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Décembre

Rameau, à la fin de son opéra de Dardanus^ qui a été donné pour la dernière fois le dimanche 9 novembre. Cet événement, si honorable pour M. Rameau et pour le public, ne l'est pas moins pour les acteurs de l'Opéra, qui tous semblent s'être surpassés pour mettre le comble à la réussite de l'ouvrage et à la gloire de son immortel auteur. »

Peut-être bien que Rameau eût souhaité d'entrer à l'Académie des Sciences ^ A défaut, l'Académie de Dijon le reçoit au nombre d>e ses membres, le 22 mai 1761, et les magistrats de la ville l'exemptent à perpétuité, lui et^sa famille, de l'impôt de la taille. Enfin, en mai 1764, le Roi lui octroyait des lettres de noblesse que d'Hozier enregistre en septembre :

Un écu d'azur à une colombe d'argent, tenant dans son bec un rameau d'olivier d'or. Cet écu timbré d'un tîasque de profil orné de ses lambrequins d'or, d'azur et d'argent.

Rameau ne put porter ces armoiries : le 23 août, il était pris d'une fièvre violente, et s'éteignait dans la soirée du 12 septembre. Il venait encore de confier à l'Opéra un nouvel ouvrage, qui allait être mis en répétitions : Abaris ou les Boréades. Craignant un insuccès

I. Il suffit, pour s'en convaincre, de se rappeler comme il a recherché l'approbation de cette compagnie.

pareil à celui des Paladins, on renonça à représenter la pièce dès que l'auteur eut disparu \ Et il faut dire qu'on fit bien. En dépit de la gravité du sujet, la musique affecte une animation vide. On croirait qu'elle s'agite pour se réchauffer, et n'y parvient pas. Ce sont les dernières convulsions d'un génie qui se meurt.

On lui accorda, à Paris, trois services funèbres ; l'un le 27 septembre, aux Pères de l'Oratoire de la rue Saint-Honoré, l'autre le II octobre aux Carmes du Luxembourg, et le troisième le 16 décembre, à l'Oratoire. A aucun de ces services on n'exécuta la musique religieuse de Rameau, alors complètement oubliée : le 27 septembre on avait adapté le Kyrie eleison « à la musique expressive de l'un des plus beaux endroits des œuvres de M. Rameau », de telle manière qu'un grand nombre d'assistants ne pouvaient « retenir leurs pleurs^ ». A Marseille, le i5 novembre, on a composé toute une Messe « de différents morceaux de musique extraits

I. Une partition d'orchestre manuscrite, conservée à la Bibliothèque Nationale (Vm- 896), porte sur la feuille de garde cette note, que nous devons sans doute à Decroix : « Cette tragédie est le dernier ouvrage de musique de Rameau. L'Académie Royale de Musique en allait faire la répétition, lorsque l'auteur mourut en septembre 1764. La représentation n'eut pas lieu. Le poème et la musique n'ont pas été gravés ni imprimés. L'auteur du poème n'est pas connu. »

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