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deux cueillir une jolie fleur blanche veloutée, semblable à notre Edelweiss, mais plus grande, les quatre pétales rangés d’un seul côté, et croissant sur des buissons. C’est une fleur sacrée. Ghacun en fait son petit bouquet, puis l’on se couronne et on redescend en chantant et en sucant des cannes à sucre sauvages qui abondent sur ces hauteurs. On s’arrange, cela va sans dire, à rentrer avant la nuit.
Quand la reine de Bora-Bora venait à Raiatea avec sa cour formée de jeunes sauvages des deux sexes, elle faisait sa petite excursion au Mehani pour y saluer l’âme de l’un de ses ancêtres. À son retour, elle s’arrêtait au bas d’une vallée ombreuse, sous un bosquet d'oranvers où, depuis quelques jours, du jus d’oranges fermentait dans de vastes calebasses /hue]. Et l’on faisait la noce avec du vin d'oranes, on dansait la wpaupa et l’on chantait jour et nuit jusqu'à ce qu'il n’y eût plus une goutte à absorber et que le dernier danseur füt plongé dans un profond sommeil lequel pouvait durer un jour ou deux.
Le Mehani n’est pas la plus haute montagne de Raïatea, mais son sommet est le plus accessible. Le Faneuhi (1053 mètres) et la montagne sainte (Te Mou'a mo'a) qui domine le village sacré d’Opoa sont bien plus remarquables comme élévation et comme découpures, mais sont parfaitement inaccessibles. C'est pourquoi les Tahitiens en ont fait la demeure des dieux. Enfin le Tapioi!, à peine haut comme la tour Eiffel, dresse sa silhouette de volcan éteint à l’extrémité nord de Raiatea, au-dessus du chef-lieu actuel, Uturoa.
Des chaînes principales de l’île descendent des chaînons en dos d'âne, à pente très régulière jusque dans le voisinage de la côte où ils tombent un peu plus brusquement. Ces chaînons dénudés encadrent de nombreuses et fertiles vallées (Faa). Les principales, en partant de Tapioi et en continuant vers Opoa pour revenir par Tevaitoa, sont: la vallée de Vaipau (eau tarie), de Tepua, de Vairua,
1 Le Tapioi a un galbe tout à fait antique et ressemble d'une façon frappante à l’Acropole d'Athènes. Mais la race indolente qui habite ce pays charmant n’a jamais esssayé d’en couronner le sommet de temples magnifiques. Aussi bien le marbre lui eût-il manqué.
Marae de Tevaïtoa.
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de Hamoa, Vairahi, Avera iti et Avera rahi, Faaroa, Toahiva, Opoa, Faatemu, Vaihuti, Vaiaau, Tevai toa, Apooiti, etc.
Les'‘baies ont les mêmes noms que les vallées. Plusieurs, par leur profondeur et leur encadrement entre de hautes collines, ressemblent à des fiords, entre autres celles de Faaroa et de Faatemu à Raijatea.
À signaler des débris d'anciennes fortifications indigènes /pà, pâri) dans plusieurs vallées, entre autres dans celle de Vaiaau où les derniers défenseurs de l’indépendance nationale se réfugièrent en 1897 sous le commandement d'une femme, une grande cheffesse, la Faterehau.
Un monument historique non moins curieux est une pierre énorme qui se trouve dans la vallée d’Averarahi et qui porte des insCriptions bibliques par lesquelles le chef du mouvement anti-français, Terahupoo, affirmait sa conviction que jamais les troupes françaises n’atteindraient ce point. Cette pierre a ceci de particulier qu’elle indique, paraît-il, la mesure de la taille des anciens rois de Raïatea. La photographie que nous reproduisons ici peut donner une idée de cette taille par la comparaison avec l’indigène qui se tient à côté de la pierre et qui mesure lui-même 175 à 178 centimètres.
Le pourtour de l’île est semé de débris d'anciens marae, autels servant jadis à des sacrifices humains. Le plus remarquable et le plus célèbre de toute la Polynésie est celui d'Opoa. Ces marae se composaient d’une enceinte d’énormes blocs de lave, de basalte ou de corail au milieu de laquelle se dressait une pyramide tronquée sur laquelle montait le prêtre pour accomplir le sacrifice. Le marae était entouré d’arbres sacrés: les gigantesques Autu (Barringtonias), le miro (Thespesia), vulgairement appelé bois de rose, le {ahinu, c’est-à-dire oint.
Si les marae ont été renversés par un zèle religieux iconoclaste, leurs débris n’ont pas été utilisés jusqu'ici par des mains profanes
1 Vaipau (eau larie); Tepua (le corail); Vairua (eau double, double cascade) ; Hamoa (prière sainte) ; Vairahi (grande eau) ; Avera (brülée du soleil) ; Faa roa (la grande vallée) ;
Opoa (nom du village); Faatemu (la feinte); Vaiaau (l’eau des pierres du marae) ; Tevaitoa (l’eau du corail); Apooiti (le petit trou).
pour faire de la chaux ou pour construire des routes. Les indigènes les respectent et les vénèrent encore en secret. On exhume parfois des ossements dans ces antiques lieux de sépulture. On se rassemble alors dans le plus grand secret au milieu d’une forêt et les ossements sont brûlés dans une vaste excavation. En 1897, je suis survenu pendant une de ces cérémonies, trop tard malheureusement pour en noter les rites.
Les plus beaux marae que l’on retrouve encore à Raïatea sont, après celui d’Opoa, ceux de Tevaitoa {tout au bord de la mer), de Vairahi, de Hamoa (à l’ombre des grands châtaigniers indigènes) mape (Inocarpus edules), d’Avera, d’Apooiti, de Vaiaau, etc.
On pénètre à l’intérieur du récif qui entoure les îles de Raïatea et de Tahaa par onze passes, dont deux pour Tahaa, les passes Toahotu et Paipai. Les passes /ava] de Raïatea sont: la passe double (Teavapiti ou Teavarua) qui donne accès au principal village; la passe Iriru, devant le village d’Avera, la Teava mo’a, la Sainte, devant la Mecque tahitienne (Opoa) ; les passes Naonao, Punaeroa, Toamaro, Tiano et Rautoanui. Celle-ci, ainsi que les quatre premières, sont les seules fréquentées par les navires, les autres ne livrant passage qu’à de petits cotres.
Les habitations sont groupées le long du littoral en petits hameaux. Il n'y a guère que quatre ou cinq agglomérations qui méritent l’épithète de village : Uturoa, le chef-lieu, avec 300 habitants, Avera, Opoa, Tevaitoa et Tumaraa.
Raiïatea compte actuellement 2138 habitants (1899). Elle était et reste encore divisée en petits clans ou districts (mataeinaa), ayant chacun à sa tête un chef ou petit roi. Les mataeinaa de Raïiate: sont: Uturoa, Tufenuapoto, Tufenuaroa, Avera, Tevaitoa, Tumaraa, Opoa, Farepa, Hotopuu, Vaia.
! Il est curieux d'observer, dans un grand nombre de contrées, l’emploi que les générations postérieures ont fait des monuments élevés par leurs ancêtres. Fréquemment des pierres décorées de bas-reliefs magnifiques ont servi à faire de la chaux. (En Arabie entre
autres.)