‹ Racine et Victor HugoChapitre 73 sur 118 · V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX° SIÈCLE · texte numérisé non relu

V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX° SIÈCLE

1836 par la nouvelle de la mort de Charles X exilé :

Il est mort. Rien de plus. Nul groupe populaire N'a jeté sur son nom pitié, gloire ou respect... Nul temple n'a gémi dans nos villes. Nul glas N'a passé sur nos fronts, criant : Hélas! hélas! La presse aux mille voix, cette louve hargneuse, A peine a retourné sa tête dédaigneuse; Nous ne l'avons pas vue, irritée et grondant. Donner à cette pourpre un dernier coup de dent; Et chacun vers son but, la marée à la grève, La foule vers l'argent, le penseur vers son rêve, Tout a continué de marcher, de courir, Et rien n'a dit au monde : Un roi vient de mourir!

Sombres canons rangés devant les Invalides, Comme des sphinx au pied des grandes pyramides... A ce bruit qui jadis vous eût fait rugir tous ■ — Le roi de France est mort! — d'où vient qu'aucun

[de vous.

Comme un lion captif qui secourait sa chaîne, Aucun n'a tressailli sur sa base de chêne, Et n'a, se réveillant par un subit effort, Dit à son noir voisin : — Le roi de France est mort! ...Vous vous taisez. Mais moi, moi, dont parfois le chant Se refuse à l'aurore et jamais au couchant. Moi que jadis à Reims Charle admit comme un hôte, Moi qui plaignis ses maux, moi qui blâmai sa faute, Je ne me tairai pas. Je descendrai courbé. Jusqu'au caveau profond où dort ce roi tombé; Je suspendrai ma lampe à cette voûte noire; Et sans cesse, à côté de sa triste mémoire,

Mon esprit, dans ces temps d'oubli contagieux, Fera veiller dans l'ombre un vers religieux ' 1

On le voit, ma critique précédente est vaincue.

Non, je n'ai plus le droit de dire, en vérité, que chez Victor Hugo la pensée est moins iuiLo que l'imagination, puisque ce jugement soumis à l'épreuve d'un nouvel examen des œuvres du poète s'évanouit, malgré son apparence plus sérieuse, avec tant d'autres critiques rebattues et banales auxquelles je n'ai pas daigné faire l'honneur de les réfuter.

Et bien loin de vouloir essayer de rétablir ma première critique dans une certaine mesure, il me plaît de lui porter le dernier coup; il me plaît de montrer que certaines idées traitées de lieux communs et attribuées à une vaine et sonore rhétorique, appartiennent, au contraire, à ce que la pensée a de plus grave et de plus élevé.

Lorsque Bossuet ouvre en ces termes une de ses oraisons funèbres :

« Celui qui règne dans les cieux et de qui relèvent tous les empires, à qui seul appartient la gloire, la majesté et l'indépendance, est aussi le seul qui se

1 Surit lacrymœ rerum.

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