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LE PETIT POUCET

LECTEUR, supposez-vous égaré dans les carrefours d'un labyrinthe, dans les galeries d'une mine, dans les carrières des catacombes, sous les allées ombreuses d'une forêt. Vous n'avez point dans votre main le Fil d'Ariane, et vous êtes dans la situation du Petit Poucet, après que les oiseaux ont mangé les miettes de pain semées sur sa route. Que faire pour retrouver rissue du labyrinthe, le puits de la mine, l'entrée des catacombes, la cabane du bûcheron? Cette récréation va vous apprendre que l'on peut toujours retrouver le chemin perdu.

LES LABYRINTHES DE l'ÉGYPTE ET DE LA GRÈCE.

Les anciens auteurs considéraient les labyrinthes comme inextricables; c'est peut-être encore un préjugé de nos jours. On

42 Troisième récréation.

donnait ce nom à des édifices composés d'allées ou de galeries dont les innombrables ramifications mettaient le visiteur dans l'impossibilité de sortir. Les ouvrages de l'antiquité sont pleins de descriptions de ces monuments merveilleux qui servaient de tombeaux, et dont il ne reste presque plus de trace aujourd'hui. En Egypte, il y en avait deux : le labyrinthe de Mendcs, situé dans Tîle du lac Mœris, et celui des Dou\e Seigneurs, construit au sud-est dM même lac, par Psammetichus, près de sept siècles avant l'ère chrétienne. Pline rapporte que c'était un monument consacré au Soleil; il se composait d'une série de temples reliés ou superposés les uns aux autres, occupant une étendue prodigieuse; les rues formaient des circuits et des détours inextricables. Mais, de tous ces monuments, celui qui a été le plus chanté par les poètes, est le labyrinthe de Crète, construit par ordre du roi Minos, pour servir de prison au Minotaure :

Minos veut que dans l'ombre un vaste labyrinthe,

Prison du monstre affreux, le cache en son enceinte.

L'ingénieur Dédale, architecte fameux,

Traça les fondements de ses murs sinueux,

Et, dans de longs détours, sans terme et sans issue.

Par l'erreur des sentiers embarrassa la vue.

Tel qu'amoureux de suivre un tortueux chemin,

Le méandre se joue en son cours incertain,

Et vingt fois sur ses pas ramené dans sa courte,

Se rencontre lui-même et retrouve sa source,

De détours en détours sur sa route égaré:

D'innombrables circuits par Dédale entoure.

Tel est le labyrinthe, et l'inventeur lui-même

Put à peine en sortir, tant son art est extrême!

(Ovide, Métamorphoses, liv.VIII.)

L'idée d'inextricabilité apparaît dans ce passage d'Ovide, dont la traduction possède au moins le mérite de donner, dans le

Le jeu des labyrinthes.

nombre des épithètes, une image de la multiplicité des carrefours du labyrinthe. On retrouve encore cette idée dans les Lettres à Emilie par Demoustier : « Cet édifice immense, dit-il, contenait une infinité de circuits ménagés avec une adresse perfide :

Hélas! il ressemblait au cœur de l'infidèle, Dont l'innocence ignore les détours; Sans le savoir, on s'engageait comme elle, On se perdait comme elle pour toujours.

Peut-être n'y a-t-il dans tout cela qu'une légende poétique; aucun auteur de l'antiquité ne dit avoir vu ce labyrinthe; du temps de Diodore et de Pline, on n'en découvrait plus de vestiges extérieurs. Cependant il existe encore dans l'île de Crète (aujourd'hui Candie) plusieurs cavernes à galeries couvertes que les Candiotes n'hésitent pas à reconnaître pour les débris du labyrinthe où s'engagea la belle Ariane, fille de Minos.

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