‹ RameauChapitre 7 sur 89 · Mercure Galant, septembre · texte numérisé non relu

Mercure Galant, septembre

Jésuites de Dijon avaient de bonnes raisons pour se déclarer, eux aussi, partisans de la musique italienne : elle était fort à la mode dans leur ville. Le fervent amateur dont nous avons déjà rencontré le nom, M. de Malteste, était curieux de toutes les nouveautés d'outre-monts, au point de faire venir « à ses dépens », pour ses concerts, les derniers opéras de Venise. Ce magistrat dilettante était mort au temps où Rameau faisait ses études; mais le goût italien dut trouver après lui d'autres représentants. Il est donc fort probable que, soit au Collège, soit dans les concerts privés auxquels il lui fut donné d'assister ou de prendre part, Jean-Philippe Rameau fut initié de bonne heure aux beautés d'un style qui à cette époque était sans contredit plus libre et plus riche que le style français.

Après sa sortie du collège, Rameau demeura encore quelque temps à Dijon , puis, lorsqu'il eut atteint ses dix-huit ans, il se mit en route pour ritalie : sans jouir encore du prestige universel qu'il devait gagner par la suite, ce pays étaitdéjà la terre promise des connaisseurs. Dès les dernières années du règne de Lully, le musicien Desmarets, qui avait l'esprit aventu-

reux, c( eut dessein d'aller en Italie pour connaître le goût de la musique italienne et pour se perfectionner encore plus dans son art^ ». Louis XIV, à qui il appartenait, n'y entendit pas malice et lui avait déjà accordé le congé nécessaire, lorsque LuUy vint 'le mettre en garde : le jeune Desmarets, à l'entendre, « avait un excellent goût pour la musique française, et le perdrait s'il allait en Italie ». Lully sentait le danger de la comparaison, et n'avait pas tort. 11 était mort à peine, que M, de Gallières, qui avait entendu les opéras italiens, faisait vivement ressortir la pauvreté du chant français ^ . L'érudit Sébastien de Brossard employait ses loisirs à copier /de sa main toutes les cantates et tous les airs italiens qu'il pouvait se procurer % et un prêtre bel esprit du diocèse de Rouen, l'abbé Raguenet, ayant suivi en Italie un prélat français, en rapporta la matière d'un petit livre

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