‹ Racine. Textes choisis et commentésChapitre 118 sur 130 · SCÈNE III AGRIPPINE, JUNIE · texte numérisé non relu

SCÈNE III AGRIPPINE, JUNIE

AGRIPPIXE

Madame, ou je me trompe, ou, durant vos adieux, Quelques pleurs répaHdus ont obscurci vos yeux. Puis-je savoir quel trouble a formé ce nuage? Doutez-vous d'une paix dont je fais mon ouvrage?

JUXIE

Aprt's tous les cmuiis que ce jour iti'a coûtée, Ai-je pu rassurer mes esprits agites?

Hélas ! à peine encor je conçois ce miracle.

Quand même à vos bontés je craindrais quelque obstacle,

Le changement, madame, est commun à la cour ;

Et toujours quelque crainte accompagne l'amour.

AGRIPPINE

n sufifit, j'ai parlé, tout a changé de face :

Mes soins à vos soupçons ne laissent point de place.

Je réponds d'une paix jurée entre mes mains ;

Néron m'en a donné des gages trop certains.

Ah ! si vous aviez vu par combien de caresses

Il m'a renouvelé la foi de ses promesses ;

Par quels embrassements il vient de m' arrêter !

Ses bras, dans nos adieux, ne pouvaient me quitter.

Sa facile bonté, sur son front répandue,

Jusqu'aux moindres secrets est d'abord descendue :

H s'épanchait en fils qui vient en hberté

Dans le sein de sa mère oubher sa fierté.

Mais bientôt reprenant un visage sévère,

Tel que d'un empereur qui consulte' sa mère,

Sa confidence auguste a mis entre mes mains

Des secrets d'oii dépend le destin des humains.

Non, il le faut ici confesser à sa gloire,

Son cœur n'enferme point une mahce noire ;

Et nos seuls ennemis, altérant sa bonté,

Abusaient contre nous de sa facihté :

Mais enfin, à son tour, leur puissance déchne ;

Kome encore une fois va connaître Agrippine ;

Déjà de ma faveur on adore le bruit.

Cependant en ces Ueux n'attendons pas la nuit :

Passons chez Octavie, et donnons-lui le reste

D'un jour autant heureux que je l'ai cru funeste.

Mais qu'est-ce que j'entends? Quel tumulte confus !

Que peut-on faire?

JUNIE

0 ciel, sauvez Britannicus !

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