‹ Racine. Textes choisis et commentésChapitre 101 sur 130 · SCÈNE VI BRITANTs^ICUS, JUNIE, NARCISSE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI BRITANTs^ICUS, JUNIE, NARCISSE

Madame, quel bonheur me rapproche de vous (1)? Quoi ! je puis donc jouir d'un entretien si doux?

(1) Ceux qui désapprouvent cette scène, parce que, disent-ils, s'aller cacher pour entendre une conversation est un jeu puéril qui ne con-

2;M) =^ RACINE. — ClIAP. X ==

Mais parmi ce plaisir quel chagrin me dévore !

Hélas ! puis-je espérer de vous revoir encore?

Faut-il que je dérobe, avec mille détours,

Un bonheur que vos yeux m'accordaient tous les jours?

Quelle nuit ! Quel réveil ! Vos pleurs, votre présence

N'ont point de ces cruels désarmé l'insolence !

Que faisait votre amant? Quel démon envieux

M'a refusé l'honneur de mourir à vos yeux?

Hélas ! dans la frayeur dont vous étiez atteinte,

M'avez-vous en secret adressé quelque plainte?

Ma princesse, avez-vous daigné me souhaiter?

Songiez-vous aux douleurs que vous m'alhez coûter?

Vous ne me dites rien ! Quel accueil ! Quelle glace !

Est-ce ainsi que vos yeux consolent ma disgrâce?

Parlez : nous sommes seuls. Notre ennemi, trompé,

Tandis que je vous parle, est ailleurs occupé.

Ménageons les moments de cette heureuse absence.

Vous êtes en des heux tout pleins de sa puissance : Ces murs mêmes, seigneur, peuvent avoir des yeux; Et jamais l'empereur n'est absent de ces lieux.

BRITANKICUS

Et depuis quand, madame, êtes-vous si craintive? Quoi ! déjà votre amour souffre qu'on le captive? Qu'est devenu ce cœur qui me jurait toujours De faire à Néron même envier nos amours? Mais bannissez, madame, une inutile crainte : La foi dans tous les cœurs n'est pas encore éteinte; Chacun semble des yeux approuver mon courroux ; La mère de Néron se déclare pour nous. Rome, de sa conduite elle-même offensée...

JUNIE

Ah ! seigneur ! vous parlez contre votre pensée. Vous-même vous m'avez avoué mille fois

vient pas au sérieux de la tragédie, ne font pas attention que ce n'est pas ici un jeu, mais une cruauté dont Néron seul est capable. Il veut que Junie prononcé elle-même à son amant l'arrêt de son bannissement : elle sera la cause de sa mort, s'il lui échappe un geste, un soupir, ou un regard. Quelle situation que celle de Junie, qui sait que Néron l'entend et la voit ! Et qu'une pareille scène doit exciter l'attention du spectateur ! (L. -R.)

BRITA.NMCLS -=^ 237

Que Rome le louait d'une commune voix ; Toujours à sa vertu vous rendiez quelque hommage. Sans doute la douleur vous dicte ce langage.

BRITAXXICUS

Ce discours me surprend, il le faut avouer :

Je ne vous cherchais pas pour Tentendre louer.

Quoi ! pour vous confier la douleur qui m'accable,

A peine je dérobe un moment favorable ;

Et ce moment si cher, madame, est consumé

A louer Tennemi dont je suis opprimé !

Qui vous rend à vous-même, en un jour, si contraire?

Quoi ! même vos regards ont appris à se taire?

Que vois-je? Vous craignez de rencontrer mes yeux !

Néron vous plairait-il? Vous serais-je odieux?

Ah ! si je le croyais !... Au nom des dieux, madame,

Éclaircissez le trouble oîi vous jetez mon âme.

Parlez. Ne suis-je plus dans votre souvenir?

JUXIE

Retirez-vous, seigneur ; l'empereur va venir.

BRITAXXICUS

Après ce coup, Narcisse, à qui dois-je m'attendre?

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