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LA LANGUE TAHITIENNE

Les langues maléo-polynésiennes.

Les linguistes sont d’accord pour considérer les langues malaises, mélanésiennes et polynésiennes comme trois rameaux issus d’un même tronc.

De ce tronc se sont détachées d’abord les langues polynésiennes par suppression de sons, tandis que les langues mélanésiennes formaient par mélange avec des éléments papous un système grammatical plus ingénieux qui atteint son plus haut degré de développement dans les langues malaises.

Ces trois langues que l’on range dans la classe des langues agglutinantes forment donc une échelle dont les dialectes polynésiens, langues à particules, occupent le degré inférieur, pendant que les langues malaises à système de préfixes et de suffixes tiennent le sommet, les langues mélanésiennes formant l’échelon intermédiaire 1.

Dans ces langues, le même mot peut être indifféremment employé comme nom, comme verbe, comme préposition, comme adverbe, comme adjectif. On reconnaît cependant la fonction d’un mot à la

1 D" Friedrich Müller. Die Sprachen der Schlichthaarigen Rassen. Wien, 1882. II. Band. page 2.

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place qu’il occupe dans la phrase ou bien aux particules qui l’accompagnent et qui indiquent le lieu, la direction, le temps. Pour former les mots au moyen des racines primitives, ces langues emploient la répétition, la réduplication, l’addition des préfixes, des suffixes el

quelquefois des infixes.

Le tahitien et les langues polynésiennes.

Les lettres.

1. Voyelles. — À, e, i, o, se prononcent comme en français ; u se prononce ou. E se prononce comme un e ouvert dans la plupart des cas; quelquefois cependant comme 6 fermé. Quelquefois a se prononce très court : parau, presque p rau.

2. Consonnes. — Les dialectes polynésiens possèdent les suivantes : h, k, bg, 6,87, LD, ENS EE.

Les Tahitiens ne retiennent que h, aspiré plus ou moins fortement, *, un coup de glotte qui remplace la consonne Kk supprimée. t, r, n, p, f, v, m, soit treize lettres et un coup de glotte.

À remarquer que, dans le tahitien, f et h sont fréquemment pris l’un pour l’autre. On dit aussi bien ohe que ofe (bambou), ufi que uhi (igname). Mais cet f se prononce sans appuyer les dents sur la lèvre inférieure, avec une légère aspiration. Get f prononcé paresseusement et remplacé même parfois complètement par un h fait penser au h espagnol remplaçant l’f latin: Aijo de filius. Placé entre deux voyelles (pahi, bateau, ahu, habit, hu, nez) h a un son mouillé qui se mélange à l’aspiration. Nous avons remarqué cela surtout à Tahiti. Ret n permutent quelquefois : ramu, namu (le moustique). La prononciation du r vibrée à la tahitienne le fait prendre, au premier abord, pour un 1. On croit mème parfois entendre un d faible. Et, de fait, le r tahitien vient souvent d’un 1 malais (rima de Lima, main, repo de lepo. boue, rea de lea, jaune d’œuf). Du reste I se

trouve à la place de r dans les dialectes des Samoa, Tonga et Hawaii.

Dans le dialecte des Marquises, r tombe complètement: foru, trois, devient {ou ; varu, huit, devient vau.

À remarquer l'impossibilité où sont les Tahitiens de distinguer le p du b, le t du d. Vous pouvez leur faire épeler b et d, mais en prononçant le mot, ils les tournent immédiatement en p et t, ce que nous avons eu cent fois l’occasion d’observer. (Pora-Pora pour Bora- Bora.)

Il y a une grande tendance aux Iles sous le Ventà prononcer, dans certains mots, t comme un K. On dit: ke {aata, l'homme, mea fakata. bientôt. Cette tendance est d'autant plus curieuse que le Kk des autres dialectes a été supprimé dans le tahitien et remplacé par un coup

de glotte :

Rarotonga : ariki (roi); tahitien: ari'i.

Maori : moko (lézard) ; » mo'0.

» moka (saint) ; » mo'a.

) nuku (flotte); » nu'u.

Le ng du Maori, du dialecte des Samoa et de Rarotonga est rem-

placé aussi par le ‘en tahitien :

Maori : rangi (le ciel); tahitien : rai.

» ingoa (Je nom); » i'o4.

» mounga (montagne); » mou «a.

Rarontonga : {angata (homme) ; » La ata.

La syllabe.

La syllabe, qui peut indifféremment commencer par une voyelle ou par une consonne, doit toujours finir par une consonne. Deux consonnes ne peuvent jamais se suivre. Aussi, dans la prononciation des mots, des noms européens, les Tahitiens intercalent-ils toujours des voyelles entre les consonnes. Du nom : Vernier, ils ont fait Vérénié; de France: Farani; de président de la République : peretiteni no te Repubpilita. Is sont, de plus, obligés, pour prononcer les

mots français, de remplacer nos consonnes d, g, Kk, €, S, Z, par t. Cependant les enfants apprennent, en général, facilement le français L | et n’éprouvent pas de grandes difficultés à le prononcer, sauf les d et les b toujours confondus avec t et p, comme on l'a vu plus haut. | Par une curieuse inconséquence, les enfants prononcent parfois nos t comme des s qui n'existent pourtant pas dans leur langue. Ainsi,nous avons entendu maintes fois réciter le Pater: « Préservenous de la sensation », disaient en chœur les écoliers 1. Si l'accumulation de consonnes n’est pas admise dans la langue tahitienne, il y a, par contre, d'énormes entassements de voyelles; | elles ne doivent jamais se prononcer comme des diphtongues, mais | | chacune séparément, et quelquefois elles sont séparées par le | Exemples d’entassement de voyelles : Zaea, s'échapper ; eeao, passa-

| | | ger ; faaaa, provoquer ; faaaau, meurtre ; faaaeae, moribond ; faaoao04, | se réjouir ; 4aaoaoa, fou.

Par la chute de consonnes dans certains dialectes, il se forme une foule de mots qui se prononcent presque identiquement, quoique leur signification soit différente, de véritables homonymes, comme en tahitien :

u'a, la pluie 0e, tu | ua, la nuque oë, la cloche | | ua, croître 0e, l'épée | | ua, bannir 0e, erreur, faute | | ud4, un crabe terrestre 0e, famine, disette | | A ud, vociférer, braire hôe, pagaie | | ua, Signe du passé hoe, un.

uaa, S'ouvrir At Accent. — Dans toutes les langues maléo-polynésiennes l’accent

! Empruntant aux Anglais les noms des mois, ils en ont fait: Januari, de l’anglais January, Fepuare February, Mati March, Eperera April, Me May, Junu June, Tiurai July, Atete August, Tetema September, Atopa October, Noema November, Titema EE | | December.

De l'anglais half ils ont fait afa, de book puta, hammer hamera, ink inita, pan pan, prophet perofeta, sabbath tapati, time taime, coffee taofe, docteur taote, captain tapiland, governor tavana, sugar tihota, teakettle titeta, quarter tuata, Friday Faraire.

om mm

repose généralement sur l’avant-dernière syllabe. Sur six mots, cinq s’accentuent de cette manière et un seul d'une autre. Ces exceptions comportent des mots accentués sur l’antépénultième ou sur la dernière syllabef,

Racines. — Toutes les racines polynésiennes sont bisyllabiques. Celles qui sont monosyllabiques proviennent de mots à deux syllabes raccourcis. Les mots de plus de deux syllabes sont des composés par dérivation ou par juxtaposition. De ces racines bisyllabiques, les autres mots sont formés de trois manières différentes

1° par répétition ou réduplication ; 2° par juxtaposition; 3° par addition de préfixes ou de suffixes ?,

Répétition et réduplication. — à) Pour indiquer qu’une action s’est répétée fréquemment, on redouble le verbe entier, exemples: io, voir ; Aiohio, regarder avec persistance ; reva, partir ; revareva, parlir fréquemment ; abu, mordre ; abuabu, mordre d’une manière répétée ; ara, Veiller ; arara, lancer des éclairs avec les yeux; piri, coller ; piripiri, coller avec persistance (nom donné à des herbes dont les graines se collent aux vêtements); fefe, courbe; fefefefe, en zigzag; fene, brisé ; fenefene, brisé à plusieurs places; honi, mordre; honihoni, mordre par petites bouchées ; rupe, beau ; ruperupe, luxuriant ; motu, cassé ; Mmotumotu, déchiré en plusieurs morceaux ; pea, perplexe ; peapea, troubles, malheurs; {00, pousser; {00{00, progresser avec une vaffe. b) Pour indiquer soit la répétition, soit une intensité plus grande de l’action, on se contente de redoubler soit la première, soit la dernière syllabe: amui, aiouter ; amuimui, le faire avec répétition ; haere, aller; hahaere, Se promener ; aroha, avoir pitié, ou respect; aroharoha, avoir une grande compassion; parau, parler ; paraparau, babiller; faa île, faire savoir; faa ileile, ébruiter partout ; feruri, raisonner; feruriruri, approfondir une pensée; Aoroi, laver ; horohoroïi, laver, avec répétition de l’action ; Loe, ramer ; hohoe, ramer, avec répétition de l’action. €) Quelquefois la réduplication sert à indiquer que l’action est faite par deux personnes : moe, dor-

! Friedrich Müller, p. 11. ? Friedrich Müller, p. 12.

mir; momoe, dormir avec quelqu'un; Loro, courir; Aohoro, courir avec quelqu'un; Loo, acheter ou vendre ; hoho0, la même action faite par deux personnes; pohe, mourir; popohe, mourir deux ensemble ; hoe a popohe raa, une mort double. d) C’est également de cette manière que se forme le superlatif des adjectifs, comme aussi leur pluriel lorsqu'ils accompagnent un substantif: rahi, grand; rarahi, très orand ou grands; ri, petit; riirii, très petit; mailai, bon; mailatai, bons ; no, mauvais, {ino, mauvais (pluriel) e) Ainsi encore se forment des noms collectifs ou des pluriels: Auru, poil; Auruhuru, cheveux; ahi, le feu; ahiahi, le soir (moment où l’on allume les feux); ano, semence ; anoano, semences.

juxtaposition. — Ce moyen de former des mots est peu employé: lama, enfant ; ri (de arii), chef; {famarti, garçon ; {ama et vahine ont produit {amahine, fille ; urii, chien, et {aata, homme, ont donné wriitaata, singe; puaa, animal et ntho, dent, ont donné puaa-niho, chèvre ; etc.

Préfixes et suffixes. — a). La forme passive des verbes se compose de l’actif avec le suffixe hia: parau, parler; parauhia, parlé; horoa, donner ; horoahia, donné.

b) Les préfixes faa, haa et ta servent à former des verbes causatifs : ile, savoir ; faa île, faire savoir; mate, mourir; haamate, causer la mort; Ainu, huile ; {ahinu, sacrer, oindre.

c) Le mot mea, chose, sert à former une foule de composés : ënu, boire ; mea inu, boisson (littéralement chose à boire); api, neuf; mea api, nouvelle, nouveauté; riaria, horrible ; mea riaria, horreur, etc.

Parties du discours.

Le nom. — Dans ces langues, le genre n'existe pas au sens grammatical du mot. Le sexe s’indique, comme nous l'avons vu plus haut, par l’addition des mots {ane it.), vahine (v.), oni (mâle), ufa (femelle).

Le nombre — Æ (un) et {e (le) placés devant le nom indiquent le

ee ee Te ne om A EE — e - en = 7 : —— # . : L2

singulier, On dit aussi te hoe, Le tahi pour un, {e hoe raau, un arbre.

Les noms de matière sont précédés de ma où maa, du. de la, comme »maa pape, de l’eau, maa matai, du vent. Ce maa répond à l'anglais some, qui se traduit aussi plus exactement par {e hoe maa homai £e hoe ma miti, donne-moi un peu de sel.

Il y a plusieurs mots pour indiquer des pluriels limités ou illimités: na, mau, tau, pue et hui; na dénote une pluralité limitée à deux, trois ou un petit nombre, n4 metua, parents (les deux, le père et la mère); {au a un emploi assez semblable ; mau est le pluriel ïllimité: ée mau fetii, les parents (de toutes catégories). Pue et hui sc préfixent à certains noms collectifs: pue arii (la famille royale); Aui raatira (les chefs). Le mot ma signifie la même chose que notre «et compagnie »: Pomnare ma, Pomare, sa famille, et ceux qui l’entourent. Les lettres qui nous sont adressées débutent par: E Huteni ma e: à Huguenin et sa famille.

Les cas se marquent en tahitien par des particules qui se placent devant les noms. Nominatif. Les noms au nominatif sont précédés de o qui signifie à peu près c’est. O Tahili, O Raialea. E mea ruperupe 0 Raiatea: Raiatea est belle. Génitif. Le génitif se marquait d’abord par la place des mots, le déterminant se plaçant avant le déterminé: te hihi mata, les cils (litt. les rayons de l'œil); te fare manu, le nid (litt. la maison de l’oiseau). Il se marque surtout par la particule no; te fare no te arii, la maison du roi. 4, na, Lo, ta, désignent aussi la possession. Te parau a le Atua, la parole de Dieu. Datif. Le datif est indiqué par ji. Accusatif. Aussi indiqué par 1 (ia devant des noms propres ou des pronoms). Adlatif. Le signe de l’ablatif est a.

Enfin le vocatif s’indique par e précédant et suivant le nom :e fe Atua e : à Dieu!

Adjectif. — L'adjectif se place généralement après le nom qu'il qualifie ; il est invariable, sauf dans quelques cas où il forme son pluriel par réduplication, comme : e {aata maili, un homme bon, e faala où mautaata maîiltatai, des hommes bons; e taata ino, un homme mauvais ; e taata iino, des hommes mauvais. Les degrés de comparaison

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