‹ RameauChapitre 15 sur 89 · I. Michel Brenet. iRtvisfa musicale, iQoS, 1, p. 2o · texte numérisé non relu

I. Michel Brenet. iRtvisfa musicale, iQoS, 1, p. 2o

malgré Diane qui leur commandait un autre devoir et se montre vraiment bien indulgente. Ils sont d'ailleurs, comme le veut la règle de l'Opéra, les héros véritables, et ce n'est pas seulement, comme le soutient l'abbé, « le respect pour le plus digne rival du grand Corneille » qui rendait la pièce indigne du titre de Phèdre. Quant au style, on peut le dire plus personnel que celui de Jephté^ car il est d'une platitude supérieure. Voici les fureurs de Phèdre :

Quoi ! la terre et le ciel contre moi sont armés !

Ma rivale me brave ? Elle suit Hippolyte ?

Ah ! plus je vois leurs cœurs l'un pour l'autre enflammés.

Plus mon jaloux transport s'irrite.

Que rien n'échappe à ma fureur !

Immolons à la fois l'amant et la rivale I

Haine, dépit, rage infernale,

Je vous abandonne mon cœur.

La malédiction de Thésée ne leur cède en rien :

Hippolyte m'a fait le plus sanglant outrage.

Remplis le serment qui t'engage, Préviens par son trépas mon désespoir affreux. Ah ! si tu refusais de venger mon injure, Je serais parricide et tu serais parjure.

Nous serions coupables tous deux.

II n'y avait guère en tout cela de quoi exciter la verve d^un musicien. Mais Rameau n'y regardait pas de si près ; et il faut dire que le déplo-

rable poème de l'abbé Pellegrin était assez bien pourvu d'épisodes et de divertissements; il montrait aux yeux tout ce que la tragédie classique se bornait à conter : la descente de Thésée aux Enfers, par exemple, et la mort d'Hippolyte, en y ajoutant des fêtes, des entrées de bergers, des chœurs de prêtresses, et aussi de chasseurs, en l'honneur de Diane. En un mot, le spectacle y était riche et varié, et l'on peut affirmer que l'abbé Pellegrin, à défaut de talent, avait du moins le sentiment très net de ce qu'il fallait à un opéra où l'action servait surtout de prétexte aux décors, aux machines^ aux danses, et aux symphonies dont le musicien saurait les soutenir. Rameau ne l'entendait pas autrement ; de ce côté, Hippolyte et Aride lui offrait une vaste carrière, où il s'élança avec ardeur.

L'ouvrage fut achevé en peu de temps, et joué d'abord chez M. de la Pouplinière : il fut apprécié, à ce qu'il semble, à sa valeur ; du moins on rapporte que l'abbé Pellegrin en fut transporté au point de déchirer le billet qu'il avait forcé Rameau à lui signer, en l'assurant que «cette musique pouvait se passer de caution » ^

Peu s'en fallut que le public ne le fît repentir de ce geste : lorsque le nouvel opéra fut repré-

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