‹ Racine. Textes choisis et commentésChapitre 47 sur 130 · SCÈNE VI PYRRHUS, ANDROMAQUE, PHŒNIX, CÉPHISE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI PYRRHUS, ANDROMAQUE, PHŒNIX, CÉPHISE

PYRRHUS, à Phœnix.

Où donc est la princesse?

2se m'avais-tu pas dit qu'elle était en ces lieux?

PHŒNIX

Je le croyais.

ANDROMAQUE, à Céphise.

Tu vois le pouvoir de mes yeux!

PYRRHUS

Que dit-elle, Phœnix?

ANDROMAQUE

Hélas, tout m'abandonne!

PHŒNIX

Allons, seigneur, marchons sur les pas d'Hermione.

CÉPHISE

Qu'attendez- vous? Rompez ce silence obstiné.

ANDROMAQUE

Il a promis mon fils.

CÉPHISE

n ne l'a pas donné.

ANDROMAQUE

Non, non, j'ai beau pleurer, sa mort est résolue.

PYRRHUS

Daigne-t-elle sur nous tourner au moins la vue? Quel orgueil !

ANDROMAQUE

Je ne fais que l'irriter encor,

Sortons.

122 = RACINE. — CIIAP. VIII

PYRRHUS

Allons aux Grecs livrer le fils d"Hector. ANDROMAQUE, se jetant aux pieds de Pynlius. Ah, seigneur, arrêtez ! Que prétendez-vous faire? Si vous livi-ez le fils, livrez-leur donc la mère 1 Vos serments m'ont tantôt juré tant d'amitié ! Dieux ! ne pourrai-je au moins toucher votre pitié? Sans espoir de pardon m'avez-vous condamnée?

PYRRHUS

Phœnix vous le dira, ma parole est donnée.

ANDROMAQUE

Vous qui braviez pour moi tant de périls divers !

PYRRHUS

J'étais aveugle alors ; mes yeux se sont ouverts. Sa grâre à vos désirs pouvait être accordée ; Mais vous ne l'avez pas seulement demandée : C'en est fait.

ANDROMAQUE

Ah! seigneur! vous entendiez assez Des soupirs qm craignaient de se voir repoussés. Pardonnez à l'éclat d'une illustre fortune Ce reste de fierté qui craint d'être importune. Vous ne l'ignorez pas ; Andromaque, sans vous, N'aurait jamais d'un maître embrassé les genoux.

PYRRHUS

Non, vous me haïssez ; et dans le! ond de l'âme Vous craignez de devoir quelque chose à ma flamme. Ce fils même, ce fils, l'objet de tant de soins, Si je l'avais sauvé, vous l'en aimeriez moins. La haine, le mépris, contre moi tout s'assemble ; Vous me haïssez plus que tous les Grecs ensemble. Jouissez à loisir d'un si noble courroux. Allons, Phœnix.

ANDROMAQUE

Allons rejoindre mon époux.

CÉPHISE

Madame...

ANDROMAQUE, à Gêphise.

Et que veux-tu que je lui dise encore? Auteur de tous mes maux, crois-tu qu'il les ignore?

{A Pyrrhus.) Seigneur, voyez l'état où vous me réduisez.

^===^= ANDROMAQUE \T

•lai vu mon père mort, et nos murs embrasés ; l'ai vu trancher les joui-s de ma famille entière, i;t mon époux sanglant traîné sur la poussière, Sun fils seul avec moi réservé {)our les fers. 'lais que ne peut un fils ! Je respire, je sers.

ai fait plus; je me suis quelquefois consolée Qu'ici, plutôt qu'ailleurs, le sort m'eût exilée ; Qu'heureux dans son malheur, le fils de tant de rois, • Puisqu'il devait servir, fût tombé sous vos lois : J'ai cru que sa prison deviendrait son asile. Jadis Priam soumis fut respecté d"Acliille : J'attendais de son fils encor plus de bonté. Pardonne, cher Hector, à ma crédulité!

Je n'ai pu soupçonner ton ennemi d'un crime ; Malsrré lui-même enfin je l'ai cru magnanime. Ah ! s'il l'était assez pour nous laisser du moins Au tombeau qu'à ta cendre ont élevé mes soins, Et que, finissant là sa haine et nos misères, Il ne séparât point des dépouilles si chères !

PYRRHUS

Va m'attendre, Phœnix.

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