‹ Raiatea la SacréeChapitre 73 sur 88 · CE · texte numérisé non relu

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‘ Fig. 58. — Pont et route à Haamoa.

Ce pont a été construit entièrement par des indigènes sous la direction de M. Flemeing, administrateur des Iles sous le Vent. Les matériaux employés sont des troncs de cocotier et des poutres en bois d’arbre à pain fmaiore).

plus estimés par leur solidité et leur résistance à l’action corrosive de l’eau de mer et desséchante du soleil, Quand il s’agit d’une petite pirogue à un rameur, un simple tronc de 3 à 4 mètres sur 60 centimètres de diamètre suffit. Le constructeur le choisit à proximité de la mer; il l'amarre derrière une embarcation et l’amène près de sa maison. Il s’installe sous l’ombre épaisse d’un gros Autu (baringtonia) et commence à creuser l’intérieur du tronc au moyen d’une espèce de hache en forme de bèche que les commerçants blancs lui

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ont fournie. Au préalable, il a enlevé l'écorce et aplani le dessus. Il y marque une ellipse très allongée et évide le tronc jusqu'à une profondeur de 50 centimètres. L'ellipse, dans sa plus grande largeur, n’a pas plus de 40 centimètres. Il façonne ensuite l'extérieur en

laissant sur les côtés une épaisseur de 3 à 4 centimètres. Une des

ds -RETE Fig. 59. — Pirogue simple.

La pirogue est creusée dans un tronc de tamanu. Le balancier en burau (bois très léger) est fixé au moyen de deux traverses, une plus volumineuse à l'avant (en vieux burau, dur et tenace) et une autre plus légère à l’arrière (une simple branche de goyavier). Des cordelettes en more servent de ligature. La pagaie a la forme d’une Palette plate à bords arrondis.

extrémités se termine en pointe de lance, l’autre est coupée net.

Voilà la carcasse terminée. Il s’agit d’y fixer le balancier, pièce de bois léger (hibiscus) arrondie et terminée en fuseau aux deux extré-

mités et ayant la même longueur que la pirogue. Cela se fait

Fig. 60. — Pirogue double.

Ceci est le type de la pirogue de pêche qui peut affronter la haute mer. La seconde pirogue tient lieu de balancier à la première.

au moyen de traverses, l’une (en vieux burau) épaisse, façonnée en arc, l’autre est une simple branche de goyavier. Elles sont maintenues en travers de la pirogue par des ligatures en cordelettes qui passent par quatre trous; elles débordent d’un mètre à un mètre et demi sur le côté du balancier. A la grosse traverse sont fixés des bâtonnets qui s’enfoncent dans le balancier, des cordelettes accro-

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chées à des chevilles de bois maintenant le tout solidement; la petite traverse est simplement attachée au balancier. La pirogue est prête ; le plus souvent on y passe encore une ou deux couches de peinture rouge vif, rose, ou rarement verte.

Il ne manque plus qu’une paire de pagaies (koe) en vieux burau et un petit banc à fixer en travers. Le petit banc (parahiraa) est

Fig. 61. — Pirogue à voile.

Les voiles sont de simples nattes en feuilles tressées de pandanus, de nos jours remplacées quelquefois par un ou deux pareu.

parfois une simple planchette; quelquefois aussi l’indigène se paie le luxe de le creuser confortable, en selle à appui, dans un bloc de miro. L’armement se complète par une épuisette (haapau) taillée dans un morceau de burau, un simple demi-coco ou une vieille boîte en fer-blanc, remplissant le même office. Enfin une longue gaffe (Lo'o) et un harpon (pâtia) et tout est prêt pour la pêche.

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S'il s’agit d’une grande pirogue à 4, 5, ou 10 places, la construction est un peu plus compliquée; on trouve rarement des troncs de dimension suffisante. On fabrique d’abord le fond ; un demi-cylindre qui n’a que 20 centimètres de profondeur. On y ajoute des côtés de 30 à 40 centimètres et des extrémités : ces cinq pièces sont assemblées au plus juste et solidement liées les unes aux autres par des cordelettes enfilées dans des trous. On obtient ainsi d'immenses pirogues.

Au lieu de balancier, on accouple souvent deux pirogues (faupüili, taurua) au moyen de solides traverses. On peut fixer alors un plancher entre les deux et l’on conçoit le parti qu’on en peut tirer dans des expéditions lointaines

Ces grandes pirogues doubles sont employées surtout pour la pêche du thon et d’autres gros poissons. À la première traverse esl fixée une ligne énorme que les pêcheurs soulèvent ou abaïssent au moyen de deux cordes; l’hameçon est très gros; il est composé de nacre, d'os et de crin.

La vraie pirogue de voyage s’arme de voiles. Le mât est fixé à la grosse traverse, celle d’avant. Il porte une seule voile quadrangulaire (forme brigantine), ou quelquefois triangulaire, faite en natle de pandanus ou en pièces d’étoffe ou de toile quelconque, une vieille robe ou un vieux pareu fait mème parfaitement l'affaire. La pagaie sert de gouvernail. Ces pirogues, qui effleurent à peine l'eau, atteionent une vitesse étonnante. Elles chavirent fréquemment, ce qui ne trouble pas beaucoup les indigènes. Ils se jettent à l’eau, retournent leur esquif tout en nageant, le vident rapidement, remontent et recommencent.

La manière de ramer est particulière, On saisit sa pagaie à l’extrémité du manche et au milieu ou plutôt plus près de la palette. Assis près de l’arrière, il s’agit de donner trois ou quatre coups de rame tantôt à droite, tantôt à gauche de l’embarcation. Il n’y a pas de point d'appui pour la pagaie. On se penche légèrement en dehors, du côté

où l’on rame. Le coup de pagaie ne se donne pas, comme on pourrait

le croire, parallèlement à l’axe de la pirogue, mais dans des plans obliques que l’expérience fait connaître, sans cela on ne réussit

qu’à tourner sur place, l’'embarcation ayant un tirant d’eau très faible.

Le côté gauche de la pirogue, celui du balancier (ama), est appelé paeama (pae : côté); c'est celui des femmes, tandis que l’autre (pae atea : côté ouvert) est celui des hommes.

On appelle éipae ama ou tau ama la pirogue simple, fipac ali, lipae raa, taurua, taupiti, la pirogue double ; un petit canot double, {ahifa ; une grande pirogue à rebord arrondi à un bout va'a hara; une petite pirogue aux deux bouts pointus, va a Mmaihi ; la pirogue royale, {ifatifa ; la pirogue sacrée, va’ a Mmoemo0e.

Quand il rentre, le pêcheur descend dans la mer avant d’aborder, le corail à fleur d’eau l’en empêchant souvent; il pousse sa pirogue, la porte avec l’aide d'un camarade et la dépose sur deux pierres ou deux troncs posés en travers. Il la recouvre ensuite soigneusement de feuilles de cocotier tressées pour éviter que le soleil ne la fendille.

Une manière très commode et très rapide de voyager en pirogue est de se pousser au moyen d’une gaffe. Un plateau de corail large parfois de quelques cents mètres el profond de 30 à 50 centimètres seulement, entoure presque tout le rivage de Raïatea. Au lieu d’aller ramer péniblement au large, l’indigène se tient debout sur la poupe de sa pirogue et progresse en s'appuyant de tout son poids sur une longue gaffe (fo'o). Dans ce cas, le chemin le plus court, n’est pas la ligne droite, car les blocs madréporiques effleurent souvent l’eau; il faut les contourner et connaître les « passes ». On s’habitue très vite à les distinguer à la couleur de l’eau. Tout en avançant ainsi, que l'œil exercé du pêcheur reconnaisse un bon poisson qui nage entre deux eaux, immédiatement il pose sa gafle, saisit le harpon, s'en aide pour avancer tout doucement et, quand il est à bonne portée, le lance d’une main vigoureuse et sûre; il manque rarement son COUP.

I1 faut aussi mentionner la manière dont les indigènes grimpent aux cocotiers. Le tronc de cet arbre est comme formé d'anneaux emboîtés qui se terminent par un rebord irrégulier. Le Tahitien met ce rebord à profit pour grimper. Il arrache l'écorce épaisse (more) el

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UE incassable d’une branche de burau. I] noue ensemble les deux bouts de cette lanière, la tord deux fois sur elle-même, lui donnant la [orme d’un huit, et passe un pied

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dans ce deuxième mouvement, ses genoux sont fléchis; il passe | à l'extension des jambes en laissant glisser ses mains derrière le | | tronc de bas en haut. Il est ainsi revenu à la première position

Indigène produisant le feu par frottement.

(Plage d’'Uturoa.)

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et recommence jusqu’au sommet. La descente s'opère de manière inverse. |

Pour escalader un arbre de grosseur moyenne, nous le saisirions à bras le corps et l’entourerions de nos jambes. Le Tahitien n agit pas de même. Il saisit le tronc par derrière et se met à grimper en s’accrochant au moyen de ses orteils aux moindres aspérités de l'écorce. II monte donc tout à fait comme un singe. J’ai pu observer très souvent ce fait. Et ce qu’il y a de plus curieux, c’est qu'il saisit le tronc avec les cinq doigts réunis, sans chercher à s’accrocher aux branchettes par opposition du pouce. Il y a là, je crois, un fait qui n’a pas encore été observé précédemment et qui

mérite d’être noté.

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