ALEXANDRE ET LOUIS XIV
autres et pousse entre temps des soupirs, de « tristes soupirs », à l'adresse d'Axiane. Les femmes mêmes, dans Alexaïidre, ne séparent point l'amour de la gloii'e de l'amour sans épitliète. Quand Taxile demande à Axiane ce qu'U faut faire pour toucher son cœur, cette « divine princesse » lui répond :
H faut, s'il est vrai que Ion m'aime.
Aimer la gloire, autant que je l'aime moi-même.
Les Saint-Évremond et les Corneille pouvaient après cela protester qu'on ne sentait point dans F Alexandre « le bon goût de l'antiquité » : aucune peinture n'était plus propre à flatter le cœur d'un jeune monarque à qui Racine était pai*-dessus tout avide de plaii'e et dont il avait donné les traits à son héros. Quand Taxile peignait de la sorte Alexandre :
D'abord ce jeune éclat qu'on remarque en ses traits
M'a semblé démentir le nombre de ses faits.
Mon cœur, plein de son nom, n'osait, je le confesse,
Accorder tant de gloire avec tant de jeunesse ;
Mais de ce même front l'héroïque fierté,
Le feu de ses regards, sa haute majesté.
Font connaître Alexandre. Et certes son visage
Porte de sa grandeur l'infaillible présage ;
Et sa présence auguste appuyant ses projets.
Ses yeux comme son bras fout partout des sujets.
H sortait du combat. Ébloui de sa gloire,
Je croyais dans ses yeux voir briller la victoire...
Louis XIV pouvait se demander et toute la coiu* avec lui si ce n'était point de lui-même et non d'Alexandre qu'il s'agissait dans ces vers. Et, aussi bien, pour que personne ne s'y trompât, la pièce était-elle dédiée a au roi » et, dans cette dédicace, l'assimilation entre le roi et le conquérant établie dès les premières lignes.
^lais déjà, dans la Renommée aux Muses, Racine n'avaitil pas appelé Louis XIV « cet Alexandre »?
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Quoi qu'il en soit, si Racine n'avait eu égard qu'à se! intérêts en faisant passer V Alexandre du Palais-Royal î l'Hôtel de Bourgogne, reconnaissons qu'il fut bien avisé Jouée par l'élite de la troupe : Floridor, Montfleury, Bré court, Mlle des Œillets, Mlle d'Ennebaut, etc. (27 décembre 1665), le succès de la pièce ne se ralentit pas pendant plusieurs années et même après que Racine fu1 devenu l'auteur d'Afidromaque, de Britannicus et d( Phèdre. On peut s'en étonner, car la pièce est loin d'être un chef-d'œuvre ; mais elle ouvrait la période héroïque e1 galante du règne ; elle était plus qu'aucune autre selon h cœur du roi. Ce monarque, qui ne voulait autour de lui que des hommes nouveaux, avait trouvé son poète dans l'auteur d'Alexandre, comme il avait trouvé son ministre dans Colbert. Il l'adopta de ce moment ; il en fit en quelque sorte son poète lauréat. Racine semblait bien définitivement perdu pour Port-RoyaL