‹ Racine et Victor HugoChapitre 61 sur 118 · V. HUGO ET LA POESIE FRANÇAISE AU XIX' SIECLE. 2i · texte numérisé non relu

V. HUGO ET LA POESIE FRANÇAISE AU XIX' SIECLE. 2i

notre étude sur Victor Hugo aura son intérêt, et, si je puis le dire, sa moralité. Il nous prouvera, contre les partisans d'un pédantisme chagrin, que la véritable intelligence critique est, au contraire, celle qui sait avec bonheur découvrir les meilleures et les plus nombreuses raisons de goûter la volupté la plus pure, la joie la plus noble qui soit au monde, à savoir l'admiration. Mais combien de critiques, combien même de simples lecteurs mettent, par une humeur bizarre, un acharnement insensé à diminuer le plus qu'ils peuvent leurs motifs d'avoir du plaisir ! On les voit s'armer tout d'abord d'un étrange sentiment de défiance et d'hostilité à l'égard du poète qui prétend leur offrir une lecture délicieuse, et ils semblent lui reprocher cette prétention comme une offense.

Ne jetez pas de pierres dans la source où vous avez bu ! dit un proverbe arabe. « Y a-t-il, demande le généreux Jean-Paul, des fontaines où l'on jette plus de mauvaises pierres de toute espèce que dans la source de la vérité et dans la fontaine de Castalie? Tel critique sombre et obscur n'a jamais de sa vie procuré une minute agréable à ce poète qui, de son côté, malgré les fautes qu'il a pu faire, l'a comblé d'heures cèles-

tes. Et néanmoins cet animal trempe sa patte dans l'encre, et son ingratitude reproche au poète, avec amertume et d'un ton hargneux, ces quelques lignes qui ne lui ont pas fait autant de plaisir que les autres ! »

Nous avons signalé chez Victor Hugo, en premier lieu (cette constatation importante devant servir de base à tout l'échafaudage de notre critique), une faiblesse proportionnelle de la pensée pure, un sensible défaut d'équihbre entre la pensée et l'imagination, à l'avantage de celle-ci : mais avons-nous besoin qu'on nous rende attentifs à la valeur toute relative de cette première critique?

La force de la pensée chez Victor Hugo demeure très grande; elle reste infiniment supérieure à celle de la généralité des esprits qui pensent, et pour le moins égale à celle de l'élite; elle ne paraît inférieure que si on la compare à son incomparable imagination. Un seigneur qui possède deux mille hectares de forêts peut être dit, par comparaison, pauvre en terres labourables, s'iln'en compte que quinze ou dix-huit cents arpents ; mais quel est celui d'entre nous qui ne se contenterait de cette pau-

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