‹ Racine. Textes choisis et commentésChapitre 5 sur 130 · RACINE A PORT-ROYAL · texte numérisé non relu

RACINE A PORT-ROYAL

/. Uatmosphère janséniste. — II. Les premiers essais poétiques deRacine. III. Ce que Eacine emportait de Port-Royal.

En 1655, le petit Racine a temiiné ses humanités au collège de Beauvais. La même année, au mois d'octobre, il entre à Port-Royal.

Sans doute les ressentiments du grand-père Sconin s'étaient apaisés ; peut-être lui fit-on valoir aussi qu'à Tort-Royal l'enfant ne coûterait rien à sa bourse. ]Xotre écolier avait seize ans d'ailleurs. Il ne pouvait plus s'agir ])our lui que dim complément d'éducation. Enfin Port- Royal était un peu son milieu de lamiUe ; il y retrouvait sa grand'mère, sa tante l'abbesse, son cousin de Sacy, trois autres parents éloignés.

Ainsi s'explique la faveur qu'on lui fit de l'y recevoir, les petites écoles ayant pour principe de ne point admettre d'élèves aussi âgés. H n'est point sûr cependant, comme dit M. Jules Lemaître, que le petit Racine ait été « pendant trois ans (d'après Sainte-Beuve) le seul élève de ces messieurs, tout seid avec ces saints, plus libre, par conséquent, en même temps que sui\'i de plus près et vivant sans doute plus familièrement avec eux «. M. Strowski croit au contraire qu'il eut des camarades,

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entre autres le petit Périer, neveu do Pascal. La faveur n'en était pas moins appréciable, d'autant qu'eUe était gi'atuite probablement, car les parents de Racine n'avaient laissé aucune fortune et le bonhomme Sconin ne se serait point soucié de financer cinq cents livres par an pour entretenir son petit-fils dans un milieu qu'il détestait.

Ces années de Racine à Port-Royal, qui se réduii'aient, les vacances et le temps de la dispersion ôtés, à vingt-six mois tout juste, ont fait l'objet d'une vive discussion, les uns voulant qu'elles aient suffi pour <( marquer profondément » Racine, et les autres qu'elles n'aient point eu d' « action » sur lui. Racine, disent ces derniers, par tout le côté Sconin de son caractère, était le moins fait des hommes pour se plier à cette âpre et desséchante doctrine de la grâce qui n'est au fond qu'un calvinisme honteux, et dont toutes les arguties d'Arnanld et de jXicole n'ont pu arriver à démontrer qu'elle fût conciliable avec notre libre arbitre. Les vrais défenseurs de la liberté humaine au dix-septième siècle, comme au temps de la Réforme, ce sont les jésuites. Il a fallu tout le génie de Pascal, la sainteté des Solitaires et cette figure de victimes sous laquelle ils se présentèrent aux contemporains pour faire prendre le cliange à roj)inion. Est-ce à Y-dgG d'un Racine, d'ailleurs, qu'on pouvait s'accorder à la tristesse d'une pareille doctrine, plus flottante dans l'ah de Port-Royal que ramassée sous la forme de leçons auxquelles on ne le jugeait point encore capable d'accéder? Il n'était guère d'usage qu'un jeune homme fût admis à l'enseignement de la philosophie avant sa maturité. Ce que Racine aurait fait à Port-Royal, ce serait simplement, suivant le mot de M. Gazier, une sorte de rhétorique supérieure, apprenant le grec avec Lancelot, les autres parties de ses humanités avec jNlcole et connaissant l'enthousiasme littérahe avec Hamon et Antoine Le Maître.

Il y a du vrai dans tout cela. Et rien de cela néanmoins n'est concluant.

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