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LA VIE i5
C'est à Glermont qu'il composa ses premières œuvres : les pièces de clavecin du recueil de 1706, et peut-être trois cantates, Médée, V Absence et V Impatience^ « qui eurent, dit Maret, le plus grand succès en province ». La cantate, qui est un petit opéra en raccourci, propre à être chanté dans les salons, venait alors tout droit d'Italie, et Rameau serait à ce compte parmi les tout premiers qui aient écrit des cantates françaises : Sébastien de Brossard, dans son Dictionnaire de musique paru en 1708, donne encore le mot sous sa forme italienne, Cantata . Ces essais tout nouveaux durent faire en effet quelque bruit en Auvergne, et c*est alors que Rameau, plus sûr de lui, voulut quitter la province. Son traité, il est vrai, le retenait à Glermont jusqu'en 1708; mais il sut imposer sa volonté au chapitre, et . rompre ses liens - : le 17 octobre 1706, il était
I. Si l'on est d'accord avec M. Henri Quittard pour dater ces trois cantates du premier séjour de Rameau à Glermont.
a. Maret rapporte ici l'anecdote suivante; « Le samedi dans l'octave delà Fête-Dieu, au salut du matin, étant monté à l'orgue, Rameau mit simplement la main sur le clavier au premier et au second couplet; ensuite il se retira et ferma les portes avec fracas : on crut que le souffleur manquait et cela ne fit aucune .impression. Mais au salut du soir, il ne fut pas possible de prendre le change, et l'on vit qu'il avait résolu de témoigner son mécontentement par celui qu'il allait donner aux autres.
« Il tira tous les jeux de l'oi'gue les plus désagréables et y joignit toutes les dissonances possibles. En vain lui donna-ton le signal ordinaire pour l'obliger à cesser de toucher; on se vit forcé de lui envoyer un enfant de chœur. Dès qu'il parut, Rameau quitta le clavier et sortit de l'église. Il avait
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remplacé, et nous le trouvons alors à Paris, vieille rue du Temple, vis-à-vis les Consignations, chez un perruquier. C'est là, ainsi que chez Roussel, le graveur, et chez Foucaut, rue Saint-Honoré, à la Règle d'Or, qu'on peut se procurer, moyennant « une pièce de trente sols neuve » le recueil des Pièces de Clavecin qu'il a composées à Clermont et jugées dignes du public parisien. L'ouvrage semble avoir trouvé peu d'acquéreurs, puisque un seul exemplaire est parvenu jusqu'à nous^
Rameau avait, pour vivre, deux places d'organiste : l'une chez les RR.PP. de la Mercy, rue du Ghaume-au-Marais, et l'autre chez les Jésuites de la rue Saint-Jacques (collège de Clermont). Situations modestes assurément, dont la première ne rapportait que 120 francs par an. Il ne
mis tant d art dans le mélange des jeux et dans l'assemblage des dissonances les plus tranchantes, que les connaisseurs avouaient que Rameau seul était capable déjouer si désagréablement.
« Le chapitre lui fit des reproches ; mais sa réponse fut qu'il ne jouerait jamais autrement, si l'on persistait à lui refuser sa liberté. On sentit qu'on ne le déterminerait pas à abandonner le parti qu'il avait pris. On se rendit ; le bail fut résolu, et les jours suivants il témoigna sa satisfaction et sa reconnaissance en donnant sur l'orgue des pièces admirables. »
Le trait est curieux, et bien dans le caractère de Rameau. Mais on en rapporte autant de son frère Claude, l'organiste de Dijon : il est donc possible qu'une confusion se soit produite. Voir Michel Brenet, Rivista musicale italianaj 1902, II, p. 683.