LA REVUE NOCTURNE
A minuit de sa tombe,
Le tambour se lève et sort.
Fait sa tournée et marche Battant la caisse bien fort.
De ses bras décharnés Remue conjointement Les baguettes, bat la retraite.
Réveil et roulement.
La caisse sonne étrange i, Fortement elle retentit.
Dans leur fosse en ressuscitent Les vieux soldats péris.
Et qui au fond du nord ’
Sous la glace enraidis,
Et qui trop chaudement gisent Sous la terre d’Italie.
Et sous la bourbe du Nil Et le sable de l’Arabie,
Ils quittent leur sépulture Leurs armes ils ont saisis.
Et à minuit de sa tombe ®
Le trompette se lève et sort.
Monte à cheval et sonne La trompe bruyant et fort.
Alors sur chevaux aériens Arrivent les cavaliers,
Vieux escadrons célébrés, Sanglants et balafrés.
Sous le casque, leurs crânes blan- Ricanent, et fièrement [châtres] Leurs mains osseuses soulèvent Leurs glaives longs et tranchants.
Et à minuit de sa tombe Le chef se lève et sort,
A pas lents il s’avance Suivi de l’état-major.
Petit chapeau il porte,
Habit sans ornements.
Petite épée pour arme Au côté gauche lui pend.
La lune à pâle lueur La vaste plaine éclaire ;
L’homme au petit chapeau,
Des troupes revue va faire.
Les rangs présentent les armes, Lors sur l’épaule les mettant ; Toute l’armée, devant le chef.
Défile tambour battant.
On voit former un cercle De capitaines et généraux.
Au plus voisin à l’oreille Ce chef souffle un mot.
Ce mot va à la ronde.
Résonne le long de la Seine;
Le mot donné est la France,
La parole ; Sainte-Hélène.
C’est là la grande revue Qu’aux Champs-Elysées, A l’heure de minuit, Tient César décédé.
1 Voir Le Réveil , planche tlécrile sous le N” 85.
2 Voir Le défilé nocturne, décrit sous le N“ 181.