‹ Racine. Textes choisis et commentésChapitre 6 sur 130 · PREMIERS ESSAIS POÉTIQUES DE RACINE · texte numérisé non relu

PREMIERS ESSAIS POÉTIQUES DE RACINE

Cet Antoine Le ^laître, dont il est parlé plus haut, avait été dans le siècle le premier avocat de France. Séduit par le charme et, n faut le dire, les câlineries de l'adolescent, il l'aima comme un fds. On a de lui une lettre exquise ainsi adressée : Pour le petit Racine, à Port-Royal :

« Mon fils, je vous prie de m' envoyer au plus tôt V Apologie des Saints-Pères qui est à moi, et qui est de la première édition... J"ai reçu les cinq volumes de mes Conciles que vous avez fort bien empaquetés. Je vous en remercie. Mandez-moi si tous mes livres sont au château, bien arrangés sm* des tablettes, et si mes onze volimies de saint Chrysostome y sont, et voyez-les de temps en temps pour les nettoyer. Il faudrait mettre de l'eau dans des écuelles de terre où ils sont, afin que les souris ne les rongent pas. Faites mes recommandation? à ]\Ime Eacine et à votre bonne tante et suivez leurs conseils en tout. La jeunesse doit toujours se laisser conduire et tâcher de ne point s'émanciper... Bonjour, mon cher fils. Aimez toujours votre papa comme il vous aime. Écrivez-moi de temps en temps. Envoyez-moi aussi mon Tacite in-folio. »

Voilà un ton qui n'a rien de sévère. La théologie et les Pères ne font point oublier son Tacite à Le Maître. Mais il n"y a point que Tacite qui soit toléré à Port-Royal, et l'on y souffre Homère, Platon et les tragiques d'Athènes... Grande nouveauté, dont le « petit Racine » ne fut pas le dernier à profiter. Il se nomTissait de' textes anciens, grecs siu-tout, au temps même que le grec était à peu près abandonné dans les collèges, et c'est à Port-Royal qu'il doit d'avoir communiqué avec tout le délicat de l'antiquité. Ses maîtres ne lui donnèrent pas seulement le pouvoir de lire dans le texte les auteurs les plus difficiles : ils lui en imprimèrent le goût profond. S'il faut en croire son

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ami Valincoiirt, « les tragédies de Sophocle et d'Euripide renchantaient à tel point qu'il passait les journées à les lire et à les apprendre par cœur dans les bois qui sont autour de l'étang de Port-Royal ».

L'étang est aujourd'hui desséché au fond de la combe solitaire de Chevreuse, qu'étreint un dur cercle de collines. Nulle échappée. L'âme n'y trouve à s'évader que par en haut. M. Gazier appelle le vallon de Port-Royal un « entonnoir » ; ces messieurs disaient : « le désert ». On l'appellerait plus justement un caveau à ciel ouvert. Racine s'en arrangea, en compagnie de ses chers anciens, et son imagination le peupla de chlamydes légères. C'est sous les ombrages de Chevreuse, raconte son fils, qu'il lisait le roman grec de TMagène et CJiariclée qui fut brûlé trois fois par Claude Lancelot, mais après que l'adolescent l'eût appris par cœur... Légende bien invraisemblable, objectet-on, Théagène et Chariclée étant un bien trop gros livre pour qu'on le pût apprendre par cœur. Et cependant, au temps d' Andromaque encore, Racine n'en aura pas perdu le souvenir. La pointe tant reprochée :

Brûlé de plus de feux que je n'en aUumai

est tout justement la traduction littérale d'une phrase d'Héliodore. Peut-être datait-elle de Port-Royal et de cette année 1656 où l'écoher s'essayait à la muse en latin et en français.

n y a dans la vie de Racine à cette époque le plus sin gulier mélange de mollesse voluptueuse et de ferveur sph'ituelle. L'élégie Ad Christum nous a été conservée; on la sait facile et harmonieuse. Souph* d'une âme innocente implorant la clémence divine pour les persécutés, elle est mieux et plus qu'un exercice de collège et atteste que l'enfant, au milieu de ses rêveries païennes, prenait sa part des maux qui frappaient la communauté :

0 qui perpetùo moderalis sidéra motu, Fulmine qui terras imperioque régis, Summe Deus..,

PREMIERS ESSAIS POÉTIQUES DE RACINE il

Dans ses premiers essais de poésie française, la nature et le Bréviaire romain se disputent son iuspii-ation. Mais les Hymnes, traduites du Bréviaire, ne nous sont pas parvenues sous leur première forme ; elles ont été retouchées avec soin dans l'âge mûr. On eu jugera par ces Matines, Laudes et Vêpres du vendiedi :

HYMNES Eï ODES

LE VENDKEDI

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