TiTON DU TiLLET, Le Pamassc fraîicais, i®*" suppléknent
2. Histoire poétique de la guerre récemment survenue entre les Anciens et les Modernes. Paris, Auboin, 1688. C'est un musicien italien qui fait son procès à Lully : il faut l'entendre pai'ler de « ces fades récitatifs en musique qui se ressemblent tous, où les passions ne sont pas exprimées, et où il y a si peu d'art que j'ai entendu fort souvent des chanteurs médiocres en faire sur-le-champ de si ressemblants à ceux de l'Opéra qu'on aurait cru facilement qu'ils les avaient appris sur la note de Lully ».
3. Les recueils qu'il a formés ainsi sont conservés à la Bibliothèque Nationale de Paris oîi ils occupent les premiers numéros de la série Vm',
LA VIE • i3
enthousiaste et niais, qui parut en 1702 et devint l'origine d'une « querelle » aussi vive que celle des anciens et des modernes \ Le voyage de Rameau fut donc un voyage d'études, et son père, que nous avons vu si soigneux de son éducation, dut l'y engager et y subvenir. Mais le jeune musicien, formé à une école sévère, ne trouva rien, dans la faconde italienne, qui lui parût digne d'intérêt ; et, comme il était fort peu patient, il s'arrêta à Milan et reprit le chemin de la France, quelques mois à peine après son départ; il n'avait pas poussé jusqu'à Venise, dont l'opéra, précisément à cette date, entreprenait la conquête de l'Europe. Devenu vieux et sage, il se prenait à regretter le mouvement d'humeur auquel il avait alors cédé, et il répétait à son ami Ghabanon que, s'il eût séjourné plus longtemps en Italie, « il se fût perfectionné le goût ». Ce regret est l'indice d'une modestie bien rare, mais il semble superflu. Rameau connaissait assez la musique italienne pour n'avoir pas besoin de l'étudier sur place ; et même il était mieux placé en France pour s'en former une idée avantageuse : les œuvres qui avaient passé jusqu'à nous, sur la lin du XVII® siècle, étaient certainement supé-
I. Parallèle des Italiens et des Français en ce qui regarde la musique et les opéras, 1702.
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rieures aux dernières productions d'Alessandro Scarlatti ou de Giovanni Bononcini, car l'opéra italien commençait, dès cette époque, à dévenir la victime de sa facilité.
De retour en France, Rameau ne semble pas avoir rejoint le foyer paternel. Mis en goût par ce premier voyage, il continua de vivre à l'aventure, gagnant ses frais de route à jouer de l'orgue dans les églises, ou du violon dans l'orchestre d'une troupe ambulante^. Au mois de janvier 1702, un an environ après son départ, il se trouvait enAvignon, et, comme il avait acquis déjà, de ville en ville, une certaine réputation d'organiste, le chapitre lui confia la maîtrise de Téglise métropole Notre-Dame des Doms, en attendant que le nouveau maître, Jean Gilles, fût arrivé de Toulouse. Ce n'était là qu'une suppléance, mais fort honorable, et, au mois de mai de la même année, le jeune musicien passait engagement pour six années, en qualité d'organiste, avec le chapitre de la cathédrale de Glermont en Auvergne. Jean Rameau, à cette nouvelle, dut se réjouir, et considérer que la carrière de son fils aîné était désormais assurée.
Il n'en était rien cependant, et Jean-Philippe Rameau ne pouvait se contenter de la vie médiocre et monotone que son père avait menée.