Préface au ballet des Stratagèmes de l'amour
en 1726, que si ce théâtre admet du comique, ce ne peut être qu'un comique noble, et tel que celui qui porte ie caractère de l'antiquité ». Il justifie ainsi son ballet des Stratagèmes de Vamoui\ et il faut convenir que la pédante froideur de ses inventions le met à l'abri de tout reproche.
L'Opéra s'en tint toujours là, se contentant de faire fléchir la règle pour les ouvrages qui avaient été donnés à la Cour : c'est ainsi que Platée y parut en 1749- Mais c'est là une exception que seul justifie un exemple auguste ; si Rameau n'avait jamais travaillé que pour une scène aussi grave, nous ne saurions pas de quel enjouement il était capable.
Il semble d'ailleurs que la faveur du Ro^ soit venue au moment qu'il fallait. Dans toutes les œuvres qu'il a écrites jusque-là, même lorsqu'il ne les destinait pas au théâtre, Rameau n'a jamais été gai. Ses Cantates sont exactement dans le ton de l'Opéra ; ses pièces de clavecin ne nous offrent rien qui ressemble à la fine ironie d'un Gouperin : la Boiteuse ne donne qu'une occasion de casser le rythme, les Niais de Sologne n'ont de réjouissant que leur nom, et la preuve, c'est qu'ils ont pu être transportés sans dommage dans l'opéra de Dardanus. C'est dans les pièces en concert de 1741 que la malice apparaît, avec ces spirituelles esquisses qui se nomment
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Y Agaçante ou V Indiscrète. C'est donc vers cette époque seulement que Rameau se prend à plaisanter parfois. Il lui a fallu tout ce temps pour apprendre à rire. Et ce n'est pas là son seul progrès : on sent une détente, un apaisement de sa vie. Les lignes deviennent plus souples, les formes s'élargissent, tout semble plus aisé, plus reposé, de meilleure grâce : c'est un épanouissement. Il est de certaines natures, très fortes et drues, à qui la vie presque entière n'est pas de trop pour calmer leur vivacité. Corneille était de ce nombre : ses vers les plus faciles, les plus harmonieux, les plus amoureux même, sont dans ses dernières tragédies. Wagner a mûri de la même manière, son Parsifal nous l'atteste . Rameau a gardé jusqu'aux approches de la vieillesse la verdeur du premier âge. Il a près de soixante ans lorsqu'il commence à donner ses fruits d'automne : la douceur, le calme, la plénitude.
Le malheur, c'est qu'il se fait tard. L'âge n'est pas venu sans infirmités. En lySo, Rameau écrit à propos d'un livre sur le chant qu'il voulait faire paraître^ : a J'en ai la méthode presque complète, que mon peu de santé me força d'abandonner il y a quelques années ; ce fut pour la