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APTE

Fig, 34, — Type de temple indigène.

Les temples se construisent par coopération, chaque indigène fournissant des matériaux et de la main-d'œuvre. Ils n’ont pas un cachet indigène, les architectes étant les mis-

siounaires anglais qui ont cherché à imiter les fenêtres en ogive dans ces constructions lourdes et massives.

Vêtement et parure. — Le vêtement actuel des Tahitiens n’a plus ni unité, ni originalité. On porte, à Tahiti, toutes les défroques possibles venues d'Europe ou d'Amérique. Pour se rendre compte de ce qu'était l’ancien costume national, il faut assister à une des orandes fêtes du 14 juillet. Alors seulement la fapa, les ceintures, les couronnes monumentales en paille tressée, les guirlandes et les houppes de plumes font une courte réapparition. Pendant Ia semaine du 14 juillet, les lois sont suspendues dans les îles et la population indigène peut donner libre cours à ses vieux instincts. On peut alors s’apercevoir combien ils sont vivaces et comme le vernis de civilisation chrétienne que nous avons imposé à ces peuples est peu solide.

Les indigènes allaient volontiers nus, surtout les hommes, et, à l'heure qu'il est, ils n’ont pas honte entre eux de se baigner ainsi. Qu'un Blanc survienne, les femmes cherchent avant tout à se voiler la poitrine. En leur inculquant un sentiment conventionnel de la

pudeur qu’ils ne connaissaient pas, nous n’avons certes pas amélioré la moralité de ces gens.

On se ceignait d’abord d’une ceinture en cordelette tressée avec des fibres de coco ou de more (écorce de burau) à laquelle pendent des filaments de la même substance. Cette ceinture se portait couleur nature ou bien teinte de différentes nuances, jaune surtout. Pour

Fig. 35. — Ceinture de More.

Le more, écorce de burau (hibisceus) sert à fabriquer des fibres dont on formait les anciennes ceintures (maro) indigènes. On laisse pourrir les fibres dans l’eau, puis on les bat avec un battoir en bois de fer; lavées ensuite et séchées, puis teintes selon la fantaisie d’un chacun elles s’emploient encore à la confection des robes de fête ou des franges décoratives dont on voit le dessin sur la planche 23.

les fêtes, on se barbouillait le reste du corps avec le suc rouge du mati (arbuste indigène) ou bien on se contentait de la décoration du tatouage, pratiqué surtout par la Société des Arioi. Les femmes se jaunissaient la peau avec du suc de rea (safran). Elles le font encore, paraît-il, aux Iles Marquises. Les plumes rouges de la queue du phaéton, des plumes de perruche, de tourterelle, de certains oiseaux de mer et de coqs ornaient la tête des guerriers et des danseurs. À l'heure actuelle, on se pare toujours de plumes ; on recherche beaucoup celles du paon (oiseau importé récemment). Dans les fêtes, on tresse des couronnes monumentales en paille de bambou,

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Case construite sur un récif de corail.

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de pia ou de canne à sucre en s’attachant à imiter des fleurs : les roses et les tiares surtout, comme aussi de petites fleurs en aigrettes rouges que l’on trouve sur les pentes dénudées, à des buissons ressemblant au buis.

Fig. 36, — Couronne en paille tressée de Borabora.

Borabora est le principal centre artistique d’où proviennent ces couronnes tressées dont les dessins compliqués cherchent à imiter la flore indigène avec un embryon de stylisation.

On enfile aussi les nautilus desséchés (hemahema) en légères couronnes que l’on teint ensuite. On fabrique des vêtements complets en fibres de more tressées en cordelettes puis disposées en mailles de filet auxquelles pendent de longues franges flottantes. À ce costume léger viennent s’ajouter les gracieux revareva, minces pellicules transparentes arrachées avec dextérité par les femmes aux branches qui entourent le cœur du cocotier.

Si nous parlons de la parure avant de décrire le vêtement proprement dit, c’est que nous croyons que, chez ce peuple, la parure a précédé le vêtement habituel. La température n’a jamais forcé ces indigènes à se couvrir beaucoup et leur goût pour l’ornement appliqué au corps est si vif qu’il a dû exister de toute ancienneté, du moins bien avant que les Européens leur imposassent un vêtement dont ils aiment tant à se débarrasser.

L’habitude de se couronner la tête a dû de même précéder l’emploi du chapeau. Les premières couronnes, celles qui sont portées en tout temps, ce sont les plantes et les fleurs qui en font les frais.

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Pas un indigène qui ne sache s’enserrer gracieusement la chevelure

dans deux ou trois fougères ou dans une branche de goyavier ou d'autre arbuste en fleurs, les deux extrémités de la branche contournées l’une autour de l’autre pour la fixer. Les jeunes filles prennent le temps de se tresser de superbes couronnes de fiare, de rata, de jasmin, pour aller le soir à la danse ou pour orner le front de l'hôte de passage. Elles y mettent du raffinement ; le matin, elles coiffent les fleurs de tiare d’un petit capuchon de feuilles après en avoir rapproché les pétales afin de leur conserver toute leur fraicheur et tout leur parfum pour le soir.

Bien avant que la mode des bracelets, des bagues et des boucles d'oreilles ne soit venue du dehors, ces populations poétiques el naïves savaient se parer avec goût et gentillesse de fleurs et de feuillage. Les missionnaires anglais ont prohibé comme signe de légèreté la fleur derrière l'oreille. Heureusement que la coutume survit et que les Français ont, à cet égard, des idées moins puritaines.

Une grande fleur rouge d’hibiscus!, une fleur bianche de tiare ou légèrement jaunâtre de tipanier flanquée derrière l'oreille fine et bien modelée d’une Tahitienne font ressortir admirablement sa belle chevelure ondulée aux reflets bleuâtres.

Les femmes enfin portent une grande variété de colliers faisant plusieurs fois le tour du cou, colliers en coquillages de diverses couleurs, en graines variées de légumineuses et de différentes plantes. Le coquillage le plus employé à cet effet est celui d’un petit escargot terrestre vivant sur la fougère arborescente. Les petites filles vont en remplir leurs oini (paniers en feuilles de cocotier tressées) an fond des vallées ; elles les tuent en les trempant dans l’eau de mer, les laissent pourrir au soleil, puis les nettoient à grande eau dans Ja rivière avant de leur donner le dernier coup de propreté avec du jus de citron. Elles les percent ensuite d’un petit trou, les fixent en hexaoone au moyen d’un léger fil, puis arrangent ces hexagones en couronne ou collier. On enfile aussi en chapelets des graines rouges avec tache noire, d'autres qui ressemblent à de grosses lentilles

1 Voir la planche en couleurs, Tahi-vahine.

oranges, des graines en boulettes noires, en les alternant toujours avec goût.

On ne saurait parler de la parure sans mentionner le monoi, l'huile de coco parfumée dont tout indigène s’asperge la chevelure et qui sert aussi de médicament pour l’usage externe et de panacée universelle.

Pour la composition du monoi chaque vieille a sa recette. Celle-ci met macérer, pendant des semaines, dans de l'huile de coco, des fleurs de tiare, d’autres de motoi, (ilang-ilang), de jasmin, de pua, de puavaovao, des pétales de roses, de l’écorce de ahitutu, des feuilles de faipuu, de hæoro, de putæ, etc., etc. Le monoiïi se conservait autrefois dans des cocos bien bouchés. Chaque jour, après le bain, la femme indigène peigne longuement ses cheveux ou plutôt les étire en les passant par nattes entre ses doigts enduits de monoi, car l'usage du peigne ne paraît pas naturel à ces îles. Ensuite elle les tresse en deux grosses nattes séparées par une raie médiane et volontiers rabat ces deux tresses sur son front en les nouant l’une à l’autre. Mais les jeunes filles portent de préférence les cheveux flottants et en ramènent la moitié sur la poitrine.

Le bois de santal (ahi) est assez rare aux Iles sous le Vent. Les femmes parfument leur linge contenu dans des coffres chinoïs en bois de camphrier en y plaçant de petites bottes de racines d’une espèce d’iris qu'elles appellent aussi ahi.

Pour en revenir au costume actuel, disons tout de suite qu'il se compose en entier de matières de fabrication étrangère à ces iles, sauf les chapeaux. Les hommes portent généralement un simple pareu, pièce rectangulaire de calicot à fond rouge, bleu ou noir sur lequel sont imprimées de grosses fleurs ou des dessins fantaisistes. Ces pareu se vendent de ? francs à ? francs 50 et se fabriquent spécialement pour l'Océanie, à Londres, et... à Zurich, m'’a-t-on dit. [ls n’offrent donc que peu d’intérêt au point de vue ethnographique.

Pour s’en vêtir, l’homme saisit la pièce par deux des coins dans sa longueur, l’applique sur ses reins, ramène l’étoffe sur le ventre où les deux extrémités débordent, puis roule le bord supérieur de manière à le fixer solidement et à en diminuer à volonté la lon-

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sueur. Les jeunes gens le portent très court; quand ils jouent ou vont à la pêche, ils ramènent entre leurs cuisses les deux coins qui pen: dent et les nouent au bord supérieur, formant ainsi une espèce de culotte courte qui laisse aux jambes toute liberté de mouvement. Dans les fêtes, au contraire, le sexe fort porte le pareu très long et volontiers légèrement ouvert d’un côté, de manière à laisser paraître une superbe cuisse. La femme met aussi le pareu, mais en guise de jupon. Elle enfile par-dessus une longue chemise garnie de dentelles, ou tout simplement une robe dite robe tahilienne. La robe tahitienne est façon « Empire ». Chaque femme sait se la tailler. et la coud à la machine, car les machines à coudre américaines surabondent actuellement dans les iles. Nous voici loin du costume primitif; nous y reviendrons. Ces robes se font en indienne, en soie, eu satin, en velours, avec une longue traine et des manches bouffantes, des dentelles, des entre-deux, des rubans et des festons variés. Les étoffes voyantes à fleurs de couleur criarde sont préférées. La mousseline blanche obtient aussi un grand succès. Les vieilles femmes aiment à se parer de robes en étoffe noire pour se rendre au temple. Elles complètent ce costume par un chapeau de paille teint en noir. C'est aussi le costume adopté pour le deuil, à l’instigation des Européens, cela va sans dire. Les jeunes femmes préfèrent la mousseline noire très transparente qui permet de voir les fines dentelles d’une belle chemise blanche et laisse transparaître la coloration d’un brun chaud de la poitrine et des bras.

Il est regrettable de devoir dire que les indigènes mettent leur point d'honneur à singer l’Européen. Ils acquièrent, avec prédilection les vieilles redingotes, les vêtements fripés de marins, de soldats, de matelots, les vieux chapeaux hauts de forme, les feutres mous et les « melons ». Ils ont pour les vieux parapluies le même engouement que les Hindous de Ceylan.

Ils portent tout cela avec une gravité comique et à leur façon. Au temple, ils aiment à exhiber une redingote passée par-dessus une chemise longue qui bat leurs mollets nus, car ils ne portent pas de pantalons; mais chaussés de souliers dans lesquels ils souffrent le martyre, ils se hâtent de les dépouiller dès qu'ils sont assis à leur

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Jeune fille en costume national,

avec un fragment de bambou.

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23 Là. prit tetes

banc. Les jeunes filles sacrifient à la vanité en enfilant des chaussures qui ne sont pas faites pour leurs beaux pieds bien moulés. Heureusement que le port de la chaussure ne dure que peu d'heures par an, pendant quelques cérémonies religieuses ou autres. Du reste, les femmes apportent beaucoup de goût dans la confection de leurs longœues robes à traine dont elles ramènent gracieusement un pan sous le bras, laissant apercevoir une jolie jambe que couvre à peine le bord inférieur d’un pareu rouge et jaune. Elles mettent non moins de goût dans la confection des chapeaux qu’elles tressent fort habilement en variant et entremêlant les pailles. La préparation de la paille est déjà toute une industrie. On fabrique celle de canne à sucre en fendant longitudinalement les longues tiges minces qui portent la fleur et en redivisant les brins obtenus. On procède de même avec le aeho (roseau). La paille de pandanus s’obtient en divisant les feuilles de pandanus que l’on a séchées, ou bien auxquelles on a fait subir des lavages et des cuissons si on la veut fine, blanche et souple. Le pia se tire de l’intérieur de l’écorce du manioc. C’est une paille d’un blanc brillant, une des plus belles et des plus légères, la plus chère aussi. Enfin on utilise la fougère, le mou (plante herbacée), le bambou, etc., pour obtenir des pailles variées.

On compte douze brasses pour faire un chapeau ordinaire de la forme «canotier » de nos chapeaux d'hommes. On les coud sur une forme, un cylindre oblong, taillé dans du bois de manguier ou de famanu poli. Le chapeau cousu est enduit d’amidon qu’on laisse sécher au Soleil ; il est ensuite repassé avec un fer chaud et orné d’un ruban ou mieux d’une couronne en paille tressée imitant des fleurs et du feuillage.

Rappelons enfin comment on fabriquait l’étoffe indigène appelée lapa et qui ne se fait plus qu’à l'occasion des fêtes du 14 juillet où des prix sont distribués aux porteurs d’anciens costumes. Trois végétaux principalement fournissent la matière première. On choisit celui qui répond le mieux au but que l’on se propose : vêtement de parade, de danse, ou vêtement ordinaire. C’étaient : le müûrier à papier (aute, le morus papyrifera employé par les Chinois), le maiore (arbre à pain) et le burau. On enlève d’abord l’écorce et on en extrait

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