‹ Ramsès le Grand;Chapitre 5 sur 82 · Chateaubriand. Voyaget en Amérique. Introduction · texte numérisé non relu

Chateaubriand. Voyaget en Amérique. Introduction

cet aveu ne laisse guère à ce nom et aux légendes qui s’y rattachent, que la consistance d’un mythe symbolisant la puissance énergique de la nature des premiers temps, et importé dts bords de l’Indus à ceux du Nil, à une époque inconnue, par un mode de transmission identique à celui qui, de proche en proche, des vallées de l’Yaxarte et du Tarim , a transporté le nom de Djem-Schid (Yima-Tchaèto) sur les plateaux de la Médie et de la Perse. Enfin nous devons surtout constater pour nos lecteurs le résultat des recherches que la géologie moderne a opérées sur les couches de limon déposées successivement par les inondations périodiques du fleuve égyptien, et d’après lequel il n’est guère permis de faire remonter à plus de trente siècles avant Jésus- Christ l’apparition des premiers monuments humains sur le sol primitif de Thèbes1.

Quand on creuse une tranchée, quand on opère une section dans le sol de la vallée du Nil, on trouve invariablement une couche de terre végétale de sept à huit mètres d’épaisseur, provenant du limon déposé annuellement par le Nil. Cette couche de sept à huit mètres repose immédiatement sur un lit de

1. Description de l’Égypte. Girard. Mémoire sur V exhaussement.

sable marin. Des travaux minutieux ont conduit les ingénieurs français de la grande expédition d’Égypte à évaluer à 126 millimètres par siècle l’exhaussement de ce sol d’alluvions. Plus tard, M. Lebas, l’ingénieur chargé d’amener à Paris l’obélisque de Louqsor elle savant anglais Wilkinson sont arrivés, par des recherches différentes mais également exactes sur cette question, à un résultat presque identique. Huit mètres (épaisseur maxima) divisés par cent vingt-six millimètres, ne nous conduisent pas à plus de 6350 ans des jours actuels. L’histoire égyptienne, telle que l’entendent Manéthon et les épi graphistes, ne tient pas dans ce cadre restreint. Mais qu’y faire ? Sinon étendre et ramener bien en deçà de Ména et des rois constructeurs des Pyramides l’époque où les Égyptiens n’employaient, ne connaissaient que des années de quatre mois. « La preuve de ceci , « avoue un des plus ardents champions de la haute antiquité de l’Égypte, « est que, plus tard, lorsque l’année se composa de douze mois, on distinguait trois saisons, formées chacune de quatre mois, qui furent désignés hiéroglyphiquement par le mot ter et par un signe dont la valeur est indifféremment an ou saison \ »

1. Dl> H. Brugsch , Histoire d'Égypte depuis les premiers temps de son existence (in-4°> Leipsig, i 859, page 26).

Le cours inférieur du vieux Nil égyptien est donc, géologiquement parlant, un des plus récemment formés de l’ancien continent, et si la géologie n’est pas un vain mot, trois mille, quatre mille ans avant Ramsès, — cinq mille ans au plus (si l’on veut tenir compte outre mesure du tassement des dépôts inférieurs), — le sol de l’Égypte actuelle oscillait encore entre les vagues de la mer et la lumière du jour1.

La ville de This ou Thinis, d’où on fait sortir le chef de la première dynastie égyptienne, ne fut donc fondée que bien postérieurement.

Neuf ou dix siècles plus tard, c’est-à-dire après un laps de temps plus étendu qu’il n’en fut donné à aucune nation de l’antiquité classique, pour naître, se développer et périr, on entrevoit les populations de la vallée du Nil s’essayant à une

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