‹ Rameau (volume 2)Chapitre 1 sur 114 · FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR

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Jean-Philippe Rameau n'était pas porté aux confidences : à côté de ses œuvres, éclatantes de franchise et d'audace, il sut toujours garder le secret de sa vie, obscure, solitaire, impénétrable. Aussi, lorsqu'il mourut, ses panégyristes se trouvèrent-ils fort embarrassés : tout ce qu'on savait de lui se réduisait à peu près aux dates des premières représentations de ses opéras, ballets, divertissements et pastorales. Mais Rameau avait cinquante ans lorsqu'il commença d'écrire pour le théâtre. Gomment avaitil vécu jusque-là ? Lui seul eût pu le dire, et il s'en était bien gardé. « L'ignorance absolue où l'on est de tous les événements de sa vie pendant près de cinquante ans n, dit Chabanon '. l'ami de ses dernières années, « fait voir

I. Eloge de .V. /ttimcaii. Paris, Laniliorl, 170;, p. ')■>. Laloy. I

qu'il s'ouvrait peu, qu'il parlait peu de lui-même, soit avec ses amis, soit au sein de sa famille. » Chabanon, qui fut un des premiers à entreprendre l'éloge funèbre du grand homme, s'abstint donc sagement de toucher à sa biographie : il se contenta d'étudier ses œuvres, non sans profondeur du reste, et de divulguer quelques traits dont il avait été lui-même le témoin. C'est bien ainsi que Rameau voulait être jugé. Le médecin Maret, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, chargé par son corps d'écrire l'éloge du glorieux confrère, n'imita point cependant la réserve deChabanon.il voulut soulever le voile que Rameau avait jeté sur sa vie, et pour en venir à bout il s'était adressé à toutes les personnes en état de lui donner des éclaircissements : « à MM. de Féligonde, secrétaire perpétuel de l'Académie de Clermont en Auvergne, l'un de nos académiciens honoraires '; Vcnevault, peintre de l'Académie royale de peinture et de sculpture àParis, l'un de nos associés, Balbfttre, organiste de Notre-Dame de Paris », et aussi à Piron, dont il reçut une réponse ironique, bien faite pour le déconcerter '\ Malgré les renseio-nements ainsi

I. Comme on lo verra plus loin, Rameau avail par ileux fois passé en ccUe ville.

•1. Ausî^i no l'a-t-il pas publiée : elle ne retrouva dans ses

LA Vil' i5

recueillis, il n'arriva pas à reconstituer de façon certaine et suivie l'existence du musicien ; et son récit, fort incomplet *, a été le canevas sur lequel Fétis a brodé ses amplifications oratoires.

De récents travaux ont permis d'élucider plusieurs obscurités : ce sont le petit ouvrage trop oublié de M. Arthur Pougin -, les articles de de MM. Michel Brenet %Henri Quittard% Ch. Malherbe " et Lionel de la Laurencie '^ ; ce dernier surtout éclaire de documents inespérés la vie privée et en particulier la vie praticjue du musicien.

Grâce aux patients efforts de Férudition française, nous connaissons aujourd'hui Rameau bien mieux que ses contemporains eux-mêmes ; l'indifférence des archives nous a admis dans cette familiarité qu'il n'accordait à personne ; nous savons le compte de sa fortune, le taux de ses placements, l'état de sa garde-robe, la situation de sa famille : nous avons, puisque tel est

papiers, après sa mort. Voir Michel Bre.net, dans la Ri^-ista musicale italiana, 1902, II, p. 658 et suiv.

1. Eloge historique de M. Rameau. Dijon. Causse; Paris, Delalain, 1766.

2. Rameau. Essai sur sa vie et ses œuvres. Paris, Docaux. 187G.

i. Guide musical, 1898, et Riiùsla musicale italiana, iç^02-'j.

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