‹ Racine et Victor HugoChapitre 76 sur 118 · V. HUGO ET LA POÉSIE FRAPfÇAlSE AU XIX* SIÈCLE · texte numérisé non relu

V. HUGO ET LA POÉSIE FRAPfÇAlSE AU XIX* SIÈCLE

des passions, de la douleur, de la mort, traite ces thèmes éternels avec le sérieux de l'homme qui a aimé, qui a souffert, qui a senti la beauté de la création et sa cruelle ironie, qui a vécu onfm et pensé fréquemment à la mort inévitable. Or, quel poète, je le demande, goûta jamais mieux que Victor Hugo la plénitude de vie qu'une existence humaine peut contenir dans ses bornes?

A peine sorti de l'adolescence, il a déjà connu les joies du pur amour et de la paternité; il lutte quelque temps contre la pauvreté qui aiguillonne son génie; il devient le chef du mouvement romantique, et dès lors il ne cesse de vivre entouré et acclamé par tout ce que la littérature et les arts comptent d'écrivains qui s'essayent et de maîtres illustres ; au pinacle de la célébrité avant l'âge de trente ans, il éprouve l'ivresse vertigineuse de la gloire, l'immense volupté du talent qui jouit de ses forces, et, dans l'orgueil de son triomphe, il se plaît à défier, à irriter la critique, qu'il confond, par un excès de dédain superbe, avec la rage de l'impuissante envie. Très différent des artistes désintéressés, des amoureux frivoles, des contemplateurs paresseux, qui se vantent pourtant d'être ses dis-

ciples, il veut se lancer comme Lamartine dans la mêlée humaine et joindre h. sa puissante action littéraire l'honneur d'un grand rôle politique.

En 1843, la mort affreuse de sa fille et de son gendre le jette dans un deuil profond, dont l'activité de son esprit et l'énergie de sa volonté le font enfin sortir « pâle et vainqueur ' ». Survient la terrible épreuve de I80I, la colère du proscrit, la douleur de l'expatrié, auxquelles se mêlait, pour les exaspérer, l'humiliant souvenir d'un manque de perspicacité politique et le remords amer d'une sorte de connivence de la muse trop aveuglée par l'éblouissement de la gloire impériale.

Pendant dix ans, la solitude profonde de Guernesey, le tête-à-tête avec l'océan et le gigantesque labeur poétique.

Puis, le retour de l'exil et l'accomplissement sinistre des prophéties du voyant; l'année terrible, les deux sièges, la guerre étrangère, la guerre civile ; la mort de ses deux fils et de la

Maintenant que du deuil qui m'a fait l'âme obscure

Je sors pâle et vainqueur, Et que je sens la paix de la grande nature

Qui m'entre dans le cœur...

A Villequier

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