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Lettre au musicien Mongeot. Voir plus haui, p

!33 JEAN-PHIJ.IPPE RAMEAU

classes, dont chacune sera plus appropriée à certains effets. Le musicien saura donc de quel côté il est inutile de chercher; mais rien ne lui sera imposé pour cela : sur la route qu'il aura prise, des pays toujours nouveaux lui apparaîtront ; une variété inépuisable lui sera offerte, dont il ne se serait pas avisé, s'il eût erré à l'aventure.

« 11 est certain que Tharmonie peut émouvoir en nous différentes passions, à proportion des accords qu'on y emploie. Il y a des accords tristes, languissants, tendres, agréables, gais et surprenants ; il y a encore une certaine suite d'accords pour exprimer les mêmes passions ; et bien que cela soit fort au-dessus de ma portée, je vais en donner toute Texplication que l'expérience peut me fournir.

« Les accords consonants se rencontrent partout, mais ils doivent être employés le plus souvent que l'on peut dans les chants d'allégresse et de magnificence ; et comme on ne peut se dispenser d'y entremêler des accords dissonants, il faut faire en sorte que les dissonances y naissent naturellement ; qu'elles y soient préparées autant qu'il est possible, et que les parties qui se distinguent le plus, comme sont le dessus et la basse , soient toujours consonantes entre elles.

« La douceur et la tendresse s'expriment quelquefois assez bien par des dissonances mineures préparées.

« Les plaintes tendres demandent quelquefois des dissonances par emprunt et par supposition, plutôt mineures que majeures ; faisant régner les majeures qui peuvent s'y rencontrer dans les parties du milieu plutôt que dans les extrêmes.

« Les langueurs et les souffrances s'expriment parfaitement bien avec des dissonances par emprunt, et surtout avec le chromatique, dont nous parlerons au livre suivant.

« Le désespoir et tontes les passions qui portent à la fureur, ou qui ont quelque chose d'étonnant, demandent des dissonances de toute espèce, non préparées, et surtout que les majeures régnent dans le dessus. Il est beau même, dans de certaines expressions de cette nature, de passer d'un ton à un autre par une dissonancjB majeure non préparée, sans que l'oreille néanmoins puisse être blessée de la trop grande disproportion qui pourrait se trouver entre les 2 tons ; c'est pourquoi cela ne peut se faire qu'avec beaucoup de discernement, de même que tout le reste; car si l'on ne faisait qu'entasser dissonance sur dissonance, partout où elle peut avoir lieu, ce serait un défaut infiniment plus grand, que de n'y faire entendre que des consonances. La dis-

sonance ne doit donc être employée qu'avec beaucoup de discrétion, évitant même de la faire entendre dans les accords dont elle ne peut être séparée, en la retranchant adroitement, lorsque Ton sent que sa dureté ne convient point à l'expression ; et dispersant pour lors dans toutes les parties les consonances qui composent le reste de l'accord ; car on doit se souvenir que la septième, d'où proviennent toutes les dissonances, n'est qu'un .son ajouté à l'accord parfait, que ce son ne détruit pas le fondement de cet accord, et qu'il peut toujours en être retranché, quand on le juge à propos J »

Ce sont là, on le voit, les conseils de Texpé rience ; le goût reste toujours le juge en dernier ressort. Abandonné à lui-même, il ne trouverait la vérité que par hasard. En veut-on un exemple ? Voici un accord, étrange et délicieux.

que Destouches se permet une fois en son ballet des Eléments^.

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