Catalogue des omvres de Ruffet, par H. Giacomelli
RAFFET
artilleur autrichien (tenue de campagne). (Collection de S. A. R. Mt'r le duc d'Aumale.)
de Kadetsky, du cardinal Antonelli, du
admirable composition, d'où se détache la plus complète image de Bonaparte, le portrait le plus réfléchi du vainqueur de Mourad-Bey, est tout enveloppée d'une lumière brillante, argentée, d'une lumière d'aube glorieuse.
C'eût été pour nous une tâche des plus agréables, des plus attachantes, de promener chronologiquement le lecteur à travers les détails si intéressants de l'œuvre immense de Raffet. Mais un volume entier suffirait à peine à un pareil travail, et l'obligation où nous allons bientôt nous trouver de mettre notre signature au bas de cette trop rapide étude nous oblige désormais à ne parler que des planches capitales exécutées par le maître dans la période comprise entre la publication des deux superbes lithographies dont nous venons de parler (1833) et la date de sa mort (1860).
Pendant ces vingt-huit années il ne cessa de travailler, et on peut dire que la mort seule fit tomber le crayon de ses doigts pendant le funeste voyage qu'il fit en Italie, dans le printemps de 1860, pour recueillir sous les murs de la Ville éternelle les suprêmes inspirations qui devaient servir à l'exécution des dernières lithographies de l'album du siège de Rome.
C'est assurément pendant cette laborieuse période qu'il donna la mesure complète de son talent, en exécutant, avec une sûreté de main qu'aucune influence d'école ne pouvait désormais plus troubler, toutes ces aquarelles destinées à l'illustration de Y Armée française, ces nombreux portraits parmi lesquels il faut citer ceux de Saint- Arnaud, prince DemidofF, de Regnault de Saint-Jean
KAFFET.
d'Angely... ces planches admirables qui mirent alors le comble à sa réputation et qui font aujourd'hui sa gloire : la Retraite du bataillon sacré à Waterloo, la Revue nocturne, le Réveil, ... toute la série des compositions lithographiques inspirées par les expéditions de Constantine, le Drapeau du 17e léger, le Combat d'Oued-Alleg (un de ses plus purs chefs-d'œuvre), la suite des planches qui constituent, au nombre de cent, l'album fameux du voyage dans la Russie méridionale, voyage qu'il put accomplir grâce à l'intelligente générosité de son fidèle ami et bienfaiteur le priuce Anatole Demidoff et pendant lequel il se révéla comme un admirable paysagiste (voyez V Incendie de la Ville factice, la Vue de la Jlèche d'Arabat, la Vue du village tatare d'Aloutc/'a...), comme un stratège de premier ordre et comme un ethnographe des plus sagaces... Les brillantes illustrations des Fortes de fer, les planches du Siège de Rome, les superbes lithographies où sont célébrés avec une verve si gauloise, sous une forme humoristico-héroïqne, les hauts faits des commissaires de la Convention aux armées, majestueusement grotesques, au milieu des bataillons haillonneux des va-nu-pieds, dans leur accoutrement théâtral et sous les panaches orageux de leurs chapeaux invraisemblables... et tous ces dessins, et toutes ces sépias, et tous ces croquis, et toutes ces aquarelles exécutées d'après nature, rapidement jetées sur des feuilles volantes dans ses promenades vagabondes à travers le monde et où vivent et s'agitent, avec une extraordinaire réalité de gestes et d'attitudes, les grenadiers géants du camp de Vossnesensk, les juifs de Russie, les Karaïmes de Crimée, les postillons de Bessarabie, les derviches tartares, les orpailleurs du Danube, les watchmen et les sweepers de Londres, les contrebandiers de Catalogne, les muletiers d'Estramadure, les toréadors et les danseuses d'Andalousie Montés, Juan Delon et Cucharès, Carmen Carasco, la Nena, la Cnchillera...
Le nombre considérable de dessins, de croquis, de notes... qu'il rapporta de son voyage en Espagne avec le prince Demidoff et l'intensité toute particulière d'expression qui les distingue, nous font regretter vivement qu'il n'en ait pas retiré un albam lithographique d'une centaine de sujets, comme celui du voyage dans la Russie méridionale. Et ce regret ne fait que s'accroître lorsque nous avons sous les yeux cette