CHAPITRE I Préliminaires
7. — Le phénomène que j'étudie dans ce travail n’a jamais été découvert, à ma connaissance, par aucun expérimentateur avant moi. Il n’est cependant pas inutile de donner un aperçu des résultats obtenus jusqu'ici au sujet du radon naturel, parce qu'ils suffisent largement à prévoir le phénomène de l’accumulation de ce gaz sous la neige, et qu’en tous cas, ils le corroborent (conclusion Il).
Il y a fort longtemps qu’on a mis en évidence la conductibilité propre de l'air. Des expériences plus récentes ont attribué à cette conductibilité un caractère ionique (2). Peu de temps après, de 1900 à 1908, un très grand nombre d’expérimentateurs étudièrent les émanations radioactives présentes dans l'atmosphère, causes partielles de l'ionisation de l'air.
L'activité de l'air des grottes, de l’air à haute altitude, mesurée en ballon (3), de l’air au sommet des montagnes (4), contribuèrent à faire admettre définitivement que toutes les émanations radioactives présentes dans l’atmosphère, provenaient des fissures du sol.
Parallèlement on avait étudié l’activité des roches, des
eaux de sources (5).
8. — Les gaz qui se-dégagent naturellement du sol contiennent toujours une assez forte proportion de radon. Ceux
qui sont entrainés par les sources, à l'émergence, sont particulièrement radioactifs. Leur teneur en radon peut varier de quelques dixièmes à plusieurs dizaines de millimicrocuries par litre.
Il ya donc production continue à l’intérieur du sol de gaz radioactifs, à partir du radium et des radioéléments contenus dans les roches de la croûte terrestre.
Plusieurs auteurs ont utilisé des dispositifs variés, avec lesquels ils étudiaient l’activité des gaz dégagés du sol. Récemment, V. P. Réginald Zupancic (6) a analysé le dégagement naturel du radon du sol, mais sa méthode laisse à désirer, puisqu'on ne peut pas déterminer la teneur, mais seulement la vitesse de dégagement du radon par unité de surface.
Voici un résumé de sa méthodeet les résultats obtenus :
Un vase cylindrique sans fond recouvre un sol gazonné. Après 2/4 heures, l'air de ce vase est brassé puis introduit dans un appareil de mesure, afin de déterminer la quantité totale de radon qu’il contient, quantité d’où sera déduite la vitesse de dégagement.
Il a été trouvé, sur une année de mesures, un dégagement moyen égal à :
23,101 curie par cm? et par seconde.
Le maximum de dégagement, 100 fois plus élevé que le minimum, a lieu en été.
Ici, la température du sol a une action très marquée sur la vitesse de dégagement.
Mais cette méthode a-t-elle une réelle signification ? Les résultats obtenus signifient-ils que la teneur en radon de l'air inclus dans le sol est égale à la teneur du récipient après 24 heures d'équilibre ?
On pourra d’ailleurs comparer ces résultats à ceux qui ont été obtenus au Pic du Midi (59) (conclusion II c.).
Cette méthode estinapplicable dans mon cas parce que les dépressions rapides, si fréquentes en montagne (6. b) suffi-
raient à provoquer un lavage de l’air du récipient de réception. J’ai préféré une méthode plus directe, moins sensible, peut-être d’une précision absolue moins grande, mais d’une réelle signification.
9. — Les mesures de Roy (7) ont attribué à la teneur moyenne en radon de l'air à Paris, la valeur :
1,18.107!* curie par litre.
D'autres mesures ont montré que l’air très actif au voisinage du sol (8) devenait de moins en moins riche en radon, lorsqu'on s'élevait dans l’atmosphère libre (9).
La radioactivité de l'air au Spitzberg (10) est le dixième seulement de la valeur trouvée pour l’air libre à Paris. Des mesures faites par Maughly (11) ont donné une répartition de la teneur en radon sur les mers et les océans. La valeur minima a été trouvée sur la mer du Nord. Elleest de :
0,3.107 15 curiepar litre.
De plus lorsque les vents soufflaient de la côte, ils apportaient une augmentation d’activité.
Les mesures de Deodhar (12) faites dans les Indes ont donné des résultats remarquables : la teneur en radon est maxima pendant le mois le plus froid et lorsque les vents soufflent de l'Himalaya.
L'ensemble de ces résultats permet de donner une analyse grossière de la teneur en -radon de l'air atmosphérique :
TaBLeau II
RATE ne Pres Au sol, vent Au,sol; régions | Au sol, régions | LS ufflant de massif
tempérées polaires montagneux Teneur roma teneur DOS 2 à Supérieure à en curie par normale) HO rom
litre
t — EEEEEEEEEE————————…—…—…— —…—— —"…—————————…—…———…—…———2——2 ELLE
Il est donc permis de penser que la faible teneur observée dans les régions polaires provient de l’imperméabilité relative du sol.
De plus, lorsque dans une région le vent souffle en provenance de massifs montagneux enneigés (Himalaya) l’activité de l'air subit une augmentation : le vent apporte le radon accumulé dans la montagne sous la couche de neige.
On verra, dans les expériences faites au Pic du Midi, que l’on retrouve ce phénomène de façon beaucoup plus frappante.
En résumé, il semble bien, d’après ce que je viens d’exposer, que la couche de neige ou de glace favorise dans le soussol l’accumulation du radon.
C’est précisément ce phénomène que j'ai trouvé au Pic du
Midi (3).