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•236 JEAN-PHILIPPE RAMIZAU
sera capable plus tard un finale de Haydn ou de Mozart.
Des idées dont la signification est toute morale, un développement continu, des tonalités rivales, enfin réconciliées, c'est, en germe, toute la symphonie allemande de la fin du siècle. S'étonner de voir ainsi s'annoncer, sous prétexte de description, des formes que nous avons coutume d'attribuer à la « musique pure », ce serait oublier que cette musique pure n'est qu'une entité métaphysique, qu'il n'y a pas d'œuvre sans sujet, et que réciproquement une œuvre qui lire tout son intérêt du sujet n'appartient pas à l'art. La musique à programme n'est valable que si elle peut se passer de programme, comme c'est le cas justement pour l'ouverture de Zovoastre\ une sonate ou une symphonie n'est vivante que si son auteur s'est proposé un autre objet que d'assembler des notes : des sentiments, éprouvés ou fictifs, des impressions, une vision, une sonorité même, entendue dans la nature, et qu'il veut représenter. La musique est, à l'égal de la poésie ou de la peinture, un art d'imitation; mais nous n'avons pas besoin de connaître le modèle ; la beauté de l'elïigie, son accent et son mouvement, nous on font deviner la véracité. Entre le poème symphonique le phis détaillé, et la symphonie la plus abstraite, il n'y a (ju'uno
différence de degré^ non de nature. La symphonie que l'on nomme « classique », en particulier, est de nature dramatique ; c'est une intrigue de mélodies, un conflit de tonalités, avec des péripéties, un dénouement, et des divertissements qui sont des danses sans danseurs pour cette pièce sans acteurs. Il est donc naturel que Rameau, du jour où il n'a plus devant les yeux rien de matériel, trouve les lois fondamentales de ce genre *.
Il ne lui a pas été donné d'aller au delà. C'est le dernier sommet; plus loin, la nuit froide commence avec ces œuvres pâlissantes : les Paladins, Abaris ou les Boréades. Mais avant d'y descendre il a vu les premières lueurs d'une grande aurore. A-t-il deviné ce qu'elles présageaient? Peut-être, car il méditait beaucoup; mais il savait aussi qu'il n'était plus en son pouvoir d'exécuter ce qu'il concevait. « De jour en jour j'acquiers du goût, mais je n'ai plus de génie ». Ce fut le malheur de toute sa vie, d'arriver tard. Il donne la parfaite expression du goût classique français à l'instant même où l'on s'en détache, et il découvre de nouvelles formes de musique quand ses forces sont usées. 11 a trop pensé,
1. Sur li's ossais qui ou furont lenli'S ou Frauco uu pou plus tard, voir Michkl Bkk.m-t, Histoire de la sympluntie (H'ec oicheslrc.
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trop tenu à se rendre un compte exact de tout; il a manqué d'imprudence. Aussi les lorces du passé ont pesé sur lui : il regarde en arrière. Il termine, et par là même il arrête et il finit; rien ne peut venir après lui dans la voie parcourue jusqu'au bout. De là peut-être cette mélancolie, si austère d'abord, puis de plus en plus grave, enfin adoucie en résignation clémente, dont le murmure s'entend, pour qui prête l'oreille, à travers toute son œuvre, plus vague qu'un bruissement de feuillages, et c'est la vibration même de son âme. C'est la seule confidence qu'il ait laissé échapper; à peine ose -t- on l'écouter. Mais le charme poignant de sa musique vient de ce qu'il y a ainsi mêlé, sans le vouloir, de lui-même. Car il chante toutes les joies de la vie, ses grâces, ses tendresses, ses jeux et ses caprices, et dans le fond du cœur il se sent marqué pour la mort. Et c'est pourquoi cette musique de certitude et de clarté a cette résonance profonde qui la rend plus belle encore, adoucit la finesse aiguë du sourire, permet de soutenir l'éclat du regard.
Or, la force de son esprit est telle, que le seul progrès de sa pensée méthodique finit par le conduire loin des chemins battus, en plein avenir. Alors les nuages de tristesse s'élèvent, un souille de bonté passe ; mais dcjly il semble se
L'ŒUVRJ' ''.ilg
survivre à lui-môme. Il peut mourir : le premier en France, il a vu un ciel nouveau. Et c'est pourquoi, sentant son génie qui se paralyse, il est sans amertume : on imagine la fin de sa vie comme une désolation illuminée d'espoir.
A. — PRiyCIPALES SOURCES CONTEMPORAINES
Article nécrologiques «lans :
La Gazette de France (17 septembre 1764) ;
Les Annonces, Affiches et A\-is divers (26 septembre
Le Journal encycloDcdique (septembre 1764) ;
\j' Avant- Coureur (1^' octobre 1764);
Le Mercure de France (octobre 1764) ;
Le Nécrologe des hommes célèbres de France (1765, article attribué à Palissot dans la Table de 1767).
Chaba>on, Eloge de M. Hameau. — Paris, Lambert, 1764. In-S".
Maret, Eloge historique de M. Hameau, compositeur de la musique du cabinet du Roi, associé de l'Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, lu à la séance publique de cette Académie, le lo août 1763. — Dijon, Causse et Paris, Delalain, 1766. ïn-8'^ 78 pp.
Dagoty, Vie de Hameau dans la Galerie française ou portrait des hommes et des femmes célèbres qui ont paru en France, 1771.
Decroix, L'ami des arts ou la justification de plusieurs grands hommes. — Amsterdam, 1776. In-8°, 233 pp.
L'Abbé de F... (de Fontenay), notice dans \c Dictionnaire des artistes. — Paris 1776, t. II, p. 411 et suiv.
Decroix, Notice danslA Biographie Michaud. — Paris 181 1 t. LU.
Laloy. |()
B. — PRIXCIPAUX TRAVAUX .MODERyES
Fétis. article de la Biographie iini^i'erselle des musiciens.
Arthur Pougin, Rameau, essai sur sa \'ie et ses œus-res. — Paris, Decaux. 1876. In-32^, 142 pp.
Michel Brenet, Noies et croquis sur Jean-Philippe Rameau. — Guide musical, 23, 3o mars et 6 avril 1898.
Michel Brexet, La jeunesse de Rameau. — Ri\'ista musicale italiana, 1902, II, p. 658 et 860 ; 1903, t. I, p. 62 et i85.
Henri Quittard, Les années de jeunesse de Jean-Philippe Rameau. — Revue musicale, février-juin 1902.
Lionel de la Laurencie, Quelques documents sur Jean- Philippe Rameau et sa famille. — Mercure musical, 1 5 juin 1907, p. 541. — Tirage à part, in-8", 78 pp.