‹ Racine et Victor HugoChapitre 72 sur 118 · V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE · texte numérisé non relu

V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX* SIÈCLE

Europe, ce sera la couronne de nos cheveux blancs. Mais il ne faut pas soufïrir que des goujats barbouillent de rouge notre drapeau... Ces gens-là font reculer l'idée politique qui avancerait sans eux. Ils font de la république un épouvantail. 93 est un triste asticot. Parlons un peu moins de Robespierre et un peu plus de Washington.

Il n'est donc pas vrai, ces documents le prouvent, que Victor Hugo, toujours dans les extrêmes, ait passé brusquement d'un royalisme puéril au credo non moins superficiel de la secte révolutionnaire. La pensée du grand poète qui restera dans l'avenir l'organe le plus éloquent du xix^ siècle n'a point couru d'un pas plus rapide et plus léger que les événements ; elle les a suivis, elle a médité sur eux, elle s'est façonnée à leur école.

science, de l'art et de la pensée; poursuivra, sans quitter terre pourtant, et sans sortir du possible et du vrai, la réalisation sereine de tous les grands rêves des sages; bâtira le pouvoir sur la même base que la liberté, c'est à-dire sur le droit; subordonnera la force à l'intelligence; dissoudra l'émeute et la guerre, ces deux formes de la barbarie; fera de l'ordre la loi des citoyens, et de la paix la loi des nations; vivra et rayonnera; grandira la France, conquerra le monde, sera en un mot le majestueux embrassementdu genre humain gous le regard de Dieu satisfait.

De ces deux Républiques, celle-ci s'appelle la civilisation, celle-là s'appelle la terreur. Je suis prêt à dévouer ma vie pour établir l'une et empêcher l'autre.

Victor IIcoo.

Existe-t-il, dans toute l'histoire de la poésie politique, quelque chose de plus noble et de plus beau que cet adieu solennel aux vaincus de Juillet, jetant une note mélancolique et grave au miheu de Fode triomphale où les vainqueurs sont glorifiés :

... Reconduisons au moins ces vieux rois de nos pères. Rends, drapeau de Fleurus, les honneurs militaires A l'oriflamme qui s'en va !

Je ne leur dirai point de mot qui les déchire.

Qu'ils ne se plaignent pas des adieux de la lyre !

Pas d'outrage au vieillard qui s'exile à pas lents !

C'est une piété d'épargner les ruines.

Je n'enfoncerai pas la couronne d'épines

Que la main du malheur met sur des cheveux blancs 1

D'ailleurs, infortunés ! ma voix achève à peine L'hymne de leurs douleurs dont s'allonge la chaîne. L'exil et les tombeaux dans mes chants sont bénis; Et tandis que d'un règne on salûra l'aurore, Ma poésie en deuil ira longtemps encore De Sainte-Hélène à Saint-Denis!

Et qu'y a-t-il de plus sublime dans la littérature ancienne et moderne, quel autre exemple pourrait-on citer d'une plus superbe alliance de la pensée la plus haute avec la plus haute poésie, que les réflexions inspirées à Victor Hugo en

Page 1