‹ Ramsès le Grand;Chapitre 4 sur 82 · Voir l’appendice i · texte numérisé non relu

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interroger sur ce sujet controversé les tombes des Pharaons, creusées dans la chaîne Libyque, au couchant de Thèbes, du vivant même des princes dont elles furent les dernières demeures.

La perfection des décors, le fini du travail dans chacune d’elles, sont en raison de la durée du règne de l’hôte qu’elle a attendu. Mais sur les parois de toutes celles auxquelles le temps a permis de mettre la dernière main, à dater de la dix-neuvième dynastie1, l’artiste mystique a ciselé et peint les images des principales fractions de la race humaine connues de son époque.

Guidées par Horus, le Dieu pasteur des peuples, elles sont rangées généralement en quatre groupes, correspondant aux divisions du monde d’alors. Le plus éloigné du dieu se compose de sauvages de haute taille, blonds ou roux de poils, aux yeux bleus, aux traits droits ou légèrement arrondis. Tatoués et couverts de la dépouille des aurochs et des ours , tels enfin que devaient apparaître dans la suite des temps aux Romains et aux Grecs épouvantés les Gaulois et les Cimbres, ces tard- venus de notre Europe, tels, quinze siècles avant notre ère,

1. La dix-neuvième seulement. Les connaissances géographiques que ces peintures supposent, ne paraissent pas avoir existe plus tôt. Ceci est bon à constater.

Nubien. Nègre. Assyrien- Pélasge. Arabe ou Hébreu.

Peuples connus dei Égyptiens.

les ancêtres mêmes de Rome et d’Athènes, les vieux Pélasges, apparaissaient à la docte Égypte, qui les nommait Tamhous.

Dans le groupe qui les précède, éclatent tous les caractères du type nègre, dans ses variétés les plus dégradées; les légendes leur donnent le nom de Nahazis.

En avant de ceux-ci sont les représentants de l’Asie. Leur teint'jaune et basané, leur nez aquilin ou bombé, leur barbe noire, pointue chez les uns, large et bouclée chez les autres, leurs vêtements de coupe et de couleurs variées, désignent des mena-

bres de la branche araméenne : Arabes, Hébreux et Assyriens. Parmi ces fils de Sem, figurentsur quelques parois des Mèdes et des Ioniens. Tous sont compris dans la dénomination générale d’Aâmous.

Enfin, tout auprès de la divinité et comme spécialement protégés par elle, des individus de couleur rouge sombre et de taille élancée, ayant la physionomie douce et régulière, l’œil bien tendu, le nez droit, l’angle facial ouvert, portent la chevelure nattée et des vêtements blancs. Le nom de Rut-n- Ilom (le germe ou la race des hommes) dont ils sont décorés, désigne assez les riverains du fleuve sacré : les Égyptiens.

Or, les caractères typiques qui leur sont ici affec-

tés, identiques sur tous les monuments, vérifiés sur des milliers de momies d’époques diverses, ne se retrouvent guère chez les Coptes, leurs descendants abâtardis. Au sein du mélange confus de toutes les nations qui se sont succédé en Égypte, les Coptes ont mieux retenu l’idiome que le sang de la vieille race 4.

Celui-ci, dont on peut suivre les traces sur des points nombreux du continent africain, se retrouve dans sa pureté originelle chez deux peuples du bassin du Nil, séparés par un long intervalle : les Abyssins des hauts plateaux et les Barabras de la basse Nubie, abrités qu’ils ont été, ceux-ci par la pauvreté, ceux-là par la force naturelle de leur sol, des invasions des conquérants et du courant des migrations, qui, dans la suite des siècles, ont passé entre eux en les isolant; rameaux congénères d’un tronc qui n’est plus.

L Champollion, Lettres sur l’Égypte et la Nubie. — Larrey, Mémoires dans la description de l'Égypte. — Caillaud, voyage à Méroé et au fleuve blanc. — Trémeaux, voyage en Nubie, etc.

Si la logique des inductions nous amène plus d’une fois, dans la suite de ce récit, à admettre des extraits de Manéthon parmi les bases historiques, il ne faudrait pas en inférer que nous sommes disposés à accorder à tout ce qui reste de ce vieil annaliste, et surtout à ses listes de rois et de dynasties, une autorité analogue.

Nous n’avons point à rechercher si ce prêtre égyptien, chargé de recueillir en langue grecque les traditions nationales, enfouies dans les archives sacerdotales de sa patrie, fut ou ne fut pas à la hauteur de sa mission. Des trois volumes qui composaient son livre, quelques fragments noyés dans des compilations postérieures, et des listes de rois revues, corrigées, abrégées par le zèle monacal des chrétiens des premiers âges, étant malheureusement seuls venus jusqu’à nous, il serait injuste de le rendre entièrement responsable de toutes les contradictions de temps, défaits, déchiffrés, ainsi que des doubles emplois que renferment ces divers fragments.

Mais, si l’on considère le désaccord complet qui existe entre tous ces documents d’origine commune et ceux où Hérodote avait puisé deux siècles auparavant; mais, si l’on pèse les dissidences par lesquelles ils sont séparés de la source antique qui dut servir à les alimenter, et qui, conservée jusqu’à nous sous le nom de Vieille chronique, ne fait figurer que pour quatre cent quarante-trois ans les quinze premières dynasties, auxquelles Manéthon attribue quarante ou cinquante siècles, on devra convenir, avec l’un des plus judicieux scrutateurs de l’antiquité, qu’il est peu probable qu’un prêtre égyptien, compilant avec les préjugés de sa caste, en langue étrangère, et pour un roi d’origine barbare à ses yeux, les traditions d’une nationalité expirante, éparses dans des monuments d’attributions diverses et souvent rivales, ait été cloué particulièrement de cet esprit de critique, sans lequel l’histoire retombe dans la légende, et qui a manqué presque entièrement aux anciens1.

On trouvera à la suite de cette étude le résumé fidèle des listes de Manéthon, telles qu’elles sont sorties des mains de Jules l’Africain, d’Eusèbe et du Syncelle ; telles aussi que Champollion et ses succes-

) . Volney, Recherches sur l’histoire ancienne.

seurs ont cru pouvoir les rectifier d’après les monuments. Nous nous réservons de faire figurer en regard un certain nombre de faits dont le synchronisme à peu près certain, peut servir à fixer quelques points de repère sur le canevas flottant de la chronologie égyptienne et à lui préparer un cadre d’où elle ne pourra déborder que difficilement

Il n’entre pas dans le plan de notre livre d’éten dre davantage ce travail chronologique. Tel qu’il est, il devra suffire pour mettre le lecteur à même de se faire une opinion sur cette matière, et d’opter entre le système qui veut reculer indéfiniment dans la nuit des âges l’élaboration de la nationalité égyptienne, et celui qui, s’appuyant sur l’étude des faits sociaux et sur la nature de l’homme, estime que plus le flambeau de Thistoire gagnera de clarté, plus la chronologie devra se condenser, et les temps antiques se rapprocher des nôtres.

L'aspiration éternelle de l’esprit humain vers un bien que lui refuse le présent, et qu’il ne pouvait demander à l’avenir alors qu’il ignorait ses facultés progressives, fut sans nul doute la source de cette manie qui poussa toutes les sociétés à vieillir leurs origines et à les rejeter dans un passé d’autant plus regretté que les profondeurs en étaient plus obscures. Les nations alors, comme hier les familles, mesuraient leur noblesse, non à leurs actes, mais à la durée de leur existence. De là, pour les historiens jaloux des origines de leur patrie, le besoin de multiplier les générations et les siècles, et d’aligner, dans un ordre sériel de succession des dynasties et des époques parallèles, des hommes et des faits contemporains. De là pour Manéthon, en particulier, la nécessité de conformer ses annales aux fables accréditées parla puérile vanité du corps sacerdotal, et de délayer dans un chaos sans proportion, sans limite et sans nom, les traditions réelles de son pays.

L’histoire sérieuse ne peut donc faire remonter celles-ci au delà des temps où elles cessent d’être contrôlées par des synchronismes positifs. Or, le premier de tous est l’apparition des Aryas sur la scène du monde. D’après des données astronomiques, calculées d’abord par Bailly et par Golebrooke,

adoptées par Lahsen et Wilson, et enfin mises hors de doute par Laplace, cet événement qui a fourni des racines à l’arbre généalogique de la vieille Égypte, peut remonter à trente siècles avant notre ère, mais pas au delà.

Cette opinion sera, nous le savons, taxée d’hérésie et même de blasphème par ceux qui abordent le terrain de l’histoire, non pour en extraire de fructueuses leçons et des espérances d’avenir, mais pour se livrer, devant de poudreux débris et d’hyperboliques légendes, à l’extatique admiration d’un culte posthume et sans but. Bâtir Memphis avec Ména, 5800 ans avant notre ère, sur le lit comblé du Nil changé de cours ; croire pieusement aux livres d’anatomie écrits par Athoth, fils et successeur de ce premier dynaste ; admettre sans réserve l’authenticité des images des ancêtres portées devant les rois dans les cérémonies religieuses1 et la filia-

1 . A Rome aussi, dans maintes cérémonies publiques ou privées, on exhibait parmi les images des ancêtres, celles des dieux auxquels le patriciat Romain faisait remonter ses origines. Mais de la présence des statuettes de Vénus ou de Mars aux funérailles des Jules ou des Marcius, les historiens modernes ontils jamais conclu à la personnalité réelle de ces fétiches des clans primitifs du Latium? Non certes. C’est cependant ce que font aujourd’hui les égyptologues à l’égard de Ména et de bien d’autres personnages mythiques de la vieille Égypte.

lion des trois cent quarante-cinq* Pi-roumis1 dont nous parle Hérodote; construire les pyramides de Gizéh avec les frères Supphi (Ghouffou) de la quatrième dynastie, quarante ou cinquante siècles avant Jésus-Christ; reporter quinze cents avant Thoutmès III, avant Séti Ier, avant Ramsès-Meïamoun , l’origine des grands monuments hydrauliques et architecturaux du Fayoum; faire conquérir l’Asie, deux mille cinq cents ans avant Jésus -Christ, par un Osymandias et un Sésourtasen, personnages dont les héros des dix-huitième et dix-neuvième dynasties ne seraient que les pâles plagiaires : tout cela a été longtemps en PYance, et est encore en Allemagne, pour de graves adeptes de la science, une source d’innocents plaisirs qu’il serait dangereux de troubler par une froide discussion. Nous ne le tenterons pas, certains qu’il adviendra avant peu aux légendes mythiques, aux dates paradoxales, attribuées à ces efforts prodigieux des bras et de l’intelligence de l’homme, ce qui est advenu récemment à la série de siècles si généreusement accordée par nos pères aux temples d’Esnéh et de Dendérah; siècles qu’il nous a fallu réduire de

1. « Ce mot équivaut à celui d’homme par excellence; homme brave et vertueux. » Hérodote. Eutcrpe, ch. 143.

Temple de Douderah, restauré d'après la commission d’Égypte.

soixante-quatre et de trente-huit, à dix-sept ou dixhuit au plus K

Néanmoins, nous ne pouvons clore cette dissertation, déjà trop étendue pour le plan de notre livre, sans rappeler à ceux qui , « ne voient pas ce qu’il y a d’heureux à s’enfermer pendant quarante siècles avec des peuples dans l’enfance et des tyrans en décrépitude1 2, » cet aveu, arraché par Hérodote aux prêtres mêmes de Memphis : « Qu'au temps de Ména , premier roi mortel de V Égypte, toute la contrée au-dessous du nome thèbaïque n'était qu’un marais. » Mis en regard de l’identité philologique de ce nom de Ména avec celui de Manou, donné en sanscrit, aux esprits émanés de Brahma et chargés spécialement par lui de la législation de la terre,

1 . On sait que cette antiquité prétendue fut la base que Dupuy donna à son système sur l'Origine des cultes. Voir l’appendice n.

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