‹ Rameau (volume 2)Chapitre 16 sur 114 · CoLLiî, Journal, mai · texte numérisé non relu

CoLLiî, Journal, mai

•1. Marmontol (1723-1799) l'Iail fort assidu rlic/ la Poiiplinièrc et s'<''lait fli'jà fait counaîtrc pai" les tragédies de Denys le Tyran {i~.\ii), Arisloniè/it' (17-19), CU'opiltre (i7j()).

croit voir ce vieillard affaibli sourire doucement à la vie. D'ailleurs il n'a rien perdu de sa hardiesse, ni de son sentiment de la musique : il met dans Acanthe et Céphise des cors en fa et des clarinettes, dont il tire les effets les plus heureux : c'étaient alors des instruments rares ; on ne les rencontrait qu'à l'orchestre de la Pouplinière, qui sans doute prêta ses musiciens pour la circonstance \

En lySa, il fait paraître encore de Nouvelles réflexions sur la démonstration du principe de Vharmonie servant de hase h tout Vart musical, et cette même année d'Alembert résume son système en ce petit livre rigoureux : Éléments de musique théoricjue et pratique'suivant les principes de M. Rameau. C'est là un illustre hommage et un secours dont il sentait le prix : aussi publie-t-il sa reconnaissance en cette lettre, insérée par le Mercure de mai 1702, et où l'on voit à quel point il était dévoué à ses idées :

Permettez-moi, INlonsieur, d insérer dans votre journal mes remerciements à M. d'Alembert, pour la marque d'estime qu'il vient de me donner en publiant ses Eléments

I. II avait fait venir d'Allemagne, vers cette époque, deux cornistes nommés Syryneck et Steinmetz, et deux clarinettistes, Gaspard Proksch bt Flieger. Voir Michel Brenet, les Concerts en France, p. 233.

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de musique théoinque et pratique, d'après mes principes. Quelque publicité que je donne aux témoignages de ma vive reconnaissance, ils seront toujours moins éclatants que l'honneur que je reçois.

Les progrès de mon art ont été pour moi le premier objet de mes veilles. La récompense la plus flatteuse que je me sois proposée, c'est le suffrage et l'estime des savants.

Il s'est trouvé heureusement pour moi, dans les Académies les plus célèbres, de ces hommes éclairés et justes que leurs lumières mettent au-dessus de la prévention, et leur mérite au-dessus de l'envie. J'ai eu le bonheur d'obtenir leurs suffrages, et leurs suffrages ont entraîné ceux de la multitude.

Parmi ces savants, que je me fais gloire d'appeler mes juges et mes maîtres, il en est un que la simplicité de ses mœurs, l'élévation de ses sentiments, et l'étendue de ses connaissances, me rendent singulièrement respectable. C'est de lui, Monsieur, que je reçois le témoignage le plus glorieux auquel l'ambition d'un auteur puisse jamais aspirer. Quelques écrivains ont essayé de se faire connaître tantôt en défigurant mes principes, tantôt en m'en disputant la découverte, tantôt en imaginant des difficultés dont ils croyaient les obscurcir. Ils n'ont rien fait ni pour leur réputation, ni contre la mienne ; ils n'ont rien ajouté ni retranché à mes découvertes, et l'art n'a retiré aucun fruit du mal qu'ils ont voulu me faire. Que c'est peu connaître l'intérêt de sa propre gloire que de prétendre l'établir sur les ruines de celle daulrui ! L'homme illustre à qui s'adresse ma reconnaissance a cherché dans mes ouvrages non des défauts à reprendre, mais des vérités à analyser, à simplifier, à rendre plus familières, plus lumineuses, et par conséquent plus utiles au grand nombre, par cet esprit do netteté, d'oi-dre et de précision qui caractérise ses ouvrages. Il n'a pas dédaigné

de se mettre à la portée même des enfants par la force de ce génie qui plie, maîtrise et modifie à son gré toutes les matières qu'il traite. Enfin il m'a donné à moi-même la consolation de voir ajouter à la solidité de mes principes une simplicité dont je les sentais susceptibles, mais que je ne leur aurais donnée qu'avec beaucoup de peine, et peut-être moins heureusement que lui.

C'est ainsi. Monsieur, que les Sciences et les Arts, se prêtant des lumières mutuelles, hâteraient réciproquement leurs progrès, si tous les auteurs, préférant l'intérêt de la vérité à celui de l'amour-propre, les uns avaient la modestie d'accepter des secours, les autres la générosité d'en offrir. J'ai l'honneur d'être,

Cette approbation d'un géomètre donnait à Rameau, on le voit, la plus grande joie peutêtre de toute sa vie ; presque la dernière aussi. C'est au mois d'août 1752 que se faisaient entendre à Paris cette troupe de chanteurs italiens qu'on surnomma les Bouffons 1, et leur succès faillit bien être fatal à l'opéra de Rameau. Au premier rang de leurs partisans, on remarque trois « philosophes » : Grimm -, Rousseau^ et

1. Ils étaient conduits par un certain Bambini et donnaient leurs représentations sur le théâtre de l'Opéra. Ils débutèrent par la Seixa Padrona de Pergolcse, le 2 août 1752, et poursuivirent par différents opéras-comiques du même auteur et de Ciampi, Léo, Latilla, Jomelli, Rinaldo di Capua, jusqu'au mois de mai 1734) où ils turent remerciés.

2. Lettre sur Omphale, ir^i. — Le petit prophète de Bœmischbroda, 1753.

3. Lettre à M. Grimm (anonyme), 1752. — Lettre sur la viusique française, 1753.

Diderot'. A cette « querelle » célèbre, qui passionna l'opinion au point que les affaires de l'Etat n'intéressaient plus personne", Rameau ne prit d'abord point de part. Mais les attaques dont il est l'objet ne laissent pas de lui être sensibles : il semble découragé, ne donne plus que de petits ouvrages, ceux sans doute qu'il ne peut refusera la Cour: Daphnis et Eglé^ pastorale héroïque de Collé % le 3o octobre 1753 ; les Sybarites, entrée de ballet, et Lysis et Délie, pasto-

I. Trois écrits anonymes: Arrêt rendu à laniphithcùlrc de l Opéra, l'jS'S ; — Au petit prophète de Bœhniischbroda, 1753 ; — Les trois chapitres ou la i'ision de la nuit du mardigrâs au mercredi des Cendres, i^SS.

•j. Grimm. Correspondance littéraire, jnillot 1763 ; « Les brouilleries du parlement de Paris avec la cour, son exil, et la grande chambre transférée à Pontoise, tous ces événements n'ont été un sujet d'entretien pour Paris que pendant vingt-quatre heures, et quoi que ce corps respectable eût fait depuis un an pour iîxer les yeux du public, il n'a jamais pu obtenir la trentième partie de l'attention qu on a donnée à la révolution arrivée dans la musique. Les acteurs italiens qui jouent depuis dix mois sur le théâtre de l'Opéra de Paris, et qu'on nomme ici Bouffons, ont tellement absorbé l'attention de Paris, que le parlement, malgré toutes ses démarches (>t procédures qui devaient lui donner de la célébrité, ne pouvait pas manquer de tomber dans un oubli entier. Un homme d'esprit a dit que l'arrivée de Manelli nous avait évité une guerre civile, parce que sans cet événement les esprits oisifs et tranquilles se seraient sans doute occupés des <lifli'rentls du parlement et du clergé, et que le fanatisme, qui échaufle si aisément les tètes, aurait pu avt)ir des suites funestes. Manelli est le nom de l'acteur italien qui joue dans les intermèdes. »

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