LE D C C D'ORLÉANS
RAFFET
colère et des cris de vengeance, saisissent leurs armes, agitent leurs étendards en haillons, et s'élancent furieux, avec la violence de la tempête, derrière le tonnerre du tambour .
A minuit de sa tombe Le tambour se lève et sort
Fait sa tournée et marche Battant la caisse bien fort.
Cette œuvre superbe devrait figurer dans toutes les salles de régiment, car aucun écrit militaire, aucun appel aux armes, aucune fanfare guerrière, n'est plus propre à communiquer aux jeunes soldats la fièvre héroïque des combats et à leur souffler l'ardent désir des inéluctables revanches.
Et cette admirable Reçue nocturne, fantastique apothéose de l'épopée impériale, à laquelle l'artiste a donné pour légende cette traduction tudesque d'une des strophes du
poète allemand :
C'est là la grande revue Qu'aux Champs-Elysées, A l'heure de minuit, Tient César décédé.
Jamais, croyons-nous, l'art lithographique ne s'est manifesté avec une virtuosité plus parfaite que dans cette œuvre, où, sous la caresse légère, à peine frôlante du crayon, l'artiste a fait surgir, des profondeurs d'une nuit paiement éclairée par la lune, une lune triste et voilée, toute une armée de cavaliers :
Vieux escadrons célébrés Sanglants et balafrés...,
qui, par milliers, par millions, leur nombre est infini..., défilent devant le César, pensif sur son cheval blanc, au milieu d'une blafarde et vaporeuse lumière faite sans doute de la poussière tourbillonnante de fantômes. Et les escadrons des spectres, que le trompette a réveillés de l'éternel sommeil, et dont la clarté de la lune fait luire les casques et
les cuirasses, et grimacer les mâchoires sans lèvres, passent au 'Qfi .-k I galop de leurs chevaux apocalyptiques aux naseaux de feu,
aux longues crinières et aux pieds poilus, devant « l'homme an petit chapeau », en soulevant de leurs mains de squelettes leurs glaives longs et tranchants.
Comme nous voihà loin des inconscients et drolatiques pastiches de Charlet et des joyeuses illustrations des Bonnes et des Tourlourous et de la Mésaventure d'un Anglais, de Paul de Kock ! Toutefois, il est utile de dire que si le talent de Raffet