‹ Raiatea la SacréeChapitre 56 sur 88 · PTE À ES RES UNE · texte numérisé non relu

PTE À ES RES UNE

de deux pièces : un bâton sur lequel est solidement lié, à 50 centimètres de terre, un morceau de branche coudé.

Comme les Malgaches, les Tahitiens connaissent le cerf-volant (pañma) qu'ils confectionnent au moyen de baguettes flexibles en croix, la branche transversale courbée en arc de cercle et le tout recouvert de papier, d'étoffe indigène ou de feuilles de bananier. L’escarpolette (fahoro), cache-cache (fifipauru) une espèce de jeu de marelle, le jet de la lance (pâtia), sont en grand honneur. Le jeu appelé {ahoro consiste également à courir en rond jusqu’à étourdissement. Il existe une curieuse «main chaude » : un des joueurs frappe du poing en cadence sur le poing que lui tend son partenaire en scandant les paroles suivantes: Pepenu, pepenu, Hina, Hina parau, Pere tatio ! Tapea na-na na-e, tapea l’u târia. Ges derniers mots signifient: Saisis mon oreille. On se saisit mutuellement les deux oreilles que l’on tire doucement en cadence en disant : Poum ! Pa ! Poum! Pa ! Le jeu de l’acrobate (pei) qui consiste à jeter en l'air et à rattraper successivement des citrons est très goûté aussi des enfants. Les garçons construisent des pirogues en miniature et s’exercent à les diriger au moyen d’une petite voile et d’un petit gouvernail. Ils jouent aussi aux billes avec les fruits secs parfaitement sphériques du tamanu (callophyllum). Les enfants s'amusent fréquemment à retourner leurs paupières en dehors. Ce jeu s'appelle ofera. Les hommes avaient autrefois des exercices nationaux qu'ils délaissent maintenant: la lutte, le pugilat, le tir à l'arc ({ea). Ils ne pratiquent guère aujourd’hui, à côté du pere et de la wpaupa que la course à cheval en vue des fêtes du 14 juillet et les régates soit à voile soit à la pagaie.

Ils aiment passionnément aussi les combats de coqs (fifo ou oroa faa tilo raa moa) auxquels les jeunes gens s’adonnent quotidiennement, élevant chacun un coq dans cette intention. Il est impossible de leur faire comprendre ce que ce jeu a de cruel et d’immoral. Toute la famille s’assemble le dimanche soir au sortir du temple pour assister au combat. En passant, vous leur faites observer que c’est là un ohipa ino (ouvrage mauvais). Parau mau! Parau mau ta 0e! Ta parole est vraie, répondent les vieux; mais le

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tressant de là paille à chapeau.

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jeu n’en continue pas moins. Mais si, dans le lointain, on aperçoit l’habit noir de l’orometua {le pasteur protestant), les coqs sont retirés au plus vite, les visages prennent une expression béate et les rires sauvages cessent jusqu’à disparition du pasteur. On à échappé à la plus grande des hontes : celle de perdre son titre de efaretia (membre de l'Eglise).

Les innombrables fêtes d’antan, les {aupiti ou oroa ne seront bientôt plus qu’un souvenir. Il faut en chercher la description dans les ouvrages de Moerenhout, d’Ellis et des contemporains de ces écrivains. Il y avait les oroa arioï, fêtes des Arioi, les oroa 0e-0ehamu, des festins où l’on se goinfrait comme aux noces de Gamache, genre de fête qui subsistera longtemps encore ; les 0r0a taupiti maona, fêtes idolâtres avec scènes obscènes, etc., et les grandes heïiva (danses) qui n’ont plus l’ampleur qui les distinguait autrefois et qui se pratiquent plutôt en cachette. Nous avons déjà décrit la wpaupa, la principale danse, comme caractéristique des mœurs tahitiennes. Inutile d'y revenir. Les pantomimes ayant leur côté artistique, nous en parlerons tout à l'heure.

Mais il faut signaler encore une cérémonie tout à fait typique: le Farefare rau uru raau (littéralement : estomac affamé, beaucoup de fruits de l’arbre à pain). On voit ce dont il s’agit: pendant des semaines, des mois, des femmes se nourrissaient du fruit de l'arbre à pain pour devenir grasses et « belles », poria, selon l'expression du pays. Ces personnes s’exhibaient ensuite en public et c'était à qui serait la plus «belle ». Cette conception tout à fait chinoise de la beauté existe encore aujourd’hui.

Les Umutî. — Raiatea la Sacrée ne mériterait plus guère cette épithète que comme souvenir historique si de mystérieuses cérémonies, derniers vestiges des anciens cultes paiens, n'y étaient encore pratiquées de nos jours avec un plein succes et publiquement. Nous voulons surtout parler du Umuti, cérémonie devenue de plus en plus rare et qui rappelle d’une façon étrange le récit des trois jeunes Hébreux passant dans la fournaise ardente sans même sentir le roussi.

Le Umuti, connu dans d’autres parties du monde (en Inde, croyons nous), et pratiqué quelquefois à Savau (Fidji), est plus connu dans

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les autres îles de la Polynésie sous le nom de Viavilairevo. A l'heure qu'il est, dans les Iles de la Société, deux seuls individus sont

capables d’y présider ; ce sont des descendants des anciens prêtres ({ahua), tous deux natifs de Raïatea : Tupua et Taero. Tupua, très considéré des indigènes comme sorcier, possède différents talents, outre celui de guérir les malades. Il sait retrouver une bague jetée

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Fig. 45. — Le sorcier Tupua.

Le plus célèbre des Iles de la société, c’est lui qui préside à la cérémonie du wmuti.

dans la mer; il sait aussi découvrir des sources. Pour cela, il se sert d’une baguette en bois sacré (aito, bois de fer, casuarina) qu’il jette dans la bonne direction après avoir prononcé des paroles fatidiques. Il doit posséder évidemment quelques connaissances empiriques de géologie élémentaire; du reste, les îles sont si petites que l’étude approfondie de tous les terrains n’est pas bien longue. Mais son principal talent est celui de construire le Umuti et d’y faire marcher ses compatriotes en toute immunité.

Nous avons eu le privilège d'assister deux fois, en juillet 1896 et le 20 juillet 1898, à la cérémonie en question. C’est cette dernière que

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