MONUMENTS
Témoignages d’Hérodote, de Diodore et de la Bible. — Memphis et Thèbes. — Les grands jours de la royauté. — Un puits artésien au temps de Ramsès. — La terre de Koush. — Les spéos d’Ibsamboul. — La vieillesse de Ramsès. — Squelettes de bœufs et squelettes de rois. — Darius et la statue de Ramsès.
Quoi qu’il faille rabattre des hyperboles officielles du grand chantre Pen-ta-our, l'ami du seigneur du monde , il reste acquis à l’histoire que la terre n’avait pas encore vu une puissance égale à celle que possédait Ramsès à son retour triomphal de sa
grande expédition, et que, de bien des générations, elle ne devait en voir une pareille.
Aucun des successeurs de Meïamoun n'atteignit aux bornes lointaines qu’il avait données à sa domination, et nul d’entre eux n’imprima sur le sol même de l’Égypte des traces de son passage aussi profondes, aussi multipliées que les siennes.
Diodore rapporte à ce sujet « qu’au retour de ses conquêtes, Sésostris rentra dans ses États avec une pompe inusitée, traînant à sa suite une foule innombrable de captifs, ainsi qu’un immense butin, d’une incalculable richesse, dont il octroya une part à tous les temples de l’Égypte. Cette contrée lui dut aussi l’importation de plusieurs inventions utiles.
« Ayant renoncé à la guerre, il licencia son armée, qu’il récompensa par des dons de terre; mais sa passion pour la renommée ne lui permettant pas le repos, il s’adonna à de nombreux et magnifiques travaux, destinés tant à glorifier son nom qu’à défendre, embellir et féconder le sol de sa patrie. Il lit d’abord édifier dans chaque ville un temple en l’honneur du dieu patron de la localité. En maint endroit, il fit construire des chaussées et des terrasses, pour mettre les habitations à l’abri des inondations annuelles; en beaucoup d’autres, il fit creu-
ser des canaux, dont l’un eut pour but de faire communiquer Memphis à la mer Rouge.
« .... Afin d’arrêter les courses des Arabes déprédateurs, il ferma en outre l’isthme, depuis Péluse jusqu’à On (Héliopolis), par une muraille de mille cinq cents stades de développement. Dans le temple du dieu que l’on adore à Thèbes, il consacra un vaisseau de bois de cèdre, long de deux cent quatrevingts coudées, plaqué d’or à l’extérieur et d’argent au dedans. Il fit dresser devant le même temple deux obélisques de pierre très-dure, sur lesquels on grava par ses ordres le tableau exact de ses armées, de ses revenus, des nations qu’il avait vaincues, et des tributs qu’il en percevait. Dans l’enceinte du temple d’Héphaïstos1 à Memphis, il plaça sa propre statue et celle de sa femme, l’une et l’autre de trente coudées de hauteur, et d’un seul bloc. Les plus pénibles de ces travaux furent exécutés par les captifs qu’il avait amenés des régions étrangères, et il eut soin que des inscriptions lapidaires rappelassent qu aucun Egyptien n’y avait mis la main. 2 »