‹ RameauChapitre 53 sur 89 · Lettre à Houdar de la Motte, p · texte numérisé non relu

Lettre à Houdar de la Motte, p

même doit « avoir étudié la nature avant que de la peindre^ », être au fait de ses mouvements, et savoir les retracer. C'est pourquoi Rameau met si longtemps avant d'oser se risquer à la scène ; « encore ne s'en croyait-il pas capable ^ ». Une œuvre est le fruit de longues réflexions, où l'esprit replié sur soi-même dispose ses tableaux, cherche ses lignes, fait l'essai de ses couleurs. Gomment s'y prend-il ? Le sentiment est-il son guide unique ? On le croirait d'abord, puisque le musicien ne reproduit pas la réalité de ce qu'il voit, et en donne seulement l'analogie. Mais il ne suit pas de là que cette analogie soit entièrement à sa discrétion ; pas plus que le poète n'est maître du sens des mots, pas plus le musicien ne peut changer à son gré la vertu des notes. La musique est une langue fixée; elle a donc une manière, et une seule, de rendre sensible chaque idée : elle comporte une vraisemblance.

Ne croyons pas d'ailleurs que la liberté de l'artiste en soit diminuée : sa pensée^ mieux dirigée, est capable d'aller plus loin, d'user moins d'efforts en pure perte. Les accords, par exemple, sont divisés en un certain nombre de

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