LE JEU DU SOLITAIRE
COMME son nom l'indique, le Jeu du solitaire est joué par une seule personne; il consiste, au point de vue le plus général, dans la recherche de problèmes concernant la géométrie de situation. Cependant ce jeu peut être effectué par deux ou plus de deux personnes, qui se proposeraient réciproquement la résolution de problèmes de plus en plus compliqués. Cette remarque s'applique d'ailleurs à tous les jeux qui sont étudiés dans ce volume; tous peuvent être joués par un seul partenaire ou par plusieurs.
HISTORIQUE
D'après Y Encyclopédie méthodique , ce jeu nous viendrait d'Amérique, où un voyageur français en aurait conçu l'idée et
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réglé la marche, en regardant des sauvages qui revenaient de la chasse, et plantaient leurs flèches en différents trous disposés régulièrement sur la paroi de leurs cabanes. Le Dictionnaire des origines fait observer, mais sans en dire plus^ que le jeu du solitaire dérive ànjeu des mages, ou des carrés magiques. Il est fort possible qu'il y ait une relation étroite entre ces deux jeux : c'est là une question intéressante que nous soumettons à la perspicacité de nos lecteurs. D'autres font naître le solitaire en Chine, à une époque très reculée.
Quoi qu'il en soit, le jeu du solitaire était bien connu dès le commencement du dernier siècle. Le premier volume des Mémoires de l'Académie des Sciences de Berlin [Miscellane Berolinensia^ ijio) contient un Mémoire de Leibniz ayant pour titre : Annotatio de quibusdam ludis, etc., et qui débute ainsi : « Non ita pridemincrebuit ludi genus singulare quQmSolitarium appelant (').» On y trouve encore le pasage suivant: a Saepe noîavimus nusquam homines quam in ludicris ingeniosiores esse: atque ideo ludos Mathematicorum curam mereri, non per se, sed artis inveniendi causa. » Plus tard, dans une lettre adressée à M. de Montmort, le 17 janvier 17 16, Leibniz s'exprimait ainsi : « Le jeu nommé le Solitaire m'a plu assez. Je l'ai pris d'une manière renversée, c'est-à-dire qu'au lieu de défaire un composé de pièces selon la loi de ce jeu, qui est de sauter dans une place vide et d'ôter la pièce sur laquelle on saute, j'ai cru qu'il serait plus beau de rétablir ce qui a été défait, en remplissant un trou sur lequel on saute; et par ce moyen on pourrait se proposer de former une telle ou telle figure proposée, si elle est faisable, comme elle l'est sans
(0 Voir le Dictionnaire mathématique de Klûgel, continué par Mollweide iKligel's math. Wôterbuch, IV^ partie, p. 466).
Le jeu du solitaire.
doute si elle est défaisable. Mais à quoi bon cela? dira-t-on. Je réponds : à perfectionner l'art d'inventer. Car il faudrait avoir des méthodes pour venir à bout de tout ce qui peut se trouver par raison. »