Extrait du catalogue du Musée de San Martino
sion du domaine de San Martin o, Raffet fit une aquarelle de l'empereur Napoléon pour ce musée.
Après cette cérémonie,, le prince partit pour San Donato; Raffet l'y accompagna, et le 31 août il rentrait à Paris où il s'arrêtait à peine, car le 2 septembre il partait pour la Hollande, allait à La Haye, Luxembourg, Metz, Sarreguemines, et était de retour à Paris le 2 octobre. Ce voyage avait été motivé par des achats de tableaux que désirait faire le prince et que Raffet était allé voir et apprécier. Après quelques jours de repos, il travailla à ses croquis du Voyage en Espagne.
En mars 1852, il fit hommage au prince des portraits à l'aquarelle et en pied des personnes qui assistèrent, l'année précédente, à la prise de possession du domaine de San Martino, et dont voici les noms :
S. Exe. le prince Anatole de Démicloff; MM. Auguste de Sainson ;
Auguste Raffet ;
George Ramsay;
Niccolô Matas, architecte du musée;
Le docteur Albert Schaffter ;
Hippolyte Duval;
Alexandre Melchior ;
Louis Melchior.
Peu après il lithographia en couleur et à l'échelle de proportion les drapeaux que Napoléon III venait de remettre à l'armée : il prit pour modèles celui du 33e régiment d'infanterie de ligne et l'étendard du 5e régiment de dragons qu'il reproduisit en quatre planches, de façon qu'on les vît des deux côtés; puis il recommença le
portrait en pied du comte de Méden qu'il fit d'un ton Irèsléger et avec une teinte imitant un dessin à la mine de plomb; ce portrait fut effacé après un .petit tirage; il reprit ensuite le Siège de Rome par les numéros :
9 Prise de la villa Pamfili ; 15 Ouverture de la première parallèle ,
et fit, pour le musée de San Martino, un Grenadier <) pied de la garde impériale (aquarelle).
Le 25 août, il partait pour Berlin où se trouvait le prince Démidoff; il passait une partie du mois de septembre aux eaux de Carlsbad, et allait ensuite à Vienne, en Toscane, puis à l'île d'Elbe.
Le prince étant tombé gravement malade, Raffet ne voulut point quitter son chevet et ne cessa de lui prodiguer les soins les plus dévoués; ce dévouement ne pouvait qu'augmenter encore un attachement réciproque.
Raffet revint à Paris le 13 janvier 1853; le 24 mars, il terminait le portrait du prince Démidoff, en costume andalou. Cette jolie planche, qui a pour titre : Santicios, devait être publiée dans le Voyage en Espagne. Il fit ensuite le portrait en pied du maréchal Saint-Arnaud, et dessina 26 planches à la plume pour Y Escrime à la baïonnette, du capitaine Chatin, son ami, qui furent lithographiées en fac-similé d'après ses dessins; puis il continua le Siège de Rome par les nos 11, Sapeurs-mineurs, dont il venait de faire une esquisse qui ne fut tirée qu'à h ou 5 épreuves.
lli Garde de tranchée ;
22 Sape volante;
10 Combat dans Pamfili.
Le libraire Bourdin préparait une seconde édition du Voyage dans la Russie méridionale, par le prince A. Démidoff, pour paraître en l&hli. Raffet lui fit JO planches nouvelles qui furent gravées d'après ses aquarelles. En voici les titres :
i Infanterie hongroise, grenadiers ;
2 Dorabantz et Paysannes valaques;
3 Postillons moldaves ; Il Juifs karaïmes;
5 Israélites et Paysans russes ;
6 Jeunes Filles et Femmes tatares ;
7 Costumes militaires russes;
8 Armée russe;
9 Mollahs tatars;
10 Armée turque.
11 recommença pour le même ouvrage les têtes des chapitres vi, vu, vm.
Au chapitre vi [Famille tatare en voyage) , les chevaux marchaient vers la gauche ; dans le nouveau dessin ils se dirigent du côté opposé, puis il a ajouté un fond de paysage et fait quelques changements aux costumes ; ce sujet est beaucoup plus terminé.
Chapitre vu, le motif est nouveau; il représente un Chantier de construction.
Le chapitre vin (les Voyageurs de l'expédition scientifique) a été gravé avec beaucoup plus de soin; puis l'artiste a fait un terrain couvert de végétation, avec paysage dans le fond, au lieu du terrain rocheux qui existait dans la première composition.
11 commença l'année 4 <S5^i par les planches suivantes du Siège de Rome :
12 Prise de Ponte-Molle;
13 Travailleurs allant à la tranchée;
17 Ouverture du feu de la batterie n° \ ; 20 Avant-garde du 11° dragons ; 23 Sortie de la garnison romaine.
Il fit ensuite une admirable lithographie, qui devait, comme celle de Santicios, faire partie du Voyage sur les cotes d'Espagne; elle a pour titre : Catalans sur la Rambla de Barcelone.
Cette année, Fume vint demander à Rafle t de lui faire 100 dessins pour un ouvrage de Napoléon Ie1 et la Garde impériale; l'artiste y consentit. Après avoir consulté ses documents et travaillé à la Bibliothèque pour se procurer ceux qui lui manquaient, il se mit à l'œuvre, et fit les aquarelles suivantes :
1 Napoléon Ier;
2 Porte-drapeau des grenadiers à pied ;
3 Grenadier à pied, Chasseur à pied ;
l\ Tambour-major des grenadiers à pied;
5 Fusilier-chasseur, Fusilier-grenadier ;
6 Marin;
7 Grenadier à cheval, Porte-étendard;
8 Dragon de l'Impératrice ;
9 Chevau-Léger, Lancier polonais;
10 Artillerie à cheval, Maréchal des logis.
Ces dessins étaient à peine terminés quand l'éditeur vint lui dire de suspendre ce travail auquel il ne donnerait
probablement pas de suite; cependant, quelques mois
après, Fume demanda deux nouveaux costumes, puis
deux autres, et arriva au nombre de vingt planches ainsi réparties :
11 Sapeur du génie, Ganonnier à pied;
12 Pupille, Grenadier, 3e régiment hollandais;
13 Chasseur à cheval ; lli Mameluck;
15 Lancier rouge ;
16 Garde d'honneur ;
17 Gendarme d'élite;
18 Vétéran;
19 Musicien, Sapeur de grenadiers à pied;
20 Tirailleur, Voltigeur.
Ces deux derniers sujets furent terminés en mars
Cette collection, en tête de laquelle on a placé la Grande Revue, gravée d'après la lithographie, et la Garde consulaire à Marengo , est (quoique très -incomplète) l'une des plus riches publications de la librairie française au xixe siècle.
Du 5 au 20 septembre, Raffet fit une rapide excursion en Ecosse, et dessina, à Sheerness, un très-beau groupe de prisonniers russes (officiers et soldats) , qu'il lithographia sur papier à report aussitôt son retour ; il exécuta par le même procédé les portraits en pied du lieutenantcolonel du génie Le Blanc; du chef d'escadron Lebrun (aujourd'hui général de brigade et chef d'état-major général de la garde impériale) ; du capitaine Léon Boyer (aujourd'hui chef d'escadron); d'un archiduc autrichien,
la tête nue; d'un lieutenant, d'un chasseur et d'un clairon, tous trois du !)'" bataillon de chasseurs autrichiens; d'un lancier polonais; puis du colonel Maule, ancien commandant du 79e régiment highlandèrs, excellent ami que le prince Démidoff eut la douleur de perdre le 1" août de celte année, dans les cantonnements de Vania!
Il fit encore une légère esquisse du môme portrait, pour être coloriée à l'aquarelle. (Ces deux planches n'ont été tirées qu'à un très-petit nombre d'épreuves.) L'artiste a répété sur ces lithographies, ainsi que sur plusieurs autres, la date et le lieu où les dessins originaux avaient été faits.
Après ces nombreux travaux, il ébaucha deux toiles pour San Donato, l'une représentant la Bataille des Pyramides, l'autre, un sujet pittoresque du Voyage en Espagne, le Tentadero, c'est-à-dire l'épreuve des jeunes taureaux de combat aux environs de Séville; et, le 27 décembre, il se rendait à Vienne auprès du prince.
Du 1er janvier 1855 à la fin du mois de juillet 1856, Raffet séjourna à Vienne où il fit un très-grand nombre de portraits et d'études, puis il exécuta pour l'archiduchesse Sophie, mère de S. M. l'empereur d'Autriche, cinq grandes aquarelles du régiment autrichien de don Miguel, représentant :
1 Marche de troupes;
2 Halte de troupes;
3 Escorte du drapeau ; lx Feu de deux rangs ; 5 Le défilé.
Il passa une partie du mois d'août aux eaux de Kissin-
gen en Bohême, et arrivait à Paris avec le prince Démidoff, le 28 août 1856.
Le 2 septembre il faisait le croquis d'un soldat autrichien pour essayer un nouveau papier lithographique que je venais de lai préparer. Ce dessin fut effacé après avoir tiré trois épreuves; une seule porte la mention suivante, qui précède la signature de l'artiste : Am seinem Freunde Bry.
Avant son départ, il fit expédier pour San Donato les deux toiles qu'il avait ébauchées en 1854 , et qu'il désirait terminer. « Je veux me remettre à la peinture, » me disaitil ; et moi de l'encourager, naturellement, dans ces bonnes dispositions.
Le 16 septembre, il quittait Paris, après m'avoir recommandé son fils aîné qui entrait à ce moment dans une école préparatoire militaire. « Mon cher Bry, me « dit-il, je suis enchanté de voir nos deux fils amis comme « nous le sommes nous-mêmes : veillez sur le mien comme «sur le vôtre; vous savez qu'il est fort difficile à une « femme de surveiller un grand garçon : remplacez-moi « donc auprès de lui, et je vous en serai bien reconnais- « sant. » Je lui promis tout ce qu'il me demandait, et je ne manquai point à ma parole.
A peine arrivé à San Donato, Raffet se mit à la peinture et fit, pendant cette année et une partie de \ 857, plusieurs études d'après les magnifiques chevaux du prince ; un Christ au tombeau, d'après Rubens, et dont l'original fait partie de la galerie de San Donato; divers sites de San Donato, et l'intérieur de la chapelle des tombeaux des Médicis à Florence.
Le 13 septembre 1857 Raffet venait passer six se-
maines à Paris; le 28, il fac-simila sur son album el sur papier lithographique un petil croquis représentant le Pape assis entre le grand-duc et la grande-duchesse de Toscane; l'original avaii été fail d'après nature, à Florence, quelques jours auparavant; il ajouta sur la môme feuille une lète de cheval harnachée et, plus bas, la tête d'un zouave ; puis il fit, sur une autre feuille, trois marins à la promenade; ces deux essais furent effacés après le tirage de six épreuves.
Le dimanche 11 octobre il lithographia, par le même procédé, le croquis en pied de son fils aîné en uniforme d'élève à l'école préparatoire militaire, et le lendemain, un très-beau groupe de trois grenadiers de la garde consulaire.
Cette planche était un spécimen de l'ouvrage qu'il voulait publier sous le titre de : Drapeaux et types de soldats aux diverses époques de l'histoire française^ album dédié au fondateur du musée napoléonien de San Martino (île d'Elbe). Raffet s'occupait de cet ouvrage depuis nombre d'années, et son travail, qu'il faisait remonter à l'origine du drapeau pour arriver jusqu'à nos jours, était prêt à être exécuté.
Quelques jours avant son départ, il voulut essayer de nouveau la gravure à l'eau-forte : il se procura les outils nécessaires et fit le petit essai ci-joint, représentant une figure d'académie, le costume de son fils, le buste d'un zouave et un marin; mais l'imprimeur ayant laissé trop mordre la planche, le résultat ne satisfit point l'artiste, qui renonça à ces tentatives.
Raffet repartait le 26 octobre, accompagnant le prince jusqu'à Vienne; là il prit congé de lui pour retourner à
San Donato où il arrivait le 15 novembre reprendre son travail du Siège de Rome.
Dans le courant de décembre, Raffet m'envoyait trois lithographies sur papier : 1° un écorché ; 2° trois vestes d'artilleurs , c'est-à-dire trois bustes moins les têtes ; 3° trois têtes coiffées d'un képi ; ces deux dernières étaient des études pour la planche n° 16 du Siège de Rome. Les nos 1 et 2 ont été effacés après le tirage de quelques essais.
Pendant l'année 4 858, qu'il passa entièrement à San Donato, sauf le mois de juillet, où il alla prendre les eaux de Yiareggio, Raffet nous fit plusieurs envois de pierres. Le premier avait lieu le 15 avril; il contenait cinq croquis sur papier et deux dessins sur pierre, pour l'expédition de Rome. En voici les désignations :
Un artilleur en veste et képi, le sabre à la main, la lame appuyée dans la main gauche ;
Artilleur, même pose, dessiné à l'estompe; la figure est plus petite ;
Artilleur, même pose, la tête nue; une étude de mousqueton, tenu à la sous-garde par une main, indiquant le principe du port d'arme , se trouve sur la même feuille.
Ces trois croquis servirent à la composition de la planche 16; les deux premiers n'ont été tirés qu'à cinq ou six épreuves.
Portrait en pied du capitaine F. Douay, aujourd'hui
général de brigade ; Portrait en pied du capitaine d'état-major Manèque,
aujourd'hui chef d'escadron ;
10 Artilleurs;
2<S Assaut e1 prise du baslinn 6.
Voici la lettre qu'il m'écrivait en m'annonçant col envoi. Elle est trop pleine de bons sentiments pour moi pour n'en pas citer ici quelques lignes.
San Donat'o, 15 avril 1858.
« Mon cher Bry,
« Vous êtes un ami constant et sincère, vous me l'avez « prouvé dans bien des circonstances; vous ne vous lassez « jamais, et, après des siècles de silence (bien involontaire), « je vous retrouve toujours aussi empressé, aussi sympa- « thique ; c'est le signe d'une amitié véritable : aussi que « d'excuses n'ai-je pas à vous faire d'avoir tardé si long- « temps à vous répondre!
« Tout mon temps a été absorbé ici pour la reprise de « mon album ; après une interruption aussi longue (quatre « ans) , je vous assure que cela n'a pas été facile pour « rentrer dans le caractère, mais enfin j'ai franchi la dif- « fi culte et me voilà parti : aussi je vous assure que je ne « quitterai plus que je n'aie entièrement achevé ; dites-le « bien à Gihaut... »
Il continua le Siège de Rome par les planches suivantes et dans l'ordre indiqué :
18 Maison des six volets verts ; 2i Sape pleine ;
19 Embuscade de chasseurs ; 21 Reconnaissance;
7 Dévouement du clergé catholique.
Cette magnifique planche restera toujours célèbre , comme un beau tableau d'histoire, et rappellera en même temps un des plus touchants exemples de la charité chrétienne.
Cette année, il me fit prendre à son atelier une pierre sur laquelle était commencé le n° 33 du Siège de Rome, Assaut donné au bastion 8. Le bastion seul était terminé ; j'en tirai cinq ou six épreuves, et la pierre fut effacée.
L'année 1859 le retrouve à San Donato, où il continue le Siège de Rome par les planches suivantes :
25 Chemin de ronde ;
26 Batterie n° 9 (une des plus jolies pièces de
l'ouvrage) ;
29 Prise de la courtine 6-7 ;
La même planche inachevée, tirée à trois épreuves;
30 Travailleurs couronnant la brèche du bastion 7 ;
27 Batterie n° 10;
31 Batterie n° 14;
32 Départ de la 3e colonne dite de soutien.
Puis il fit, le 10 mai, sur papier lithographique, le commandant Sainte-Marie, portrait en pied ;
Le 25 juillet, les drapeaux de nos vieilles demi-brigades saluant l'aigle française qui vient de s'illustrer à Magenta et à Solferino ;
Le 29 , le maréchal Baraguey-d'Hilliers , portrait en pied;
Le 1er août , le même, portrait à mi-corps;
Le général Begnault de Saint-Jean d'Angély, aujourd'hui maréchal de France, portrait en pied;
Le capitaine Tiersonnier, portraîl en pied -,
Le même groupe de drapeaux que le précédent, mais traité plus en croquis; %
Le 7 septembre, le chef d'escadron Castelnau, en pied ;
Le 10 , le cardinal Anlonelli, portrait en pied;
Le 12, le pape, portrait en pied;
Le 15 , le même, plus léger de ton ;
Plants de tabac;
Le 19, le colonel Bouat, mort général de brigade à l'armée d'Italie, portrait en pied;
Le 20 , le colonel Bouat à cheval ;
Le cheval de bataille du colonel Bouat ;
Le 25 , le colonel Bouat, portrait en pied ;
Le ïli octobre, le général en chef Oudinot de Reggio, portrait en pied ;
Le 20, croquis à la plume représentant, sur la même feuille, trois têtes de zouaves, un zouave en pied tenant une fleur à la main, et deux mains appuyées l'une sur l'autre; puis un croquis de paysage pris dans le parc de San Donato. Il retoucha ensuite deux planches de chevaux, d'après Géricault, et un grand portrait de Garibaldi, lithographies par Mlles Léonie et Fanny Melchior.
Nous avons dit que personne, plus que Raffet, n'aimait la gloire de la France ; en voici encore une nouvelle preuve :
Vers la fin du mois de mai, un soir que je dînais chez Mène, on vint à parler de Raffet, de son caractère, de son talent : c'était à qui en dirait le plus de bien; je portai sa santé qui fut chaleureusement accueillie, et, au sortir de table, j'écrivis ces quelques lignes que je joignis le lendemain à une lettre que je lui adressais :
« Mon cher Raffet,
« Nous venons de boire à votre bonne santé et à nos « vieux souvenirs, et tous les soussignés ont porté un toast « à l'ami absent.
<( Signe : Mène, Cain, H. Bellangé, Le Poitevin, Ph. Rousseau, Yvon, Weter, capitaine Chatin, Dupuis, artiste du Gymnase, Joliet, du Vaudeville, Henry Monnier, Aug. Bry. »
Voici sa réponse :
San Donato, 5 juin 1859.
« Une chose me touche beaucoup, mon cher Bry,
« c'est votre dîner chez Mène et le bon souvenir des amis qui « y étaient réunis : j'y suis très-sensible ; quand on est loin « de son pays, on est heureux d'un mot de souvenir: aussi « je ne l'oublierai jamais. . . Mais revenons aux braves amis « qui m'envoient leurs souvenirs du cœur : comme cela fait « plaisir! Aussi, je vous prie, mon cher Bry, d'en expri- « mer à tous ces messieurs ma vive reconnaissance et de « leur dire qu'aussitôt à Paris j'aurai le plaisir et l'hon- « neur de les réunir afin de déguster quelques bouteilles « de vieux vin de France ; et nous boirons à eux tous et (( à la gloire de l'armée française qui vient de remporter, « sous Napoléon III, une grande victoire, des drapeaux, des « canons, 20,000 Autrichiens hors de combat, 7,000 pri- « sonniers, rien que cela! On est ici en fête, on se roule, « on s'embrasse, on illumine, on crie, on court, on est fou « de joie. Les Italiens voient approcher l'heure de leur « délivrance.
« Les Français arrivés ici y sont venus couverts de a fleurs.
« Remerciez ions ers messieurs pour moi el dites-leur (( que j'espère un jour leur serrer la main avec effusion el « de tout cœur.
« Venons à une chose sérieuse. L'armée française est « en Italie, elle s'y est déjà couverte de gloire et on la « reçoit en libératrice : c'est naturellement le complément a du Siège de Home, car les Français n'ont pas fait le « siège de cette ville contre les Italiens, mais bien contre « une horde d'étrangers qui s'en étaient emparés.
« Je regarde donc ce qui se fait maintenant comme la a suite naturelle des événements de 18^9; je ferai quelque a chose, et je recueille en ce moment tout ce qui peut bien « me renseigner.
« Il y a ici le 5e corps d'armée commandé par le prince « Napoléon ; j'y connais plusieurs officiers qui m'aideront a de leurs conseils pour le petit album que je ferai. . . . « J'amasse, pour le présent, tous les documents possibles; « je vous prie, ami Bry, de faire de même, et depuis le « commencement, c'est-à-dire depuis l'entrée en cam- « pagne. »
On voit, par cette lettre, que Raffet, tout en ayant hâte de terminer les planches du Siège de Rome, s'occupait déjà de la campagne de 1859.
Nous citerons encore quelques fragments qui pourront le faire apprécier comme ami, et qui montreront qu'il attachait la plus sérieuse importance aux moindres détails, lorsqu'il s'agissait-de traiter un sujet historique.
San Donato, 6 août 1859.
« Mon cher Bry,
« Je viens de vous envoyer la planche n° 29 (Batterie « n° 10), qui complète la livraison 5e. J'espère que vous « serez content de ce dessin, un des plus difficiles que « j'aie encore faits ; je crois l'avoir réussi.
« S'il y avait un moyen d'envoyer seulement une livraia son au prince pour le* jour de ma fête, 28 août, cela « m'aurait bien fait plaisir.
«Dans la caisse que j'envoie, il y en a une pour vous « où j'ai mis plusieurs portraits et un sujet de circon- « stance, le tout fait sur papier lithographique ; le cro- « quis qui m'a servi pour ce dernier sujet est pour vous.
« Mille choses aimables à toute votre famille, une bonne « poignée de main à Eugène 1.
«J'ai vu Yvon ici.
« P. S. Vous allez avoir le bonheur de voir rentrer les « troupes d'Italie, le 15 août ; je vous prie de bien obsera ver leur tenue, et de me faire une petite relation de cette « belle cérémonie, car l'album que je me propose de faire « sera ainsi composé :
« J'exécuterai cela rapidement et largement; motus ! »
San Donato, H août 1860.
« Mon cher Bry,
« Le deuxième cahier renferme deux essais un peu 1. Mon fils aine.
<( grands : ce sont les drapeaux des vieilles demi-brigade (i françaises de l'armée d'Italie saliianl de leurs plis en « flots l'aigle française qui vienl de s'illustrer en Italie ; « voici le titre :
« Ils frémissent de joie, ces vieux drapeaux des demi-brigades fran- « çaises, aux noms glorieux deMonlebelIo, Paleslro, Turbigo, Magenta, « Melegnano, Solferinoll!
« J'ai joint à ces deux essais le croquis à l'aquarelle : ce « croquis est pour vous... N'oubliez pas de me donner « quelques détails sur la rentrée des troupes. »
Il n'appartenait qu'à Raflet d'avoir de ces idées. Un groupe de drapeaux, quoi de plus simple en apparence? eh bien, cette pensée, par la manière dont l'artiste l'a vivifiée, impressionne profondément. Au reste, ce n'est pas mon appréciation que je donne ici : M. Paul d'Ivoi, à la vue de ce précieux dessin dont l'amitié de Raflet m'a rendu possesseur, fut saisi d'admiration, et, dans sa Notice sur le grand artiste (Figaro du 1er mars 1860), il en rendit compte en ces termes :
« Et, le lendemain de la bataille de Solferino, il
« esquissa rapidement une aquarelle étrange, saisissante, « passionnée, et où cependant on ne voit que des drapeaux.
« Le drapeau de Solferino est debout ; la terre s'en- « tr'ouvre, et d'un massif de lauriers jaillissent les dra- « peaux des vieilles demi-brigades françaises de l'armée « d'Italie. Ces drapeaux sont agités d'un souffle qui les « fait flotter en tous sens. Ce n'est pas le vent, c'est le « souffle inspiré de l'amour de la patrie qui les pousse. « Ces drapeaux ne sont pas seulement agités, ils sont « passionnés. »
Je cite d'autres lettres :
« Mon cher Bry,
San Donato, 18 août 1859.
« Je viens vous prier de m'envoyer deux pierres, même <( grandeur que celles du Siège de Rome et très-minces ; « vous y joindrez beaucoup de bons crayons et deux cos- « tûmes complets, un de zouave, un de tirailleur algérien. « J'ai écrit à ma femme afin qu'elle vous remette ces deux
a costumes
« Je termine en ce moment une planche de Rome, et aus « sitôt je fais une course rapide sur les différents champs « de bataille en profitant des chemins de fer ; cela me « tiendra environ neuf à dix jours. Je vous dirai que cela « est important de voir les lieux, cela inspire! J'emporte terai avec moi de quoi faire quelques croquis.
« Puisque vous avez eu le bonheur de revoir le général « Lebrun, présentez-lui mes compliments et dites-lui donc « qu'il ait la bonté de me donner un mot de recomman- « dation pour quelques généraux en Italie, afin que j'aie « toutes facilités possibles, n'ayant que peu de temps à « consacrer à la course que je veux faire; vous lui en « exprimerez d'avance ma reconnaissance ; demandez « aussi au général quelques détails sur les affaires où il « s'est trouvé.
« Je ne partirai pas avant dix jours; j'ai donc tout le
« temps de recevoir votre réponse.
u Vous donnerez une bonne poignée de main à Auguste et « à Charles1, je vais leur écrire ces jours-ci »