POUR SE VENGER D'UN PROCES
par un ancien. Je ne crois pas, quoi qu'en ait dit Brimctière, que Racine ait été si pau\Te d'invention qu'il lui fallut toujours la caution de quelque devancier, Bajazef et Mithrkîate suffiraient à témoigner du contraire. Mais le respect qu'avec tout son siècle Racine professait pour l'antiquité et le peu d'application qu'on y avait à rechercher l'originalité, dont on tenait le mérite à très bas prix, faisaient qu'il était ravi, écrivant une comédie sur les juges, de pouvoir invoquer un précédent aussi fameux que celui des Guêpes d'Aristophane. Le comique grec le cou\Tait de son autorité : l'épisode ultra-burlesque du chien qui passe en jugement est dans les Guêpes, et l'on peut croire que Racine n'eût jamais osé le tirer de son cru ni l'emprunter à la tradition popidaire, qui ne lui eût point paru une caution assez bourgeoise (il a poiu1;ant de grandes analogies avec le conte de la chè\Te traduite en justice, et, d'autre part, les procès d'animaux furent assez fréquents au moyen âge). A tous ces éléments étrangers, tant à ceux que lui fournissait Aristophane qu'à ceux dont il était redevable à ses amis du Mouton Blanc, Racine mêla-t-il encore des souvenirs de famille, de la Picardie et de sa ville natale? C'est bien possible... Ces « picarderies », d'aiUeurs assez rares, non plus que la répétition du mot pane, n'apportent d'argument sérieux à la thèse de? germanisants ; elles prouvent simplement que Racine était de sa terre et de sa race, de quoi Ton se doutait déjà.
On aimerait à être aussi bien fixé sur le sens véritable des dernières phrases de son avant-propos :
Ce n'est pas que j'attende un grand honneur d'avoir assez longtemps réjoui le monde. Mais je me sais quelque gré de l'avoir fait sans qu'il m'en ait coûté une seule de ces sales équivoques et de ces malhonnêtes plaisanteries qui coûtent maintenant si peu à la plupart de nos écrivains, et qui font retomber le théâtre dans la turpitude d'où quelques auteurs plus modestes l'avaient tiré.
Le ton de ces phrases et de la première d'abord est bien celui d'un homme qui n'entend pas qu'on le confonde avec
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les turlupins du Pont-Neuf ni du Palais-Koyal. Et voiir bien de notre arrogant ! Mais, après avoir dit que « cette manière dédaigneuse de parler de la comédie pouvait ressembler à un secret désir de rabaisser Molière », visé d( toute évidence dans les lignes suivantes sur les « sales équivoques « de certains auteiiFs, Mesnard, pris de scrupule, se demande s'il ne faudrait pas reporter plus bas l'ai lusion à Molière et croire que c'est à lui qu'a songé Racint en faisant exception pour « quelques auteurs plus modestes i qui avaient tiré le théâtre de sa turpitude. («Plus modestes » entendez par là plus réservés.) On voudrait partager l'es poir de Mesnard. Mais quand on se souvient que, quelques mois avant les Plaideurs, Racine, sortant avec Molière d'une représentation de VAvare et reprochant à son am d'y avoir ri « tout seul sur le théâtre », s'était attiré cette verte riposte : « Je vous estime trop pom* croire que vous n'y avez pas ri, du moins intérieurement », on n'est guère disposé à lui faire honneur contre toutes les apparences d'une générosité de cœur si soudaine et si peu conforme à son caractère.
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Dans l'incertitude où nous sommes de ses vrais senti ments, accordons-lui, si l'on veut, le bénéfice du doute Aussi bien les Plaideurs, que Racine avait renoncé à donne; aux coméeiiens de la foh-e et qu'il avait porté à l'Hôtel d< Bourgogne, n'y devaient-ils pas rencontrer un meiUeu: accueil que l Avare lui-même au Palais-Royal. Et il s< pourrait fort bien que Boileau, une fois de plus, y ait fai la figure du rieur solitaire.
Nous avons peine aujoiu-d'hui à comprenelre cette froi deur du public, d'autant que la pièce, qui fait toujour salle comble, a perdu avec le temps une gi-ande partie d son à-propos : nous ne sonmies plus sensibles aux allusion