UNITÉ DE L'CEUVRE. — CONCLUSION
Rythme ou style, structure ou conception du drame, tout dans ce théâtre concourt à produire une impression très nette de force tranquille et d'harmonie. Racine possède nombre de facultés éminenles : la sensibilité, l'esprit, l'imagination, l'énergie, l'éloquence. Une seule de ces facultés eût suffi sans doute pour le mettre au premier rang ; peut-être même, isolée^, eût-elle tout d'abord frappé davantage. Mais ce qui est extraordinaire ici, c'est l'équiHbre de ces qualités brillantes qui se contiennent l'une l'autre et que maîtrisent toujours la conscience littéraire, le sentiment des proportions, le goût de la mesure et du solide. Racine cache ses richesses et ses audaces avec autant de soin que d'autres mettent à les étaler. Il apporte de grandes nouveautés, et pourtant il ne prétend rien bouleverser. Il s'en tient aux sentiments les plus généraux de i'âme humaine, aux formes consacrées de la tragédie, à la
langue et à la vorsificalion do son lonips. Mais do ces éléments ordinaires ot si simples il lire des effets très neufs, à force de logique et d'art. Toujours il domine son œuvre, où chaque détail est subordonné à l'ensemble. Il faudrait peut-être remonter ius(|u'aux drecs pour trouver clie/ un poète un si parfait aecoid de la forme et du fond, tant d'élégance et de simplicité dans la hardiesse, tant de variété dans l'harmonie, tant de nuances et d'imprévu dans l'unité.
Vivement contestée par les partisans de Corneille et les survivants de la Fronde, la tragédie de Racine fut acclamée par la jeune cour et la nouvelle école, par tous ces illustres gens de lettres contemporains de Louis XIV qui allaient devenir les vrais classiques de la France, les plus complets représentants de son génie littéraire. Pendant toute la première moitié du xvui* siècle, le théâtre de Racine fut considéré comme la perfection suprême de l'art dramatique. Il contribua beaucoup à orienter la poésie moderne, même toute la littérature d'imagination, vers l'analyse presque exclusive des passions de l'amour. Mais il est à remarquer qu'en admirant Racine, et en croyant l'imiter, on rompait réellement avec son système dramatique: les auteurs tragiques, Voltaire en tête, revenaient à la tradition de Corneille et subordonnaient les caractères à l'intrigue. Cette tendance se marqua mieux encore dans la seconde moitié du xvni' siècle : on repoussa hautement la méthode de Racine et de Molière; le mot d'ordre de Diderot, de Sedaine et de Beaumarchais fnt de peindre au théâtre des situations et des conditions. Ce qui compromit bien plus la gloire de Racine, ce fut, aux temps de la Révolution et sous le premier empire, la maladresse et la foi obstinée de ses derniers imitateurs. Aussi l'Ecole romantique ne ménagea guère l'auteur de BritminicKs et iVAthalie, en qui elle croyait reconnaiire le [dus dangereux de ses adversaires. Mais