‹ Racine et Victor HugoChapitre 77 sur 118 · V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE 2o · texte numérisé non relu

V. HUGO ET LA POÉSIE FRANÇAISE AU XIX' SIÈCLE 2o

femme de sa jeunesse, toute sa famille descendue avant lui au tombeau, excepté deux petits-enfants dont l'aube embellissant le couchant de sa vie fournit au vieux poète sa dernière antithèse.

Enfin, l'apothéose. A quatre-vmgts ans Victor Ilugo reconquiert sa royauté de 1828, incontestée cette foi? et universelle Paris, la France, le monde sont à ses pieds. Des républiques, des princes s'adressent à lui comme à une puissance. Le jour anniversaire de sa naissance un peuple entier le fête, et vivant il assiste à son entrée dans l'immortalité.

Que d'expériences diverses dans une telle existence ! Avait-il le droit de dire : « J'ai vécu » , le grand mort auquel la République française allait rouvrir le Panthéon, après l'avoir exposé un jour et une nuit sous l'Arc de Triomphe, afin d'ajouter un souvenir plus grand que tous les autres à ce monument glorieux de l'histoire, que les Voix inténcures nous montrent recevant dans un avenir lointain sa suprême majesté, du temps qui le changera en ruines :

Il faut que le vieillard chargé de jours sans nombre, Menant son jeune fils sous l'arche pleine d'ombre, Nomme Napoléon comme on nomme Cjrus, Et dise, en la montrant de ses mains décharnées :

« Vois cette porte énorme! elle a trois mille années. C'est par là qu'ont passé des hommes disparus ! >

Telle fut la carrière de Victor Hugo. Et voilà l'expérience, voilà les leçons, voilà la vie, d'oii le grave et profond penseur a tiré, comme les auteurs classiques, comme les sages de l'antiquité, ces lieux communs éprouvés et solides qui sont l'abrégé de la raison humaine, l'essence du vrai plus précieuse que tous les raffinements du neuf, le pain substantiel et savoureux destiné à nourrir d'âge en âge toutes les générations.

Page 1