CHAPITRE X
Mesures avec les appareils portatifs.
56. Activité de l’air libre. — Les premiers résultats issus de mesures très nombreuses effectuées sur l’air, à l’intérieur de l'Observatoire (IV, 28), montrent tous que l’activité peut devenir considérable, pendant la période des neiges (19) et que l’aération des pièces n’en change guère la valeur. J'ai dû admettre, en conséquence, que le dégagement de radon était considérable.
C’est alors que j'ai prélevé de l’air à l'extérieur, à quelques mètres au-dessus de la surface de la neige, en des points répartis sur une surface de crête (‘) de 2000 m? environ, et que j'en ai mesuré la teneur en radon.
Les premiers résultats, déjà publiés (22), s'accordent avec d’autres obtenus plus tard ; ils sont résumés dans le tableau XIII.
Les teneurs maxima sont observées par tourmente de neige, lorsque le vent souffle de NW ; elles peuvent dépasser :
0,0195.107° curie par litre,
ce qui est considérable.
Au contraire par beau temps cette teneur peut tomber à une valeur 100 fois plus faible.
57. Activité de l’air sous la neige. — Des mesures ont été faites en grand nombre et en toutes conditions avec les deux
appareils portatifs.
(:) Crête sur laquelle est construit l'Observatoire.
Thèse GARRIGCE FRERES - PLANCHE V
Photographie V (voir légende
page 69).
Photographie VI (voir légende page 69).
LA RADIOACTIVITÉ DE L'AIR EN MONTAGNE pli
Tagzeau XIII
———————— EEE
Teneur en
Epoque 10% c/lit, Vent Temps 2 Février 1934. . 0,014 NW à NE 3 |Tourmente à beau 2 — — 0,019 — = 6 — os 0,0001/ NE 3 Ciel pur 9 Novembre 1934. 0,002 SW 8 Ciel couvert 12 — — . 0,0055 NW 5 Tourmente SÉPÉVTIERIIOS0 0,0029 NE 9 Beau 58 AE NE LE CE à NW 6 Grosse tourmente 4 Mars 1935 . .
5 — dE 0,0012 NE à NW 2 Beau
CR tr
La teneur en radon la plus élevée qui ait été observée pour le Pic et ses environs est :
0,74h4.10—° curie par litre, mesurée aux conditions locales : DAOMMME ET UA CE
Je l’ai déjà signalé (22). La mesure a été faite avec l’appareil à feuille d’or (IX, 50). L’air a été prélevé, par la méthode de « lavage » (VIII, 46 b), le 15 janvier 1934 à 16 heures, sur le flanc NE du Pic Costallat (‘), sous une couche de peige de plusieurs mètres. L'opération s’est effectuée dans des conditions très pénibles, en pleine tourmente. Afin de lever les doutes au sujet de cette mesure, j'ai étudié au laboratoire la période de l’activité (II, 44) et j'ai trouvé une valeur voisine de 4 jours. |
Dans les environs immédiats du Pic, les plus fortes teneurs, comprises entre 0,1 et 0,6.10—° curie/litre, ont été trouvés sur le flanc Sud terminal (A) (figure 34) par vent de NW ; les plus faibles, o,001.10-° environ, par vent de NE à SW.
(:) Le Pic Costallat, qui domine l’hostellerie de Sencours, est à 700 m. environ au Sud du Picdu Midi.
C'est le contraire qui se passe sur le flanc Est de la crête Est du Pic du Midi (B) (fig. 34) : la teneur maxima, 0,1 à 0,3.10-° se présente par le vent de NE; la teneur minima, 0,005.10—°, par vent de S à NW.
Ces résultats sont en accord avec ceux que j'ai obtenus par l'enregistrement au laboratoire (VI, VIT) : pour le Pic pro-
Fig. 34. — Croquis schématique des crêtes du Pic du Midi.
prement dit, la face la plus abrupte et par conséquent la moins enneigée est précisément la face NW ; pour la crête Est, c’est la face NE.
58. Mesures dans le massif du Canigou (‘). — A défaut de mesures très générales et très étendues, comme j'avais l’in-
tention d’en faire (?), jai recherché un massif facilement
(:) Massif du pic qui porte le même nom. Altitude 2785 m. (Pyrénées-Orientales).
(2) J’avais étudié à l'Observatoire un matériel complet de « camping » très particulier, pouvant résister aux très fortes tempêtes de neige ; le matériel complet en sac, avec appareils de mesure et nourriture pour quelques jours ne pesait que 28 kg., ce qui me permettait de faire seul des randonnées de 48 heures et plus.
Voici l’énumération des accessoires, avec leur poids en kilogrammes :
Sac : 1,5. Crampons : 1,0. Canadienne : 2,5. Combinaison-sac : 2,9. Baro-thermo-chronomètre : 0,5. Appareil à radon : 1,2.
Tente : 5,0. Sac de couchage : 4,5. Réchaud : 1,0. Boisson : 4,0.
Nourriture : 2,0. {ainages : 1,5. Accessoires divers (piles carnet, crayon, etc.) : 0,9,
accessible où, grâce à la configuration du terrain, je puisse faire une vérification facile de l'action prédominante des vents.
J'ai finalement choisi le Canigou : la crête de celui-ci et celle du Puig Barbet forment dans leur ensemble un V arrondi ouvert vers le Nord (fig. 35) dont l'altitude est comprise entre 2785 m. et 2 700 m. L'intérieur du V est abrupt et peu enneigé, l'extérieur, de pente plus faible est recouvert
de neige.
*C) } NX Puig Barbet ÿ e 270 ÿ De Om Canigou 2785m Fig. 35. — Croquis schématique des crêtes du Canigou.
J'ai pu faire au cours d’une randonnée de trois jours, deux prélèvements aux points (C) et (D) (fig. 35), sous la couche de neige qui atteignait plusieurs mètres, d’échantillons d’air pour lesquels la mesure de teneur en radon m'a donné :
point (C) : o,1.107° curie-litre (à 540 mm. et + 15°C.)
point (D) : o,70.10—° curie-litre (à 540 mm. et + 15°C.)
Ces deux prélèvements ont été effectués par vent de NW, en pleine tourmente de neige (!).
Ils montrent l’action prédominante des vents (face NW
abrupte et déneigée).
59. Interprétation. — Les résultats obtenus au cours de mesures faites à l'extérieur et au laboratoire, permettent
(t) Température — 11° C. Chute de neige pendant les 24 heures qui précèdent les prélèvements. Tourmente de neige volante : brouillard s’éclaircissant.
d'affirmer que la neige joue le rôle de couche « semi-imperméable ». Le radon formé à l’intérieur du sol s’accumule sous l’enneigement des pentes et se dégage dans l’atmosphère, toutes les fois que le vent souffle sur la face la plus a brupte et la moins enneigée de la montagne.
Le dégagement du radon ainsi accumulé peut devenir très abondant ; il se fait à travers les fissures des rochers déneigés, ou bien à travers la couche de neige, dans la direction opposée à celle d’où souffle le vent.
Supposons qu'il n’y ait aucun dégagement de radon en dehors de la surface explorée de 2000 m?, sur la crête du
vent 20 m/s
D defaçgement de
La
Surface . enneig ée
Fig. 36. — Figure théorique du dégagement de radon par la crête de la montagne.
Pic du Midi (56) (fig. 36) et admettons que le dégagement ait pour effet d’entretenir une teneur constante de l’air, de 0,01.10—° curie par litre environ (56), la vitesse de cet air, aux points où les mesures ont été faites, étant supposée uniforme, normale à la surface et égale à 10 m. /sec.
Ces valeurs sont, en réalité, sous-estimées.
On peut écrire :
Dégagement de radon — 2,10“ curie/seconde,
ou : 0,72 curie/heure,
ce qui est, à peu près, la production horaire d’une masse de radium de 100 g.
Si j'admets que la teneur en radium-élément des roches est normale :
à —12 CR EE 4 ne 0 NE
un calcul simple montre que tout le radon dégagé par la crête provient d’une masse considérable de roches, certainement très supérieure à :
10ÿ tonnes,
ce qui représente à peu près, pour le Pic du Midi, la masse terminale de la montagne sur une hauteur supérieure à boo mètres.
60. Remarques. — «) Des mesures plus étendues devraient être entreprises en différents massifs montagneux. Il faudrait également faire des mesures dans les régions polaires, ou, plus simplement; dans des plaines où la neige s’accumule pendant plusieurs mois de l’année.
.__ La méthode que l’on emploierait serait celle que j'ai déjà utilisée à maintes reprises : la tente étant soigneusement installée sur une petite surface horizontale de neige tassée, de préférence dans un endroit abrité (photographie VI) on peut opérer une série de prélèvements en divers points du voisinage, et rapporter chaque fois l'appareil pour n’effectuer les mesures que sous la tente, dans les meilleures conditions possibles.
b) On pourrait également procéder de façon plus rapide : il suffirait d'explorer, en avion, l’atmosphère dans le voisinage immédiat des pics élevés.
Une série de récipients de 1 litre, métalliques, préalablement vidés d’air, peuvent être emplis très rapidement sur un parcours très réduit de l'avion.
L'air recueilli dans ces récipients est étudié au sol, au moyen de l’appareil à radon.
L'avantage de cette méthode est la rapidité ; il est facile, de plus, d'observer la configuration de l’enneigement des crêtes et des pics.
Malheureusement, ces explorations ne peuvent être faites que par beau temps, et le vent les rend dangereuses.