pas, ô Christ, à ta parole sainte I

il avait dans l'âme plus d'émotion et dans la pensée plus de sérieux, il était, en un sens, plus

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