‹ RameauChapitre 20 sur 89 · Voir L. DE LA Laurencie, p. 548 et suivantes · texte numérisé non relu

Voir L. DE LA Laurencie, p. 548 et suivantes

3. Antoine Gauthier de Montdorge, né à Lyon vers la fin du xvii^ siècle, et maître de la chambre aux deniers, était un poète amateur, qui plus d'une fois « donna des encouragements aux arts par l'usage qu'il fit de sa fortune » [Biographie Mchaud) . 1\ vaonrni fort âgé, en 1768. C'était un ami de la Pouplinière. Il ne signa pas d abord son poème, et le bruit

commencées le 21 mai, eurent grand succès encore. Les entrées, qui ont pour titre la Poésie ou Sapho, la Musique ou Tirtée et la Danse ou Eglé^ n'avaient cependant pas de quoi échauffer l'imagination du musicien : une froide mythogie y régnait d'un bout à l'autre, et le spectacle était peu varié. C'est pourquoi la musique, animée et légère, garde une certaine sécheresse, et « l'Oracle figuré en pas de cinq », ou la descente de « Nuages chargés de trompettes, de timbales, de hautbois et de bassons », ne suffisent pas à lui donner de l'éclat; les meilleurs endroits sont la musette et les tambourins de la dernière entrée, que Rameau a simplement tirés de son deuxième recueil de clavecin. Mais l'opéra, qui parut sur la fin de la même année, lui donnait une plus ample matière.

C'est Le Clerc de la Bruère ^ qui avait composé le poème de Dardanus^ un poème assez malvenu, mais que le musicien ne pouvait rêver meilleur : on y trouve à la fois les grands sentiments et les beaux spectacles dont il était également épris. Iphise, fille de Teucer, est proavait couru que le poète Bernard et M. de la Pouplinière y avaient travaillé avec lui (Dubuisson, lettre VI, juin lySg, citée par M. Malherbe dans la préface de son édition des Pestes d'Hébé).

I. Charles- Antoine le Clerc de la Bruère (171 6-1754) avait donné au Théâtre-Français les Mécontents, en 1784, et partagea le privilège du Mercure avec Fuzelier de 1744 à 1752.

mise à Anténor, mais aime Dardanus, qui est l'ennemi de son peuple. Et le héros, par un artifice digne de l'ancien opéra, prend les traits du magicien Isménor, que va consulter Iphise : il obtient ainsi l'aveu de son amour, et se dévoile. Mais la fière princesse ne peut soutenir la vue de celui qu'il lui est interdit d'aimer, et s'enfuit :

Vous triomphez en vain d'avoir connu ma flamme ; C'est un motif de plus pour la dompter.

Chimène disait :

Adieu ! ce mot lâché me fait rougir de honte.

Mais Corneille n'écrivait pas pour l'Opéra.

On voit ensuite Dardanus secourir son rival menacé par un monstre, mais obtenir en échange qu'il renonce à ses droits sur Iphise. Quant à expliquer comment et pourquoi Dardanus se trouve tout à coup bercé par les Songes heureux, il y faut renoncer ; mais la musique est ici d'un charme qui excuse toutes les maladresses du poète.

La première représentation était annoncée pour le 19 novembre, et attendue avec la plus vive impatience. Car notre musicien a maintenant des partisans dévoués autant que des adversaires résolus. Chacun de ses ouvrages est l'occasion d'un combat où les paroles vives, les

pamphlets et les caricatures se répondent avec fureur. Ceux qu'on nomme plaisamment les Ramoneurs n'ont pas Tavàntage du nombre, mais celui du zèle et de la discipline. Les autres ont pour eux l'instinct, si naturel au public, de maudire tout ce qui est nouveau, et le grand nom de Lully dont ils se couvrent avec toutes les marques d'un respect idolâtre. En effet, le Florentin a si solidement fondé sa gloire, qu'il passe aux yeux de beaucoup pour ne pouvoir être ni dépassé, ni même égalé. En 17^7, l'année de Castor et Pollux, on reprenait Cadmus et Hermione, en 1788 Atys, et Alceste en 1739. Cette même année 1739, d'Argenson se plaint en ses Mémoires^ de voir dégénérer tous les jours « notre musique

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