‹ Ramsès le Grand;Chapitre 19 sur 82 · LA REINE NOFRÉ-ARI · texte numérisé non relu

LA REINE NOFRÉ-ARI

« .... Et moi la royale épouse, la puissante dame du monde, j’apporte aussi mon hommage à mon père Ammon-Ra, roi des dieux et des hommes. Mon cœur se réjouit de tes affections ; je tressaille d’allégresse sous le poids de tes bienfaits. O toi qui établis le siège de ta puissance dans la demeure de ton fils, le seigneur du monde, Ramsès, accordelui une vie stable et pure. Que ses années se comptent par périodes de panégyries !... *

A cette série de prières et d’intercessions, Ammon-Ra répondit par la bouche de son grandprêtre parlant à Meïamoun : « .... Mon fils bien aimé, reçois de moi une vie pure et de longs jours à passer sur le trône de Kémi. Tu domineras joyeusement le monde ; Toth a inscrit à ton nom toutes les attributions royales de l’Aroeri céleste. Le midi et le nord, l'orient et l’occident, te seront soumis ; toutes les bonnes portes te seront ouvertes. Je te livre les mauvaises races à fouler sous tes sandales. La force de ton bras triomphera dans toutes les parties du monde, et la terreur de ton nom s’imprimera profondément dans le cœur des barbares. Je te donne, ô mon fils, la faux de bataille pour contenir les nations étrangères et trancher la tête des impurs ; prends le fouet et le sceptre pour régir la terre de Kémi. Par mes ordres, la dame du palais céleste a préparé pour

toi le diadème du soleil. Que ce casque demeure sur ton front, où je le place, à toujours !... »

A ces mots, Ramsès ayant saisi sur l’autel, pour s’en revêtir, la couronne, emblème de la domination universelle, le grand-prêtre étendit son bâton pastoral vers les quatre aires du monde, et pendant que des pontifes assistants mettaient en liberté quatre oies vivantes, qui, tenues en réserve pour ce moment, représentaient les génies des - quatre points cardinaux, il s’écria :

« Amset, Hapi, Dauou-moutef et Kebah-snouf a Dirigez-vous vers

<r Le midi, le nord, l’occident et l’orient,

« Et apprenez aux dieux de ces régions « Que le fils d’Isis et d’Asiri, Horus s’est coiffé du Pschent,

« Que le roi Ramsès s’est coiffé du Pschent! »

La tête ceinte de cette tiare mystique, Meïamoun dut encore aller couper de ses propres mains une gerbe de blé, qui avait crû dans une des enceintes du temple, et l’apporter sur l’autel d’Ammon. Cette offrande et la lecture, faite à haute voix par le grand prêtre, des prescriptions hermétiques relatives aux devoirs des rois, termina la cérémonie religieuse. Reconduit par le taureau blanc et les images des rois ancêtres jusqu’aux limites exté-

Heures du temple, Ramsès II, au milieu d’un nuage d’encens et de fleurs, regagna le Naos qui l’attendait en avant des pylônes ; puis, précédé et suivi des acclamations, des serments, et des vœux universels, il se dirigea lentement vers son palais, le long des deux rangées de sphinx, dont les têtes de granit, revêtues, ce jour-là, des ornements et de la coiffure royale ou divine qui déterminaient l’expression symbolique de chacun d’eux, semblaient s’animer au souffle de l’enthousiasme humain, et se soulever pour saluer le nouveau souverain à son passage.

Telles étaient quatorze siècles avant Jésus- Christ, les pompes officielles de l’Égypte.

Les monarques égyptiens célébraient, pendant toute la durée de leur règne l’aniversaire de leur couronnement, par une cérémonie du même genre, moins grandiose sans doute que la première, mais à laquelle les événements de l’année donnaient plus ou moins d’intérêt et d’éclat.

Sphinx de Ramsès II, restauré d’après le sphinx du Louvre.

YIIT

Si Ton demandait quelles étaient dans ces fêtes la part et la place du peuple, et si par ce mot on entendait ces masses plébéiennes d’artistes, d’ouvriers, de laboureurs et de soldats, qui composent aujourd’hui les forces vives des nations, nous répondrions que le peuple n’existait pas dans l’Égypte des Ramsès, et que le jour de son éclosion ne s’était encore levé sur aucune société humaine.

Au-dessous des deux classes, l’une éducatrice l’autre conquérante de la vallée du Nil, il y avait bien des artisans, desmanouvriers qui, sous la direction de chefs appartenant aux castes religieuses, taillaient, édifiaient les pierres ; fondaient, ouvrageaient les métaux ; travaillaient le lin et le byssus, exerçaient enfin l’industrie qui leur était assignée dès le berceau par la loi ou par l’hérédité. — Il y avait des agriculteurs qui cultivaient les terres que leur affermaient le roi, les prêtres ou les guerriers, seuls possesseurs du sol de l’empire. Sur les lisières des dé-

serts, autour des oasis et dans les grands pacages du Delta, vivaient des pâtres qui se transmettaient de père en fils la charge d’élever et de soigner les troupeaux des domaines royaux, ecclésiastiques et militaires. Mais ces bergers, ces laboureurs, ces ouvriers, exclus par la loi des affaires publiques, privés par elle du droit de port d’armes et de l’exercice de plusieurs métiers à la fois, justiciables, pour chaque infraction, de la prison, de l’amende, ou de la bastonnade ce grand moyen législatif de l’immuable Orient, ne peuvent passer aux yeux des modernes pour des citoyens, et ne paraissent pas avoir différé beaucoup, sur la terre de Kémi, de ces Coudras de l’Inde, auxquels le souverain maître des choses n’a assigné qu’un seul office : celui de servir les classes supérieures , sans déprécier leurs mérites \

■ Au-dessous d’eux il y avait encore les esclaves, achetés dans les marchés ou capturés à la guerre.

1, Manava Shastra, liv. ier.

Cet état de choses, avoué par les plus intrépides admirateurs du passé de l’Égypte , attesté par les rapports unanimes que nous ont transmis, il y a vingt siècles et plus, les observateurs les plus sagaces de l’antiquité, venus de tous les centres de la civilisation d’alors sur les bords du Nil pour y étu~ dier une civilisation plus antique encore ; cet état de choses, disons-nous, a été nié par un de nos contemporains, aussi remarquable par l’universalité de son savoir que par la vivacité de ses jugements scientifiques. Arguant du texte de quelques inscriptions funéraires, relative à la vie civile ou privée des anciens riverains du Nil, M. J. J. Ampère a cru pouvoir déclarer qu’jl n’y avait jamais eu de castes parmi eux1.

Sans contester la valeur des documents allégués

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