‹ Racine. Textes choisis et commentésChapitre 46 sur 130 · LNDKOMA(^LE, HERMIONE, CLÉONE, CÉPHISE · texte numérisé non relu

LNDKOMA(^LE, HERMIONE, CLÉONE, CÉPHISE

AXDKOMAQUE

OÙ fuyez-voui^, madame?

N'est-ce pas à vos yeux un spectacle îissez doux ',>ue la veuve d'Hector jjleurante à vos genoux? •le ne viens point ici, par de jalouses larmes, \ ous envier un cœur qui se rend à vos charmes. Par une main cruelle, Iiélas ! j'ai vu percer Le seul où mes regards prétendaient s'adrc-ser :

120 — RACINE. — C11A1>. Vlli ===;::^=.^:^=^

Ma flamme par Hector fut jadis allumée ; Avec lui dans la tombe elle s'est enfermée. Mais il me reste un fils. Vous saurez quelque jour, Madame, pour un fils jusqu'où va notre amour ; Mais vous ne saurez pas, du moins je le souhaite, En quel trouble mortel son intérêt nous jette, Lorsque de tant de biens qui pouvaient nous flatter, C'est le seul qui nous reste, et qu'on veut nous l'ôter. Hélas ! lorsque, lassés de dix ans de misère. Les Troyens en courroux menaçaient votre mère. J'ai su de mon Hector lui procurer l'appui : Vous pouvez sur Pyrrhus ce que j'ai pu sur lui. Que craint-on d'un enfant qui survit à sa perte? Laissez-moi le cacher en quelque île déserte ; Sur les soins de sa mère on peut s'en assurer. Et mon fils avec moi n'apprendra qu'à pleurer.

HERMIONE

Je conçois vos douleurs ; mais un devoir austère. Quand mon père a pai"lé, m'ordonne de me taire. C'est lui qui de Pyrrhus fait agir le comTOux. S'il faut flécliir Pyrrhus, qui le peut mieux que vous? Vos yeux assez longtemps ont régné sur son âme. Faites-le prononcer : j'y souscrirai, madame.

[Paroles imprudentes ! Céphise le sent bien et elle dit à sa maîtresse qui se plaint du mépris d'Hermione :

Je croirais ses conseils et je verrais Pyrrhus.

En d'autres termes, comme Sarcey n'eût pas manqué de traduii'e ce langage : « A votre place je prendrais au mot cette pimbêche et je lui rabattrais son caquet. Il n'y faudrait pas grand effort : un simple regard, et Pyrrhus tomberait à vos pieds et Hermione dans le troisième dessous. Andromaque ne serait pas femme si elle restait insensible à un pareil raisonnement; elle pourrait hésiter malgir tout à écouter sa confidente; mais le hasard se charge d'' lui éviter un débat inutile en amenant sur les lieux Pyrrhu^ et Phœnix. C'est la scène yi de l'acte III, l'une des plus dramatiques de l'œuvre et le nœud môme de l'action, avec

— ANDKuMAuLE - ' ^21

la scène qui la suit et où Pyrrhus, après avoir renvoyé Phœnix, fait connaître à Andi-omaque sa résolution définitive.]

Page 1