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A MES CAMARADES DE LA RADIO ET À VOUS, AMIS LECTEURS

Mes chers amis,

Au moment où paraîtra ce numéro de Radio ‘49, je serai à la veille de m'embarquer pour l’Europe. J'aurai probablement le coeur serré à la pensée de quitter ma famille, mes bons amis de la gent artistique et vous tous qui me faites l'honneur de me lire.

Mais je serai anxieux aussi, de connaître cette belle France dont on me parle depuis si longtemps. J'aurai hâte de voir ce pays qui fut le berceau de nos ancêtres,

Si je me base sur ce qu'on me rabôä-

i che depuis des années: si je me fie

à ce qu'ont écrit Jean Desprez et Hen-

‘ ri Dufresne; si j'ajoute foi aux affir-

! mations de Charles Goulet, de Jean-

Paul Jeannotte, d'André Serval et de

combien d'autres ,je reviendrai en-

chanté de mon séjour. On m'a dit que les Canadiens d'ascendance française, suriout, sont reçus comme des membres de la grande famille française,

C'est ce que je souhaite et, d'avance,

D er convaincu que tous ont dit

vrai.

! Dès que je le pourrai, j'écrirai à mes ! bons amis, Robert L'Herbier et Fer- ' nand Robidoux. Je leur ferai part de

mes impressions. Ces lettres seront

aussi pour vous. Il les feront paraître

dans cette revue qui grossit à vue

se? d'oeil et cui, à mon retour, aura sûre-

ment un tirage de trente mille copies.

C'est ce que je souhaite.

.. Plusieurs de mes camarades m'ont demandé de leur écrire. Comme je ne veux pas faire de jaloux, j'écrirai une lettre collective, qui sera adressée à Fernand et à Robert, c'est vrai, mais qui sera à l'intention de tous. J'économiserai ainsi du temps et. des timbres. M'approuves-tu, mon vieux Séraphin?

Merci de vos souhaits de ‘bon voyage’ et, à bientôt.

Henri Poitras,

Au cours des conversations que nous avions ensemble, Sarah Fisher me dé- .clara qu'elle suivait des cours de chant au Monument National, dans l'intention de pouvoir, plus tard, chanter avec des troupes d'opéra. C’est alors que me vint l'idée d'apprendre l'art dramatique.

Ayant vu dans les journaux la publicité que l'on faisait pour le Conservatoire ’Lassalle, je décidai de m'’y inscrire afin de parfaire ma diction et d'acquérir des connaissances en art dramatique. Je savais que certains comédiens réputés de l'époque, et qui sont encore en vedette ‘aujourd'hui, avaient été des élèves du - Conservatoire Lasalle. Ainsi, Juliette Béliveau, Pierre Durand, Albert Duquesne et Paul Gury avaient été mes prédécesseurs au Conservatoire, Comme, à ce moment-là, ils avaient déjà une belle renommée artistique, c'était donc un encouragement à suivre leurs traces,

D'autres, également, qui n'ont pas abordé la carrière théâtrale mais qui sont devenus des sommités sociales, avaient été mes prédécesseurs au Conservatoire. Qu'il me suffise de nommer: le sénateur Léon-Mercier Gouin

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et notre premier magistrat, le maire de Montréal, Monsieur Camillien Houde.

Parmi les élèves de ma classe, un seul

devait devenir comédien professionnel.

C'est André Celmar, de son nom véritable, Philippe Picotte. C'est d'ailleurs lui qui est responsable de mon entrée au Théâtre Canteclerc. J'en parlerai en temps et lieu.

Un autre, aussi, a été mon condisciple au Conservatoire. C'est aujourd'hui un de nos brillants ambassadeurs en Europe. J'ai nommé: Son Excellence, Monsieur Pierre Dupuy. On ne pourrait croire le nombre de jeunes Canadiens français qui ont passé par le Conservatoire Lassalle et qui ont fait leur marque dans la société. Je me dois, ici, de consacrer quelques lignes à cette institution. Non pas, à titre de réclame ni par basse flatterie pour m'attirer les bonnes grâces de son directeur, qui est mon patron, puisque j'y. enseigne, mais parce que je suis convaincu que les élèves y reçoivent un enseignement de tout premier ordre. Ce qui n'empêche pas l'excellente valeur des cours donnés par les autres professeurs. Ainsi, nombre de jeunes talents sont sortis des studios de Jeanne Maubourg, de Francois Rozet, de Gérard Vléminckx, de Madame Jean-Louis Audet, d'Alfred Brunet, de Camille Bernard et de Lilian Dorsenn. Mais comme le Conservatoire Lassalle est la plus ancienne et la seule maïson où les élèves peuvent y recevoir un diplôme universitaire d'enseignement, je me dois d'en parler.

Le Conservatoire Lassalle, fondé le ler décembre 1907 par le professeur Eugène Lassalle, fut incorporé le 3 avril 1908 et reconnu d'utilité publique quelque temps après par le gouvernement de la Province de Québec d'abord, puis par le Ministre des Affaires Etrangères de France. Eugène Lassalle avait été un comédien de réputation qui avait tenu des rôles de premier plan, non seulement à Paris, mais dans la plupart des grandes villes de France. Il avait été aussi directeur de troupes et il avait fait les grandes tournées européennes et sud-américaines, Venu au Canada, le pays lui avait plû et il s'y était définitivement installé avec son épouse. Après avoir joué ici les grands premiers rôles du répertoire, il crüt bon de faire bénéficier de son savoir les jeunes Canadiens français qui se destinaient au théâtre. Mais, à l'époque, comme je l'ai déjà dit, les gens de théâtre n'étaient pas vus d'un bon oeil.

Toutefois, grâce à la bienveillance du premier ministre d'alors, Sir Lomer Gouin, le gouvernement provincial lui accordait une subvention pour fonder et maintenir son école laquelle, si ne me trompe, se chiffrait d'abord à deux mille dollars, puis par la suite à irois mille dollars. Si je me souviens bien, les cours étaient gratuits. Les

élèves étaient nombreux, tant dans les classes d'adultes que dans celles des pupilles. Eugène Lassalle

donnait l'enseignement aux adultes et Madame Lassalle était en charge de la classe des pupilles. Suzanne Paquette (Madame Goyeite) succéda à Madame Lassalle et l'on peut dire, sans se tromper, qu'elle est un professeur émérite.

Monsieur Georges Landreau, beaufils d'Eugène Lassalle, puisqu'il est né du premier mariage de Madame Lassalle, devait devenir directeur du Conservatoire. Ingénieur civil, professeur à Polytechnique et un maître en phonétique, Georges Landreau était tout désigné pour succéder à son beau-père.

Quand il arriva au pays, il se rendit bien vite compte de nos erreurs de langage et il s'’appliaua à rédiger un traité de phonétique à nul autre comparable, puisqu'il a été écrit spécialement pour les Canadiens français. Ne croyons pas pour cela que nous, Canadiens, soyons les seuls à parler un français incorrect. Dans toutes les parties de la France, il existe des gens qui parlent mal la langue qui leur est propre. Nombreux sont ceux qui entre eux, parlent le patois de leur province. Pour nous, si nous les entendions, ce serait du charabia ou du Polynésien. Donc, nous n'avons pas à suffir d’un complexe d'infériorité quant à notre façon de parler. Seulement, appliquons-nous à l'améliorer et le traité de phonétique de Georges Landreau est tout désigné pour cela. Je m'empresse de dire que je ne touche aucune commission sur la vente de ce volume!

Le jour où je m'inscrivais pour suivre les cours du Conservatoire Lassalle, j'étais loin de me douter que j'y deviendrais professeur, quelques décades plus tard!

À ce moment-là, les cours étaient donnés dans une magnifique maison en pierres de taille, située rue Saïint- Hubert, en face de l'Hôpital de la Miséricorde. Dans une grande pièce de cette maison, on avait aménagé une scène sur laquelle se trouvait le bureau du professeur. C'est là que les élèves venaient débiter les poèmes ou les monologues qu'ils avaient appris.

J'ai déjà dit que j'étais très timide.

Aussi, quand c'était à mon tour de me faire entendre, j'étais pris d'un trac fou!

Lorsque, pour une raison ou une autre, les élèves me riaient au “portrait”, le rouge me montait à la figure, mes jambes flageollaient, mon coeur se serrait

(suite à la page 16) Montréal, 21 mai 1949

sûr

Les Montagnards Laurentiens

"LES MONTAGNARDS LAURENTIENS" programme d'une heure diffusé tous les samedis de 9.00 hres à 10.00 hres p.m. sur les ondes de CHRC depuis plus de 15 ans. L'ensemble se spécialise dans la musique canadienne: quadrille, lancier, reel, etc... Une chanteuse ou un chanteur populaire de Québec, est invité chaque semaine. Deux comédiens se partagent le soin de présenter de façon originale les numéros, en plus de glisser une petite histoire chaque fois que l'occasion s'offre à eux. L'émission est réalisée par M. Marcel Huard, vétéran des ondes canadiennes: qui se double de comédien et chanteur à son heure, en plus de remplir les fonctions d'assistant chef technicien à CHRC. Un courrier volumineux apporte chaque semaine les demandes spéciales des fidèles auditeurs des “MONTAGNARDS LAURENTIENS”.

Un moment toujours goûté au programme des “MONTA- GNARDS" celui où Marcel Grondin et Jos. Brousseau nous offrent leur duo de piano.

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Un fameux trio dont la popularité est quasi intarissable. De gauche à droite: Marcel Grondin, pianiste: Jean-Paul Beaulieu, clarinettiste: Jean-Paul Malouin, contrebassiste; sont chaudement applaudis tous les samedis soirs au cours du programme des “MONTAGNARDS LAURENTIENS".

-Montréal, 21 mai 1949

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