‹ Racine et Victor HugoChapitre 62 sur 118 · V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE · texte numérisé non relu

V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE

vreté? Et puis, pour continuer ma similitude, qui donc aurait le cœur de porter la hache dans la forêt luxuriante et splendide de Victor Hugo, sous prétexte de distribuer d'une façon un peu plus égale les richesses du grand écrivain et d'accroître de quelques gerbes de blé ce qui peut contribuer dans sa poésie à notre nourriture morale et intellectuelle?

Il n'est pas une seule des critiques communément adressées à la faculté qui pense et qui raisonne chez notre poète, qu'on ne puisse transformer en louange à l'adresse de son imagination, et il y a tout avantage à procéder ainsi de préférence, puisqu'on remplace une négation froide et stérile par l'admiration qui réchauffe le cœur et qui donne des ailes à l'esprit.

Pour prendre tout de suite un exemple, l'idéalisme outré du théâtre et des romans de Victor Hugo, l'exagération hors nature où sa fantaisie prend plaisir, se rattache à une rare noblesse de smitiQicnts, à une singulière hauteur de vues, à l'idée de l'art la plus généreuse et la plus élevée qui se puisse concevoir. Le grand poète romantique a voulu protester et réagir par là contre l'imitation plate et vulgaire de la réalité qu'une école détachée de la sienne devait pren-

lire pour programme unique, pour mot d'ordre de la littérature ; à mesure que cette école exagérait son principe étroit, on a vu l'auteur des Travailleurs de la mer et de Torquemada s'enfoncer de plus en plus dans les régions de l'idéa)^ comme si, par le contraste de son infatigable essor vers la sublimité, il avait juré de faire honte au terre à terre de ses contemporains. La grandeur est-elle donc une chose dont la vie nous offre assez souvent le spectacle pour qu'il nous ennuie et nous déplaise de la rencontrer dans les créations de l'art, même au prix de quelque exagération?

La pensée de Victor Hugo, avons-nous dit, va d'abord aux extrêmes ; elle ne séjourne guère dans ces vérités moyennes qui, faisant aux deux thèses opposées leur juste part, les concilient et préviennent les contradictions comme les paradoxes : c'est là un fait intéressant qui mérite d'être constaté ; mais aller plus loin, laisser parai'tre ici l'ombre d'un blâme, d'un regret ou d'un simple étonnement, ce serait montrer qu'on ne comprend ni ne voit la profondeur et l'immensité du changement de nature dont une critique de la sorte implique le désir inutile ; sans compter

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